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Le suspect Jiawed Ruhumatally incrimine Gérald Lagesse

15 février 2005, 20:00

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?Misie labank inn dir mwa pran mo par ale?. Mohamad Jiawed Ruhumatally s?est rendu à la police et a révélé ce qui pourrait être une nouvelle piste . Une partie du butin qui lui revenait (Rs 500 000) lui aurait été remise par la victime, Gérald Lagesse. Cette confession a fait l?effet d?une bombe chez les enquêteurs, hier soir. Le rôle exact qu?aurait joué la victime n?a toutefois pas été parfaitement défini. Ce nouvel élément vient étayer la thèse des enquêteurs d?une complicité interne à la banque.

Mohamad Jiawed Ruhumatally a même indiqué à la police le lieu où il avait caché l?argent. Plusieurs unités de police se sont immédiatement rendues à avenue Berthaud, non loin de Trèfles. Il a indiqué des buissons en bordure de route où il aurait dissimulé un petit sac en plastique contenant les billets. Les fonds n?ont toutefois pas été retrouvés, malgré les indications précises de Jiawed. Il aurait aussi confié à un de ses complices l?endroit de la cache.

Selon nos sources, Mohamad Jiawed Ruhumatally aurait allégué que toute l?affaire aurait été montée dans le cadre de détournements perpétrés avant le supposé hold-up de vendredi. Il aurait déclaré qu?une mise en scène pour faire croire à un casse voulait en fait cacher des malversations antérieures. Ce qui donne une toute autre dimension à l?affaire. D?ailleurs, d?autres sources indiquent que l?un des suspects connaissait Gérald Lagesse.

La cavale de cinq jours a donc pris fin dans l?après-midi pour Mohamad Jiawed Ruhumatally, 29 ans. Cet habitant de Trèfles, Stanley, est soupçonné d?avoir participé à l?assassinat de Gérald Lagesse ainsi qu?au vol de Rs 51 millions de la Mauritius Commercial Bank (MCB) vendredi. Il s?est rendu à la police après avoir retenu les services de Me Raouf Gulbul, avocat. Son interrogatoire s?est poursuivi jusqu?à tard dans la soirée.

Le Central Criminal Investigation Department (C CID) et la Criminal Investigation Division (CID) de Port-Louis sud poursuivent leur enquête pour retrouver les trois autres suspects : Daniel Désiré Steve Monvoisin (29 ans), Satroojeetsingh Sotrooghan (28 ans) et un ancien planton de la MCB connu sous le nom de Ruby.

<B>Mauvaises fréquentations</B>

Raouf Gulbul arrive devant les locaux du C CID à 15 heures 10. Il confie aux journalistes que son client, Mohamad Jiawed Ruhumatally, en fuite depuis cinq jours, est sur le point de se rendre aux policiers des Casernes centrales.

La tension est palpable. Les enquêteurs savent que l?interrogatoire du suspect permettra probablement de recueillir des informations sur les auteurs présumés du hold-up, ainsi que sur l?argent volé. Le téléphone cellulaire de l?avocat sonne, il est informé de l?arrivée imminente de son client à bord d?un taxi doré. C?est à bord du même taxi que Raouf Gulbul s?est rendu aux Casernes centrales, un peu plus tôt dans la journée, pour s?entretenir avec les responsables de la C CID. Sa démarche avait pour but de régler certains détails concernant la reddition de son client.

Quelques minutes plus tard, nouveau coup de téléphone : cette fois, le frère du suspect, Yousouf Ruhumatally, informe l?avocat que son jeune frère a été intercepté par la police, dès qu?il est entré aux Casernes. Il est immédiatement conduit aux locaux de la CID de Port-Louis sud. Puis, du rez-de-chaussée, il est conduit au premier étage pour être interrogé. Mohamad Jiawed Ruhumatally est vêtu d?un t-shirt noir et d?un jean usagé et arbore une barbe naissante.

