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Le tribunal en mauvaise posture après la mort de Slobodan Milosevic
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Le tribunal en mauvaise posture après la mort de Slobodan Milosevic
Le Tribunal pénal international pour l?ex-Yougoslavie se retrouve en position délicate après la mort en détention de Slobodan Milosevic. Les proches de l?ancien président yougoslave l?accusent d?avoir négligé des avertissements sur le mauvais état de santé du détenu, les observateurs plus impartiaux regrettent que la lenteur de la procédure n?ait pas permis que justice soit faite avant son décès.
Le corps sans vie de Milosevic a été retrouvé samedi matin dans sa cellule de Scheveningen, près de La Haye, alors que son procès pour génocide, crimes contre l?humanité et crimes de guerre venait d?entrer dans sa cinquième année.
Milosevic, qui était âgé de 64 ans et souffrait de problèmes cardiaques et d?hypertension artérielle, avait demandé le mois dernier une mise en liberté provisoire afin de se faire soigner en Russie mais sa requête avait été rejetée.
Son frère aîné, l?ancien ambassadeur de Yougoslavie en Russie Borislav Milosevic, a imputé l?entière responsabilité de sa mort au tribunal, affirmant qu?un groupe de médecins indépendants avait déjà jugé l?accusé dans un état critique en novembre dernier.
L?un des avocats de l?ancien ?maître des Balkans?, Zdenko Tomanovic, a assuré que son client craignait d?être empoisonné, mais le tribunal a refusé qu?une autopsie ait lieu en Russie.
Deux médecins serbes doivent assister à l?examen du corps qui devait avoir lieu hier. Ils seront accompagnés du ministre serbe-et-monténégrin des Droits de l?Homme et des Minorités ethniques, Rasim Ljajic, ont précisé des responsables. L?hypothèse d?un suicide a été jugée peu probable par un porte-parole du TPI.
Le décès survient moins d?une semaine après le suicide dans sa cellule du TPI de l?ancien président autoproclamé des Serbes de Croatie Milan Babic, retrouvé mort dimanche dernier.
Lenteur de la procédure
Cette coïncidence devrait soulever des interrogations sur la surveillance des détenus à Scheveningen, contrôlés normalement toutes les demi-heures pendant la nuit.
La mort de Milosevic plusieurs mois avant le verdict de son procès, attendu à la fin de l?année, a par ailleurs mis en relief la lenteur de la procédure.
Le procès de celui qui fut président de la Serbie puis de la Yougoslavie pendant 13 ans jusqu?en octobre 2000 était le plus retentissant organisé en Europe depuis le procès des dirigeants nazis à Nuremberg. Mais, quand les procès de Nuremberg s?étaient déroulés en un an, la procédure contre Milosevic avait tourné au marathon judiciaire.
L?accusation avait fait citer près de 290 témoins ; Milosevic, qui dirigeait seul sa défense et toisait ses juges, entendait faire comparaître 1 600 témoins.
?Un acte d?accusation plus resserré, notamment sur le nettoyage ethnique dont il était indubitablement responsable aurait été bien meilleur?, a regretté David Owen, ancien émissaire dans les Balkans. Mais l?ancien ambassadeur américain aux Nations unies, Richard Holbrooke, négociateur des accords de paix de Dayton sur l?ex-Yougoslavie en 1995, ne partage pas cet avis. ?Je pense que la justice a été rendue. C?était un monstre, il a déclenché quatre guerres et il a passé les cinq dernières années de sa vie en prison, ce qui est une justice dure et appropriée?, a-t-il déclaré à Reuters Television.
La lenteur de la procédure s?est révélée finalement elle aussi adaptée dans son cas car ?cela l?a obligé à faire face à ses actions et cela a permis au monde de les appréhender pleinement?, a-t-il estimé.
RETROSPECTIVE
Trois ans après l?assassinat de Zoran Djindjic...
■< La mort de Slobodan Milosevic est survenue à la veille du troisième anniversaire de l?assassinat de Zoran Djindjic, l?homme qui l?avait chassé du pays. Pour les ultranationalistes serbes, cette coïncidence apparaît comme une aubaine, l?occasion de dépeindre l?ancien Premier ministre Djindjic comme le traître qui a vendu leur ?héros?. Djindjic, qui était âgé de 50 ans, avait été tué par balles par un inconnu devant son bureau en plein centre de Belgrade le 12 mars 2003. Acteur clé des troubles politiques qui avaient débouché sur la chute de Slobodan Milosevic à l?automne 2000, il s?était attiré la haine des nationalistes en ordonnant son arrestation et son transfert vers le Tribunal pénal international pour l?ex-Yougoslavie (TPIY). L?an dernier, plusieurs milliers de personnes avaient afflué dans l??allée des grands hommes? du cimetière de Belgrade où il est enterré. Le Parti radical de Serbie (SRS) d?opposition, qui est la première force politique du pays et ?pèse? environ 35% des voix, a réclamé que Milosevic bénéficie du même sort et soit inhumé au cimetière des héros de la patrie. Si la moitié des Serbes reste hostile à toute coopération avec le TPIY, jugé partial, selon l?expert en sondages Srdjan Bogosavljevic, l?éruption de manifestations spontanées en hommage à l?ancien président reste cependant peu probable. ?Un parti politique se devait d?exploiter cet événement?, souligne-t-il simplement. Les réformistes, eux, sont restés discrets. Le gouvernement centriste, pressé par les puissances occidentales de remettre le criminel de guerre en fuite Ratko Mladic au TPIY dans les quatre semaines à venir, est resté neutre. Si Belgrade envisageait d?arrêter l?ex-chef militaire des Serbes de Bosnie à temps pour que l?Union européenne ne mette pas à exécution sa menace de suspendre les négociations en cours sur un accord d?association, la mort de Milosevic pourrait changer la donne. Ecartant a priori des troubles dans le pays, Aleksandar Vucic, un des dirigeants du SRS, estime en revanche que la mort de l?ancien président ?se reflètera sur la cote des partis politiques et sur les prochaines élections?. ?Les conséquences politiques vont être que nous, nous qui luttons contre ceux qui veulent détruire la Serbie, nous allons avoir des arguments supplémentaires?, prédit-il. La Serbie est actuellement gouvernée par une fragile coalition minoritaire de centristes, de libéraux et de conservateurs dont la majorité dépend parfois de ce qui reste du Parti socialiste. Le Parti démocratique, celui de Djindjic, l?autre grand parti d?opposition avec le SRS, campe sur une ligne résolument pro-occidentale et exclut toute alliance, même tactique, avec les nationalistes. Dans un communiqué prudemment formulé, le président de l?union de Serbie-et-Monténégro, Svetozar Marovic, a déclaré que la mort de Slobodan Milosevic était ?un test important pour l?autorité morale du tribunal de La Haye?. Mais il a ajouté : ?Milosevic n?est plus et j?espère qu?enfin, le temps des souffrances et des divisions prendra fin également.?
Douglas HAMILTON
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