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Le taux de chômage est-il inquiétant ?

31 janvier 2004, 20:00

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OUI

Eric Ng Ping Chuen

économiste chez Pricewaterhouse Coopers

Comment arrive-t-on à déterminer le taux du chômage ?

À Maurice, c?est le Bureau central des statistiques (BCS) qui fait le calcul. D?abord, il détermine la population active occupée, c?est-à-dire, tous ceux en âge et en capacité de travailler. Puis il estime le nombre d?employés, c?est-à-dire, tous ceux qui ont effectivement un emploi. Le nombre de chômeurs représente la différence entre la population active occupée et le nombre d?employés. Selon la dernière estimation du CSO, publiée en début de semaine, le nombre de chômeurs à Maurice s?élève à 54 400, ce qui représente un taux de 10,2 %.

Pourquoi ce taux de 10,2 % est-il inquiétant ?

À partir d?un taux qui dépasse les 7 %, on est techniquement parlant dans un chômage de masse. Ces 10,2 % sont d?autant plus alarmants que ce taux progresse d?année en année et cela depuis de nombreuses années, malgré une croissance économique assez soutenue.

Il existe 2 000 emplois vacants dans la zone franche alors qu?il y a 54 000 chômeurs. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Si ces 2 000 emplois existent vraiment, alors il y a un problème dans l?entreprise. Les gens refusent d?y travailler : c?est sans doute que l?environnement de travail ne correspond pas à leurs aspirations. Mais si, d?autre part, ces emplois offerts ne correspondent pas à leurs aptitudes, alors il y a un sérieux problème de formation. Dans ce cas, la faute n?incombe pas aux travailleurs, mais à l?absence d?une véritable politique de formation de la part du gouvernement depuis de longues années.

Selon les derniers chiffres disponibles sur le site Web du ministère de l?Emploi, il n?y a que 11 809 personnes enregistrées comme chômeurs?

Ce chiffre n?est pas pertinent. En fait, on ne peut adopter cette méthode pour connaître le vrai taux du chômage.

<B> Pourquoi ?

C?est parce que les chômeurs n?ont aucun intérêt à se faire enregistrer à Maurice. Il n?y a pas d?allocation de chômage. En France, par exemple, les chômeurs viennent pointer leur carte à l?Agence nationale pour l?emploi pour pouvoir toucher leurs allocations de chômage. Par conséquent, les chiffres du ministère de l?Emploi en France sont plus proches de la réalité. Versez aux chômeurs une allocation de Rs 10 000 et vous aurez 60 000 personnes qui viendront se faire enregistrer comme demandeurs d?emplois.

<B> Pourquoi ces discussions sur le véritable taux de chômage ?

C?est navrant de constater que les mêmes professionnels, qui ne remettent pas en cause la crédibilité du BCS au moment des négociations tripartites, le font quand il s?agit du calcul du taux de chômage. J?estime qu?il faut éviter de décrédibiliser et de politiser cette institution. Elle est fiable. Le BCS suit les procédures du Bureau international du travail (BIT) pour comptabiliser le nombre de chômeurs. Il n?y a rien de sorcier.

Quelle est cette méthode ?

Le BCS s?appuie sur la définition du chômage adoptée par le BIT. Il reconnaît comme chômeur celui ou celle qui satisfait trois critères en même temps.

Lesquels ?

D?abord, un chômeur est quelqu?un qui a été sans emploi pendant au moins une semaine précédant le dernier recensement. Puis, cette personne doit être à la recherche d?un emploi et finalement il doit être disponible pour le travail. Notez que le BCS ne considère pas comme chômeur les retraités, les ménagères et les étudiants. Ceux-ci sont considérés comme inactifs économiquement.

N?est-ce pas une erreur de la part du BCS de considérer les personnes qui ont entre 12 et 14 ans comme chômeurs ?

Non, car le BCS applique un taux de participation (activity rate) qui est négligeable pour les gens dans cette tranche d?âge. D?autre part, on ne peut pas nier qu?il y a des personnes entre 12 et 14 ans qui correspondent au profil officiel du chômeur. Mais leur nombre est négligeable.

Inclut-on les travailleurs étrangers dans la population active ?

Non. Pour calculer le taux de chômage, le BCS exclut le nombre de travailleurs étrangers de la population active.

