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Le supplice d?une femme battue

14 août 2005, 00:00

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En petits groupes, le regard tourné vers la maison non crépie bordant un champ de cannes, les habitants de la route de Pont-Bon-Dieu se confient à voix basse. Dans cette partie de Brisée-Verdière, il n?est un secret pour personne que Sudeer Nackchejee, 37 ans, a la main leste.

Ils n?ont donc été qu?à demi-surpris mardi en apprenant qu?il avait tenté de brûler vive sa femme, Vijotee, 34 ans, en l?aspergeant d?essence.

L?homme, recherché depuis plus de quinze jours par les policiers pour violence conjugale, a profité de l?absence de ses enfants, pour se venger de sa femme. Il lui en voulait de l?avoir dénoncé à la police et d?avoir réclamé un Protection Order contre lui.

Sudeer est décrit comme un fainéant, plutôt porté sur la bouteille. Tout le contraire de Vijotee qui est dépeinte comme la crème des épouses.

Amis et voisins parlent de lui comme d?un parasite. Il passait ses journées à boire, vivant aux crochets de sa femme.

Vijotee, elle, trimait du matin au soir à l?usine pour nourrir leurs deux fils. En rentrant le soir, presque toujours ivre, il était comme une bête enragée.

Il frappait les enfants, âgés de 14 ans et de 3 ans, s?il ne s?en prenait pas à Vijotee sans raison. Il y a trois semaines, il l?a battue comme plâtre, la contraignant pour l?énième fois à rechercher la protection de la police.

« En revenant ivre mort de la boutique, il a commencé à l?insulter. Il l?a traînée par les cheveux jusqu?au bord de la route, lui arrachant des touffes de cheveux. Il lui a déchiré ses vêtements, griffé le dos et lui aurait brisé la tête avec les pierres si nous n?étions pas intervenus », commente, stoïque, le voisin d?en face.

Ici en milieu rural, il n?est pas question pour les hommes d?intervenir dans une dispute conjugale. Sudeer déchirait les vêtements de sa femme à force de la frapper. Les hommes baissaient les yeux par pudeur alors que les femmes accouraient avec une couverture pour cacher sa nudité?

<B>Tombée amoureuse de ce gringalet</B>

Ici, tout le monde connaît la triste histoire d?amour de Sudeer et de Vijotee. Il l?a convaincue de fuir le domicile parental, à Bon-Accueil, pour se marier avec lui, il y a seize ans.

Vijotee venait à peine d?avoir dix-huit ans. Elle était tombée amoureuse de ce gringalet qui n?avait ni froid aux yeux, ni sa langue dans sa poche. Ce qui explique la longue liste de troubles de l?ordre public qui le suivait.

« Li ti enn vacabon, partou kot li ale li ti pe gagne problem. Li diskite, li laguer, li nek paye lamann mem. Deklaratyon sipa komie kont li », soupire la mère de Vijotee, Pousmwatee Bissessur. Avec son mari, Krishnalall, elle a tenté de faire entendre raison à Vijotee alors qu?elle n?avait même pas 15 ans.

« Nou finn koz ek Vijotee. Nounn koze, nounn bate nou dir li li enn move garson. Be samem ki nou ti per inn arive zordi », ajoute la vieille dame. Son mari et elle ont commencé à se soucier de leur fille lorsqu?elle a eu son premier enfant, Sandeep, il y a quatorze ans.

« Zot ti pe rest dan enn lakaz ki ti kuma enn pas the. Nu finn donn zot enn terain et nu finn mem ranz enn lakaz pu zot. Nounn pense ki kan zot pu dan bien, boug la pu viv bien », déplore Krishnalall.

Mais Sudeer a gardé ses mauvaises habitudes. Pour corser le tout, il s?était fait licencier pour des raisons mystérieuses, il y a cinq ans. Il travaillait alors dans le giron des courses hippiques. Ses amis expliquent qu?il était un « zougader ».

<B>« Monn truv mo mam finn brile »</B>

Maçon de temps en temps, mais le plus souvent chômeur, il la battait régulièrement jusqu?à ce qu?un beau jour, Vijotee décide d?alerter la police. « Il a commencé à la menacer. Il lui disait qu?il allait lui faire la peau, qu?il allait la brûler vive. Elle avait peur pour sa vie à chaque fois qu?elle partait travailler », fait ressortir la mère de Vijotee.

Sandeep, l?aîné de Sudeer et de Vijotee, est encore secoué par le drame survenu à sa mère. D?autant plus, que ce jour-là, mardi matin, l?adolescent ne s?est absenté qu?une quinzaine de minutes, le temps d?aller déposer son petit frère chez une voisine.

Lorsqu?il est revenu chez lui, vers 7 h 05, il n?a pu que constater l?horreur. « Kan monn fini kit mo frer, monn al rod enn plim la boutik kar mo ti ena bann devoir pu fer. Kan monn retourner, monn truv mo mam finn brile, linn dir mwa mo papa kinn fer sa. »

Bien malgré lui, l?adolescent sait que l?état de sa mère est précaire. Elle lui a parlé sur son lit d?hôpital, au service des grands brûlés de Candos, lui disant de veiller sur son frère?

Sandeep n?a que des reproches à faire à propos de son père. Un jour, ce dernier l?a suspendu au-dessus des toilettes, en le menaçant de le jeter dans la fosse septique. Il n?avait pas dix ans et s?en souvient encore.

« Li ti pe fer nu bien miser. Tou letan li ti sou. Dernye fwa, inn gayn troi semen, le 17, linn bate mo mama. Linn dekurage, linn demann Protection Order. La mope rest kot mo nani, lekol rentre le 18, mope okip zafer mo mam, mo va rentrer le 22 aster », confie le garçon.

Arrêté mercredi soir chez un de ses trois frères dont il est l?aîné, à Quatre-Bords, Bon-Accueil, Sudeer nie être à l?origine de l?agression de sa femme, bien que celle-ci déclare que c?est lui qui lui a versé de l?essence sur tout le corps. « Mo enn champion mem, mai ar sanla monn zwen tase », avoue un agent de la CID de Flacq, qui a tenté en vain de lui faire avouer son crime.

Mais ses collègues et lui-même ont autre chose en main. Peu avant d?attaquer sa femme, Sudheer avait obligé son fils à lui écrire une lettre d?adieu dans laquelle il menace de tuer Vijotee.

« Li ti dir li pou suicide et linn deman ki partaz li sipozer gaygne vinn pou so zenfan. Linn dir li pou suicide car mama pe rod divorce, linn dir li pou bwar poison. Linn dir le 4 li pou mort mai li pann fer li », souligne Sandeep.

Dans cette lettre remise aux enquêteurs de la CID de Flacq, dirigée par l?inspecteur Seedhyen et l?assistant surintendant de police Seebaluck, Sudheer déclare à Vijotee que « si to pa vinn pu mwa to pa pu vinn pu personn. Mo pu avoy twa manzer lerla mo pou suicid mwa. »

Observant son droit au silence, le maçon a retenu les services de l?avocat Joy Beeharry et s?apprêtait à consigner une déposition en sa présence hier matin. Il risque gros si jamais sa culpabilité est prouvée.

Pour éviter d?autres drames similaires, la ministre de la Femme, Indira Seebun, a rendu visite à Vijotee vendredi après-midi et promis que la loi sur la violence domestique sera revue et les peines plus sévères.

En attendant, Vijotee est au seuil de la mort. Son état est jugé très grave et ce n?est que cette semaine qu?on saura si elle survivra ou non à ses brûlures.

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