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Le temps s?assombrit entre Port-Mathurin et Port-Louis

1 juillet 2007, 00:00

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«Les ponts sont coupés avec Rama Sithanen », affirme le chef commissaire de Rodrigues, Johnson Roussety. Et cette phrase suscite autant d?interrogations que d?inquiétudes.

Comment en est-on arrivé là ? Trois faits y ont largement contribué. D?abord, l?atmosphère dans laquelle la rencontre entre une délégation du conseil exécutif de Rodrigues, dirigée par Johnson Roussety dans le cadre des consultations pré-budgétaires, s?est déroulée. « Je n?ai pas apprécié que lors de notre rencontre avec Rama Sithanen, ce dernier ait jugé utile de me confronter à une déclaration publique selon laquelle j?aurais indiqué qu?il aurait dû avoir soumis sa démission au lieu de tergiverser », allègue le chef commissaire.

Il y a eu, ensuite, la dotation pour le budget de développement accordé à Rodrigues, et qui a été en deçà du montant souhaité par le conseil exécutif. « Les propositions initiales étaient de Rs 400 millions. Puis, nous avons consenti d?accepter les Rs 325 millions proposées. Finalement, le montant qui nous a été accordé n?a été que de Rs 275 millions, soit une augmentation de Rs 1 million, et donc 1 %, par rapport au budget de développement de l?exercice financier précédent. Un tel financement ne nous permet pas d?engager le processus d?une véritable autonomie économique. »

Puis, Johnson Roussety estime que les dotations budgétaires ne respectent pas les dispositions de l?article 46 du Rodrigues Regional Act, qui spécifient les critères devant inspirer le Conseil des ministres dans l?allocation des ressources financières à l?île.

Enfin, nulle mention de Rodrigues dans le discours du budget 2007-2008.

« C?est un acte délibéré », tempête le chef commissaire. Un point de vue que partage Veda Baloomoody, conseiller légal du gouvernement local sortant.

« Toute la synergie qui existait entre le gouvernement régional et le gouvernement central a disparu », martèle ce dernier.

Au niveau protocolaire, on pourrait arguer que Rama Sithanen aurait pu avoir fait mention de Rodrigues. Il a toutefois un argument qui se défend. Pour lui, Rodrigues dispose déjà d?un cadre séparé où toutes les questions de dotation budgétaire sont discutées (voir hors-texte). À ce titre, indique-t-il, il n?est pas absolument nécessaire de faire état de Rodrigues dans le cadre spécifique du discours du budget national.

<B>Le chef commissaire reste de marbre</B>

Selon les dispositions du Rodrigues Regional Act, c?est le Conseil des ministres qui a le dernier mot à ce sujet. Et celui qui doit défendre le budget de Rodrigues devant le conseil n?est autre que le ministre de tutelle, c?est-à-dire, le Premier ministre.

Lors de son intervention pendant les débats sur le budget, Navin Ramgoolam a bien souligné que Rodrigues n?a pas été oubliée. « L?île s?est embarquée dans un programme de modernisation et de transformation dynamique de tous ses secteurs d?activités. » Il a indiqué que, durant sa dernière visite, il a pu témoigner de ce nouvel élan d?optimisme de la population.

« J?ai promis aux Rodriguais tout le soutien du gouvernement central pour aider à améliorer leur qualité de vie, tout en consolidant les bases. » Le Premier ministre a tenu à préciser que toutes les mesures préconisées dans le discours du budget s?appliqueront également à Agaléga, Saint-Brandon et les autres îles. « Il nous faut décider si Rodrigues est autonome ou non. Je n?oublierai jamais l?accueil dont mon épouse et moi-même avons bénéficié. »

Mais toutes ces déclarations laissent de marbre le jeune chef commissaire. Pour justifier son raisonnement, il se réfère à l?article 46 du Rodrigues Regional Act qui définit les critères devant être pris en compte concernant le budget de l?île.

« Nous avons conçu un budget conformément aux critères définis dans le texte de loi. Il sera de plus en plus difficile pour l?île de rattraper son retard par rapport à Maurice. Le budget de développement pour Maurice est passé de Rs 8,2 milliards en 2006-2007 à Rs 10 milliards, soit une augmentation de 23 %, alors que celui de Rodrigues, pour la même période, n?a connu qu?une hausse de 0,36 %. Le budget de développement par tête d?habitant pour Maurice est de Rs 49 523, et de Rs 31 292 pour Rodrigues », affirme Johnson Roussety.

<B>Mettre en garde contre l?amalgame</B>

Si rien n?est fait pour calmer le jeu, la situation entre Port-Mathurin et Port-Louis risque de se détériorer davantage. Depuis que Rodrigues a obtenu une autonomie politique et administrative partielle, c?est la deuxième fois qu?une crise impliquant un membre du gouvernement et le conseil exécutif se manifeste. Le précédent contentieux faisait suite à une déclaration d?Asraf Dulull, ministre des Terres, dans l?édition du 12 février 2006 de l?express-dimanche : « Autonomie ne veut pas dire indépendance. »

Le ministre exprimait alors son mé-contentement concernant la façon dont les terres de l?État étaient gérées. « Je suis pour une autonomie responsable, sage, prudente et respectueuse des droits fondamentaux de tous les Rodriguais. » Il s?est également insurgé contre ceux qui « utilisent l?autonomie pour assouvir les désirs de certains individus, désirant à tout prix instaurer un régime de tontons macoutes ».

Invité à commenter la déclaration du ministre Asraf Dulull, Johnson Roussety, alors Minority Leader, avait trouvé la sortie du ministre un peu forte. Il devait mettre en garde contre tout amalgame.

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