NON

Azad Jeetun

directeur de la Mauritius Employers Federation

Que pensez-vous des chiffres récemment publiés par le Bureau central des statistiques (BCS) touchant au chômage ?

Trois remarques s?imposent. D?abord, les statistiques du BCS sur le chômage ne sont pas des chiffres actuels. Mais elles représentent des projections du BCS qui s?est basé sur une enquête, le Labour Force Sample Survey (LFSS) qui date de 1995.

Ensuite, nous ne sommes pas d?accord que le BCS inclue, dans la définition de la main-d??uvre, des personnes de moins de 15 ans. Car nous savons très bien que les entreprises ne peuvent pas embaucher les gens avant l?âge de 15 ans, qui est l?âge du travail légal. C?est pourquoi nous souhaitons un changement de la définition de la main-d??uvre dans le calcul du taux du chômage.

Troisièmement, il faut savoir que pour préparer ces statistiques, le BCS utilise généralement un Labour Force Survey qui est effectué en mars. Or le mois de mars est un mois où l?emploi est au minimum. Auparavant, nous avions un Survey on Employment and Earnings fait deux fois l?an, en mars et en septembre.

Le mois de septembre est en période de coupe, une période pleine d?activités économiques, ce qui donnait une idée plus proche de la réalité du niveau de l?emploi. Malheureusement on a cessé de faire cette enquête en septembre. Si elle existait toujours, on aurait pu faire une moyenne du niveau de l?emploi entre mars et septembre. Nous pensons que c?est maintenant le moment de réintroduire cette enquête de septembre pour avoir une meilleure idée du marché du travail.

Mais il y a les données du ministère de l?Emploi ?

C?est vrai, l?Employment Service du ministère de l?Emploi compile des statistiques sur le chômage, c?est-à-dire, sur ceux qui s?enregistrent comme chômeurs. La vérité à Maurice, c?est que des gens s?enregistrent même s?ils ont un boulot. D?autre part, il y en a d?autres qui sont au chômage mais qui ne viennent pas s?enregistrer.

Est-ce à dire que le chômage est un faux problème, comme l?a affirmé le ministre Showkutally Soodhun ?

Il faut reconnaître qu?il y a du chômage à Maurice. Mais nous ne pensons pas que le taux est arrivé à un niveau inquiétant. Nous estimons que le chiffre réel du chômage doit se situer entre ceux du BCS et ceux du ministère de l?Emploi. Nous aurions souhaité une enquête approfondie sur la question.

Qu?est-ce qui vous fait penser que les chiffres du BCS sont exagérés ?

Outre les observations exprimées plus haut, il ne faut pas oublier que notre économie a beaucoup évolué ces dernières années. Les secteurs des petites et des moyennes entreprises (PME) ainsi que les secteurs informels ont pris beaucoup d?ampleur dans le pays. Les Mauriciens sont débrouil-lards. Ils vont chercher un emploi ou ils vont se mettre à leur propre compte. Selon une étude de la firme De Chazal Du Mée, 27 % de ceux qui ont plus de 15 ans travaillent dans le secteur informel. Cette débrouillardise des Mauriciens est un très bon signe d?entrepreneuriat. N?oubliez pas non plus que beaucoup de Mauriciens ont un deuxième boulot.

Si vous maintenez que le taux de chômage n?est pas si inquiétant, ces chômeurs, dont vous parlez vous-même, se trouvent où ?

Ils se trouvent principalement parmi les jeunes qui viennent de terminer leurs études secondaires. La MEF est disposée à élaborer des programmes ciblés de formation, en collaboration avec le gouvernement, pour rendre ces jeunes plus aptes à trouver un emploi. Le Skills Development Programme du ministère de la Formation, où les diplômés sans expérience sont placés en entreprise pendant un an, est un franc succès. La plupart des stagiaires arrivent ensuite à se faire embaucher. Il nous faut donc investir davantage pour rehausser le niveau de formation et d?éducation de ceux qui recherchent un emploi.

Qu?en est-il de ceux qui se retrouvent au chômage après plusieurs années en usine ?

Ils peuvent être recyclés. D?ailleurs, ceux qui avaient perdu leur boulot chez Floréal Knitwear se sont vu offrir des perspectives de recyclage dans l?hôtellerie. Nous estimons que ce processus de recyclage de la main-d??uvre doit être continu.

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