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Le temps d?oser
Serait-il enfin arrivé ce temps où les Mauriciens vont oser se dire les choses comme elles sont ? Le temps aussi d?agir sans être obsédés de bousculer les susceptibilités ? Pour être réalistes, il faudra répondre par la négative. Nous sommes tellement pris dans le rituel de la peur que la simple perspective de la vérité est devenue une angoisse obsidionale. Autant donc continuer à relativiser les choses. A minimiser les drames. A banaliser l?horreur.
Autrement il serait difficile d?expliquer l?apathie qui nous gagne dès qu?il est question de réformes de fond. Kaya et d?autres sont morts alors qu?ils étaient en détention. Ramlogun ne serait-il qu?un nouvel épisode d?un feuilleton de l?épouvante ? Il faut espérer que ce ne sera pas le cas. Mais quelle est la place de l?espoir dans la logique de la bêtise et de la pleutrerie ? Sans aucun doute, la même qui nous a fait espérer que les choses iront mieux, comme on nous l?a promis d?un gouvernement à l?autre, d?une classe de possédants à la même classe, d?une société civile qui habille toujours son discours des oripeaux idéologiques propres à ces romantiques qui croyaient que le monde ne peut être meilleur qu?avec sa seule intention.
Non, les choses n?ont pas changé. Dans cette insipide histoire de Raddhoa qui défraie la chronique, s?il n?y avait pas mort d?homme, on aurait continué à encenser un héros venu nous délivrer du démon de la criminalité. La radicalité de ses méthodes ? Qu?importe si elles produisent des résultats. Toujours ce même fantasme des résultats! Alors pourquoi s?arrêter à la question des moyens s?il y a un volontaire pour faire le sale boulot? alors qu?on a la conscience tranquille ? Le couteau à double tranchant s?est finalement retourné contre ceux-là mêmes qui étaient partis pour changer la vie des gens.
Finalement s?il y a une infime dose de volonté, on voudrait bien que nos politiques et autres décideurs la consacrent à vaincre cette pusillanimité qui les étreint dès qu?il est question de réforme en profondeur. A ce chapitre, avant qu?il ne soit trop tard, le gouvernement aurait intérêt à faire marche arrière sur son projet d?anti-réforme de l?éducation. Cela fera probablement quelques mécontents, surtout du côté de ceux qui l?ont porté au pouvoir, mais il aurait au moins le mérite de ne pas sacrifier des milliers d?enfants sur l?autel des pulsions ethno-élitistes de ces pseudo intellectuels et doctrinaires qui croient encore que l?homme se résume à n?être qu?un vulgaire symbole.
Une telle initiative serait un acte d?audace et de courage. Elle ouvrirait aussi la voie à ces réformes qui contribueront réellement à améliorer la vie des gens. Il ne s?agit plus ici de promesses ou de vaines tentatives de désenclaver l?économie mauricienne. Dans ce dernier cas, c?est une chimère qui a pris des connotations racistes qu?il faudra atténuer. Dans tous les pays du monde, il est une classe de possédants qui représente une partie infinitésimale de la population. Quelle que soit sa couleur, sa référence ethnique ou ses particularités historiques, elle ne répond qu?à l?odeur de l?argent. Mais c?est son problème!
Ce gouvernement du changement est condamné à une nouvelle poéticité gestionnaire en ces temps de contraintes et de défis. Autrement, il sera accusé d?immobilisme et d?amateurisme ayant laissé un pays sombrer dans la vertigineuse pente de l?échec. Réussir donc mais pas à n?importe quel prix. Réussir avec une conception de la nation qui repose sur la dynamique de l?intégration et de l?indivisibilité. Réussir avec une école qui ne fera pas de ses enfants des cinglés. Réussir en redéfinissant l?Etat providence pour qu?il serve mieux les intérêts des plus pauvres. Réussir en corrigeant un système électoral avili par le best-loser. Réussir en se débarrassant de ces médiocres qui ont érigé le clientélisme électoral comme fondement de la politique mauricienne? Quelle belle réussite ce serait ! A la seule force de son audace et de son inventivité !
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