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Le temps des cathédrales
Au c?ur de Port-Louis. Elle vit. La cathédrale. Trois siècles d?histoire courent dans la nef. Et si elle n?a pas toujours été si(tuée à l?emplacement que l?on connaît aujourd?hui, la cathédrale Saint-Louis est plus qu?un lieu de culte, un lieu de mémoire.
Car intimement liée à l?histoire. Elle exista dès le premier jour de la colonisation française en 1722, «cabane de planches et de palissades, recouverte de feuilles de palmiers et de lataniers». Une chapelle située au milieu du camp à l?emplacement qui par la suite s?appela le Jardin de la Compagnie. Témoin des efforts des premiers occupants.
Détruite par une tempête en septembre 1727, elle est reconstruite hors du camp «dans le quadrilatère compris entre les rues Royale, sir William-Newton, La Reine et Bourbon». Dès son arrivée, Labourdonnais constata que le chef lieu réclamait un lieu de culte en rapport avec l?étendue de sa population. Aussi à la fin de 1736, il fit commencer la construction de l?église Saint-Louis, à la rue Royale. Elle sera inaugurée en octobre 1737. D?ailleurs, une «plaque de marbre apposée visiblement au mur de la Mauritius Commercial Bank, qui donne sur la rue Royale, préserve à ce jour le souvenir de l?emplacement de cette église». Et ainsi de suite, d?ouragans en population sans cesse grandissante, jusqu?à ce qu?elle trouve l?emplacement actuel.
«Par delà les changements d?espace, c?est surtout les relations état-église, les mentalités, l?esclavage, en somme la vie de la colonie que retranscrit Amédée Nagapen»
Par delà le changement d?espace, c?est surtout les relations Etat-église, les mentalités, l?esclavage, en somme la vie d?une colonie que retranscrit Amédée Nagapen. Histoire d?une église devenue cathédrale, mais surtout d?un chef-lieu devenu capital. Dans Cathédrale Saint-Louis, lancé jeudi à l?issue de la messe chrismale.
Amédée Nagapen, qui nous a habitués à ce style nous donne les mêmes repères. Point de départ : une église. C?est par paliers successifs que l?auteur élargit son récit, y parle des paroissiens, de leurs m?urs. De leurs difficultés. Des tempêtes, des épidémies. Des décisions administratives pas toujours judicieuses. Ouvrant grandes les portes de l?Histoire.
C?est à Saint-Louis qu?est béni le mariage des «demoiselles de la Compagnie». C?est à Saint-Louis que sont les restes d?Anne de Labourdonnais, première épouse du gouverneur général et de son fils François Gilles. C?est pour avoir été des «fureteurs indésirables» à Saint-Louis que «Rama indien, esclave de la Compagnie, et René Danik, vendeur de cochons, furent convaincus, au commencement de 1745, celui-là de vol avec effraction dans l?église, celui-ci de recel d?objets dérobés, parmi lesquels deux burettes d?argent avec leur plateau.» Ils furent condamnés à la pendaison et exposés 24 heures. On apprend aussi que la Compagnie des Indes exigea que les registres de Saint-Louis soient rédigés en trois exemplaires. «Ces livres paroissiaux constituaient les seuls registres officiels auxquels recourait la colonie pour tout ce qui avait trait à l?état civil.»
Saint-Louis est également le «quartier général du Père Laval». Responsable d?une paroisse de 80 000 âmes, lui qui «avait su s?adapter aux coutumes et au langage des affranchis», dans les années 1840.
Comme dans ses précédents ouvrages, Amédée Nagapen ne manque pas d?avoir une attention particulière pour l?esclavage. Notamment ses liens avec l?église. En sus d?y consacrer tout un chapitre du présent ouvrage, l?auteur s?attache à chaque développement à restituer ces épisodes de l?Histoire. En rappelant par exemple la mesure qui «exigeait que le clergé de la colonie participait aux frais de la chasse aux esclaves marrons».
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