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Le tour de Plaisance
par Ryan COOPAMAH
Le duel sur la piste de Plaisance s?est terminé sans bain de sang mais avec des ego blessés. Succombant aux pressions des bailleurs de fonds internationaux, le Conseil des ministres a tranché : Philip Cash sera le seul patron d?Airports of Mauritius Limited (AML). Vijay Poonoosamy perd ses pouvoirs mais en contrepartie, il se voit catapulté à la tête d?un nouvel organisme, l?Air Navigation Services Provider (ANSP).
Le cabinet a longtemps hésité avant de trancher entre Cash, l?expert étranger, et Poonoosamy, le nominé politique. Pourtant, il était clair que la cohabitation n?allait jamais marcher. Le gouvernement avait nommé un ?Executive Chairman? alors qu?un ?Chief Operating Officer? était déjà en place. Pire, les deux commandants n?avaient pas de mandats précis. AML, qui se trouve dans le Top 10 des sociétés les plus profitables, a certes beaucoup bougé depuis la nomination de Poonoosamy. Toutefois, la présence d?un seul maître à bord devrait l?aider à réaliser tout son potentiel.
A première vue, la création de l?ANSP semble être une tour d?ivoire pour un nominé politique. Pourtant, l?incorporation de cette compagnie dans les prochains jours est indicative d?une nouvelle politique gouvernementale. Elle scindera les fonctions de l?aviation civile. Ce département de l?Etat conservera son rôle de régulateur mais abandonnera le côté commercial à l?ANSP.
L?aviation civile dispose d?une véritable vache à lait : la tour de contrôle. Les aiguilleurs du ciel ne se contentent pas de superviser les 19 357 mouvements aériens de Plaisance mais aussi des milliers d?autres vols qui passent dans la région. Depuis juillet 2003, l??Area Control Centre? situé à côté de l?aéroport est chargé de contrôler une zone totalisant 9 millions de km2. Chaque transporteur doit payer la tour de contrôle en situation de monopole.
La naissance de l?ANSP marquera la corporatisation de ces services. Ce sera une étape délicate car, du jour au lendemain, des fonctionnaires seront transférés à une compagnie publique. Le gouvernement s?est montré discret sur l?exercice mais il peut être certain que la corporatisation soulèvera des passions. La transformation houleuse de la poste en Mauritius Post Limited devrait servir d?exemple. Vijay Poonoosamy a l?art d?amadouer les syndicalistes. Il lui faudra toute son expertise pour séduire ceux de la tour de contrôle, réputés pour être coriaces.
La corporatisation devrait améliorer l?efficacité d?un service qui détient déjà un palmarès flatteur. Toutefois, cet exercice pourrait aussi être un premier pas vers la privatisation ? une tendance mondiale. La tour de contrôle pourrait ainsi passer sous la tutelle d?un partenariat public-privé qui serait certain d?être profitable. En retour, le gouvernement encaisserait un joli chèque. La privatisation pourrait certes forcer une réduction des coûts d?opération aux dépens de la sécurité. L?aviation civile devra veiller au grain. Mais si le pari de l?Etat marche, des contrats de gestion sont à prendre en Afrique. A moins, bien sûr, que la création de l?ANSP, n?était qu?un délire collectif de dimanche matin.
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