Yousouf Ruhumatally patiente dans les locaux de la CID de Port-Louis sud. Il espère avoir des nouvelles de son jeune frère. L?air absent, il dénonce les mauvaises fréquentations de ce dernier : ?Il n?a jamais été quelqu?un de très sérieux et s?était lié d?amitié avec des gens plus que douteux. Il vit de petits boulots pour s?en sortir.? Il dit que Jiawed l?a contacté un peu plus tôt dans la journée pour organiser sa reddition. Jiawed lui aurait demandé de l?attendre à Port-Louis, qu?il viendrait l?y rejoindre par autobus. Le suspect recherché aura donc réussi à prendre les transports en commun sans que personne ne le reconnaisse, bien que sa photo soit dans tous les postes de police et a été publiée tant dans les journaux qu?à la télévision.

Même s?il se dit persuadé de l?innocence de son frère, Yousouf confie : ?Si vre mem li koupab, bizin bez li condane. Me pa kapav enn gro bone manze, ek 4 zenfan cite al dan kaso.?

<B>Absent le jour du hold-up</B>

Shailendra Bungaradu, alias Teddy, un des trois plantons de la MCB qui ont comparu en cour lundi , a de nouveau été interrogé à la CID de Port-Louis sud hier après-midi. Il était accompagné de son avocat, Me Yatin Varma. Le suspect, âgé de 27 ans, était employé à la MCB depuis huit ans. Il y était entré comme cleaner. Au cours de son long interrogatoire, il a déclaré aux enquêteurs qu?il ne travaillait pas le jour du hold-up. Il est accusé provisoirement de complot avec des inconnus (unknown persons) pour commettre un vol avec violence au quartier général de la MCB à Port-Louis. Il a catégoriquement nié. La police perquisitionnera son domicile, rue des Créoles à Mahébourg, aujourd?hui.

La Banque de Maurice a, quant à elle, fait savoir que la MCB lui a fourni des ?explications préliminaires? sur les événements de vendredi. Mais elle attend toujours un rapport complet à ce propos. Au quartier général de la MCB, on s?active à sa préparation.

Vendredi matin, Gérald Lagesse a été assassiné alors qu?il se trouvait dans la chambre forte de la banque. Le corps du Customer Service Supervisor de 49 ans a été découvert peu avant dix heures par le planton, Ashad Boodhoo, un des sept employés ayant accès à la salle des coffres. Il est un des trois plantons détenus par la police. La victime a été bâillonnée à l?aide d?une chemise bleue à carreaux, les mains et les pieds immobilisés par une bande adhésive. Son cadavre était dissimulé sous des sacs de pièces de monnaie.

L?autopsie a été pratiquée par le Dr Amah Charya Gujjalu, assisté du Dr Sudesh Kumar Gundagin. La mort a été causée par asphyxie. Des morceaux de papier ont été extraits de la bouche de la victime.

Raouf Gulbul se dit satisfait du déroulement de l?enquête et a assuré que son client collaborera avec les enquêteurs. Il a déclaré : ?Nous sommes dans une phase critique de l?interrogatoire. Mon client a donné sa version. Par éthique professionnelle, je ne peux faire aucune déclaration à ce stade de l?enquête.? Mohamad Jiawed Ruhumatally comparaît en cour aujourd?hui.

Par ailleurs, la police traitera en toute confidentialité toute information sur les fugitifs. Téléphoner au 999, ou 210 4460 et 208 0034.

<B>Les familles des suspects témoignent</B>

Ses amis lui auraient promis plusieurs liasses de billet en échange d?une course vendredi. Il n?aurait pas été insensible à cette proposition. Sartroojeetsing Sotrooghan, chauffeur dans une compagnie d?autobus, l?aurait révélé lors d?une conversation téléphonique avec sa s?ur. Il est un des suspects recherchés dans le braquage de la MCB.

?Li pa ti rent dan la banq. Li pa conn nanyien lor meurtre. Li ziss fer enn cours pou zott, en esanze casse. Cess ki linn dir mwa. Linn less li tente?, déclare sa s?ur. D?où également le cri du c?ur de sa mère, Roupa : ?Zot servi mo zenfan. Zot finn cokin boner mo garson. Li pa ti tro move me li pa tro bon. Mo pas croir li ti pu fer enn zafer coum sa, me selma?, dit-elle en pleurant à chaudes larmes.

Ne pouvant plus retenir son émotions, elle lance : ?Mo bien sagrin. Mo demann pardon pou mo garson la fami Lagesse.?

