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Le temps politique
Le contexte s?y prêtait. Deux campagnes électorales. Une amplification des clivages politiques entre les deux principaux blocs. Brouillage des repères traditionnels. Enfin et non des moindres, une personnification radicale du débat politique. Le cadre était posé pour que le nouveau gouvernement fasse durer le temps politique au-delà des échéances électorales. C?est ainsi que la gestion de l?Alliance sociale, depuis son installation à l?hôtel du gouvernement, rime avec un populisme à tous crins. Il ne s?agit pas seulement des largesses promises lors de la campagne des législatives. Il est davantage question de l?imprimatur accordé par le pouvoir à une action socialisante, ponctuée d?interventionnisme et de dirigisme, de l?économie.
Cela a eu pour effet que, d?un côté, les champions du marché craignent l?effet boomrang avec à terme une revanche de l?économie. De l?autre, les hérauts anticapitalistes croient voir avec ce gouvernement la possibilité d?une autre gestion des affaires. En évitant les postures extrêmes, sans verser dans l?ultralibéralisme des uns ou l?altermondialisme des autres, il faut seulement espérer que le gouvernement sait ce qu?il fait et qu?il a conscience que le jeu et l?enjeu politiciens sont de nature éphémère. Tous les regards sont, en ce sens, tournés vers Rama Sithanen qui, plus que jamais, s?est vu investi du rôle de magicien.
Les partis de l?opposition se sont également laissés prendre par la fièvre populo. Après sa défaite aux législatives, le MMM a présenté un programme aux municipales qui s?inspire de la mode travailliste, soit la déresponsabilisation civique des citoyens. Pour ne pas être en reste, le MSM vient de lancer son nouveau slogan qui respire grandement du travaillisme : ?Avec le peuple? ! Dans une telle conjoncture, ce n?est pas des partis de l?opposition qu?il faudra attendre le langage de vérité. Ni des syndicalistes non plus. Ils sont bien trop heureux de voir le service public érigé en sacerdoce et l?Etat redevenu le grand tuteur.
Ce tuteur, il ne faut s?en étonner, a pris la forme d?une personne, en l?occurrence Navin Ramgoolam. C?est une situation bien particulière dans laquelle il se retrouve aujourd?hui. Il a, en effet, une revanche à prendre sur l?histoire, mais aussi sur lui-même. Il a désormais tant à prouver, tant à se prouver, qu?il risque certaines décisions extrêmes. Il dégage de plus en plus l?image d?un chef qui dit ce qu?il veut en laissant aux autres le souci d?identifier les moyens de les réaliser. Déjà prisonnier du slogan ?Putting people first ?, il s?éloigne des attentes profondes de transformations sociales au profit d?un ouvriérisme qui célèbre le culte de l?assistanat. Le Premier ministre n?a toutefois pas la seule responsabilité de cet état des choses.
Livrés à eux-mêmes pendant des années, condamnés à soutenir l?Etat plutôt qu?à être soutenus par lui, les Mauriciens se sont repliés dans une position d?attente. Ce serait de vaines péroraisons que de vouloir les sensibiliser à la question de savoir s?il nous faut du ?tout Etat? ou du ?tout marché?. Depuis quelque cent jours, ils ont pris l?habitude d?être bichonnés. Et lorsqu?on n?entend pas un seul discours vantant les vertus du travail et de la rigueur, on est plus à même de croire que les miracles sont possibles.
C?est définitivement le règne du temps politique. Ce temps qui occulte les canons économiques dans les décisions qui sont prises. Qui est obsedé par le besoin de plaire. Qui n?a de perspective que quelques mois d?existence durant un mandat de cinq ans. Si le pouvoir en est conscient, c?est qu?il sait aussi comment préparer le pays à affronter les menaces qui pèsent sur lui. C?est tout le mal qu?on lui souhaite.
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