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Le talent trop pressé de Vick Kumar Shibdoyal

15 février 2004, 20:00

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L?ON ne le dira jamais assez. Malgré la grande liberté de l?artiste, qu?il soit peintre, sculpteur, installateur ou autre, le premier solo n?est pas une plate-forme pour montrer au monde la polyvalence de ses capacités à utiliser mille et un matériaux, ou encore à épouser cent et un styles. Or, cela devient courant à Maurice, malgré les avertissements répétés. Et cela peut se vérifier à l?exposition de Vick Kumar Shibdoyal intitulée It?s High Time, au Foyer du Théâtre de Port-Louis. Le vernissage a eu lieu le lundi 9 février 2004. Les ?uvres sont visibles jusqu?à vendredi.

Le catalogue de l?exposition déjà se montre plus que surchargé, tant pour la partie graphique que pour celle illustrant les ?uvres. Surimpressions, superpositions, et polices multipliées, répondant au même besoin tangible de tout montrer en une fois. Avec pour résultat la négation d?un point focal essentiel et l?annihilation de toute possibilité d?homogénéité. La rétine se perd dans un imbroglio qu?elle n?arrive pas à démêler. Ce qui aura échappé à l?artiste préoccupé par sa production personnelle.

Puisqu?on y est, attirons l?attention sur ce bouquet intercalé entre les ?uvres. Il dessert tout autant l?exposant. De même, ce tapis parsemé d?étoiles qui habille le socle sur lequel repose un assemblage aux mille motifs. L?oeil ne sait plus où se fixer. Au détriment de l??uvre. Tous ces points soulignés, nous les avons fait ressortir personnellement à Vick Kumar Shibdoyal. Comme nous le faisons pour d?autres. Libre à eux d?en tirer profit. Il semblerait, à ce stade, que le titre It?s High Time, ne réponde pas à son affirmation, tout au moins pour l?une de ses assertions. Où l?exposant se croit parvenu au moment propice pour sa première sortie publique.

Venons-en aux ?uvres. Cet exposant a certes bien des qualités. Tout comme une imagination fertile et une créativité certaine. Son travail résume ses rêves et préoccupations personnels, comme certains du monde contemporain. Ils sont témoins de leur temps. Et sont réalisés dans l?esprit du temps, utilisant bien des matières et des supports qui renvoient à l?esprit du jour. Reléguant au temps bien des démarches et outils du passé. De ce fait, ils font partie intégrante de l?Art Contemporain.

The call of Time se veut être sa pièce maîtresse. Et évoquer la seconde assertion du titre. C?est-à-dire véhiculer l?idée qu?il est grand temps pour nous de nous sortir résolument de nos enfers présents du Kaliyug, guerres, maladies et autres. Et de réaliser nos meilleures pensées, actions? L?effet vers une aspiration montante est réussi. Il s?agit là d?une expression qui ramène en mémoire Tinguely, par la forme visuelle, sans le son et le mouvement.

L?on ne saurait douter de la qualité manuelle de l?assemblage. Mais l?on constate dès l?abord que ce travail, construit à partir d?un nombre conséquent de disques à pédales et de chaînes de bicyclette récupérés, n?aura pas été assez longuement mûri avant son exécution.

La roue terminale porte en son sein les chiffres romains III, IX, et XII, à la manière d?une pendule, pouvant évoquer, comme le désire Vick Kumar. Shibdoyal, la première pendule signée Archimèdes, bien que les chiffres ne s?intègrent pas à l?ensemble. Les multiples roues à dents ne reflètent pas au premier coup d??il le mécanisme intérieur d?une pendule. Plus de réflexion aurait mené à une ascension à l?économie plus nette, sans pour autant être une réplique des rouages.

Le son et le mouvement

Bubbles Scape assemble des sections de tuyaux galvanisés de différents diamètres. Pour évoquer certains effets de la pluie. La thématique est intéressante et rare. Elle ajoute à la poésie du moment évoqué. Mais, à observer de plus près de grosses gouttes de pluie qui tombent sur une flaque d?eau, l?on remarque que le cercle initial de chaque goutte ne se fige pas, comme indique l?oeuvre. Il s?élargit à mesure que tombent d?autres gouttes. Qui souvent s?entremêlent. Le tissu sur lequel est posé l?assemblage ne réussit pas à évoquer la flaque d?eau. A Vick Kumar Shibdoyal de pousser plus loin son imagination, jusqu?à trouver le dispositif le plus parlant. Rhythmic Ballad, autre évocation poétique, est un assemblage de bambous fort réussi. (Que desservent les deux tissus-supports !) Il rappelle quelque part une flûte de Pan, des didgeridoos, et bien d?autres instruments de musique. L?on croirait même en entendre le son ! C?est dire que Vick Kumar Shibdoyal a du talent. Mais qu?il devra s?assurer, pour son deuxième solo que time is ripe.

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