C?est à bord de sa Chevrolet 4X2 blanche, achetée il y a huit mois avec l?aide de sa mère et d?un autre prêt que Sartroojeetsing Sotrooghan aurait véhiculé ses amis après le braquage au quartier général de la MCB. Si Steve Monvoisin leur est inconnu, en revanche la famille connaît bien Jiawed Ruhumatally. Ce dernier était venu chez eux en quelques occasions.

?Nous n?approuvions pas ses fréquentations. Mais malgré son penchant pour l?alcool, c?est un frère aux grandes qualités. J?étais très proche de lui?, poursuit sa jeune s?ur, qui vient de terminer sa HSC.

La mère de Sartroojeetsing Sotrooghan reste désorientée et bouleversée : ?Je ne comprends pas sa démarche. Il a tout ce qu?il veut. Il conduisait sa Chevrolet et, quand il n?en avait plus envie, il avait notre voiture et même une mobylette. Mon fils a effectivement des goûts particuliers : il s?achète toujours des chemises et des jeans griffés. De plus, il perçoit un salaire décent, avec des heures supplémentaires.?

Au travail, où il est employé depuis 1999, on évoque un employé régulier mais au comportement pas ?très correct?. Surtout envers les passagères dans les autobus qu?il conduisait. Il a d?ailleurs reçu un ?severe warning? la semaine dernière : à un arrêt d?autobus, il se serait assis à côté d?une passagère pour la harceler. Son caractère ?intimidant? n?encourage pas les receveurs à prendre position. La passagère s?est plainte à son employeur qui, faute de témoignage à visage découvert, n?a pu cependant le sanctionner. Quelques plaintes du même registre ont été formulées contre lui récemment.

Ce suspect recherché ne se rend plus à son travail depuis jeudi. En congé ce jour-là, il a soumis un certificat médical pour le jour du hold-up et pour le lendemain. Depuis, il n?a plus donné signe de vie. Et il sera en rupture de contrat dès demain, s?il est toujours absent.

Steve Monvoisin, ami de Sartroojeetsing Sotrooghan, a l?apparence d?un gentleman. Il conduit souvent une voiture, porte une mallette à la main. Mais il est bien connu des policiers et est réputé pour avoir ?embobiné des gens? dans plusieurs transactions. ?En le regardant, toujours bien vêtu, vous ne croirez jamais qu?il est si infréquentable?, confie un de ses voisins.

Ce jeune homme, dont les parents sont divorcés, garde un profil bas en public. Mais il ne faut jamais lui chercher noise, prévient une des connaissances. ?Il risque alors d?être très violent. Je l?ai déjà vu à l??uvre et c?est terrible?, dit-il. Il a été aperçu à la rue Abbatoir, Rose-Hill, dimanche dernier.

Le père, un policier de haut grade, n?a pas approuvé les penchants de son fils. Dans un communiqué lundi, il dit de son fils ?que nous n?avons qu?un lien de parenté légal. Mais ce jeune homme ne fréquente pas ma maison, ni mon entourage?. La mère a appelé la police vendredi, pour la prévenir du braquage. Aujourd?hui, elle ne veut plus évoquer cet épisode sombre: ?Dire quoi maintenant ?? demande-t-elle. Elle donne l?air de vaquer normalement à ses occupations à la rue Idriss Goomany, à Rose-Hill.

La mère de Jiaved Ruhumatally, Amina, était, elle, plus volubile, hier : ?Mo pa conpran couma linn capav fer enn zafer coum sa.? Son fils habitait avec elle depuis son enfance. Puis, il y a un an et demi, il y a eu cette controverse entre eux, à propos de son histoire d?amour : il aimait une femme d?une autre communauté. Jiawed Ruhumatally quitte alors le toit familial à Trèfles. Sa femme, qui habite chez ses parents, est maintenant la mère de sa fille de deux ans. En cavale depuis cinq jours, il a contacté hier son frère Yousouf pour organiser sa reddition.

Depuis son départ, les parents ont peu revu leurs fils. Selon ses s?urs, ce marchand de fruits, qui s?est adonné pendant quelque temps à la mécanique, est un homme sans histoires. Il n?a jamais eu de démêlés avec la police, précise l?une d?elles. Il voulait même, à un moment, devenir Maulana ?

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