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Le sud de Toulet, Hart et de B.L.B.

8 janvier 2007, 00:00

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BLB (Blanche Labat Bruneau, Missié Emile so tifi) nous a donné l?envie de citer Robert Edward Hart, faisant Paul Jean Toulet, décédé en France, ressusciter à Maurice, à l?instar de nos vieux laboureurs convaincus qu?ils meurent à Maurice pour ressusciter dans leur Inde ancestrale. Mais on ne salue pas au passage des géants comme Hart et Toulet sans être bénéfiquement envahis par la sagesse et la justesse de leurs réflexions, poétiques de surcroît.

Pour être devenu, au crépuscule de sa vie, un habitant de cette Savane en fleurs, Hart connaît intimement Toulet, même si ce dernier est né près du Golfe de Gascogne, même s?il a brûlé aux feux nocturnes de Paris, même s?il meurt dans le Béarn du bon roi Henri IV, même s?il n?a vécu que quelques années (mais quelles années !) de sa jeunesse (mais quelle jeunesse !) à Maurice, ou plus exactement dans cette Savane envoûtante comme pas deux.

Hart écrit, en 1946, qu?un de ses frères lui survit à Maurice. Il indique aussi que des anciens l?ont connu et lui parlent de lui. Il anime de son souvenir le jardin Telfair, à Souillac. Quelqu?un songe à lui élever une stèle en pierres savanaises. On l?attend depuis 60 ans. Hart en profite pour ironiser sur le panthéon mauricien, ?pavé de bonnes intentions?. Toulet lui conseille sagement de mourir là où il naît. Il conclut : ?Par delà son parisianisme aigu, il demeure un colonial, un créole?. Il ajoute : ?L?âme de Paul Jean Toulet, éparse à la Savane, communique un grand amour indéfini, un amour pour l?amour de l?amour qui étrangle. C?est l?état de grâce esthétique. La poésie c?est d?abord et surtout cela. La poésie c?est le c?ur à la gorge... Il aime la poésie comme on aime une femme, avec des ferveurs, des élans, des jalousies, des colères, des rires et des larmes, l?ardeur à vivre puis l?envie de mourir, la révolte et le sacrifice. Celui qui n?a pas l?âme de Tristan ne mérite pas l?Iseut de la poésie?.

Hart explique ensuite comment et pourquoi Toulet ne pourra jamais s?affranchir de la grâce originelle d?être tombé tout jeune et tout aimant dans cette Savane qui l?ensorcelle à jamais : ?Quand on respire longtemps l?odeur d?opium des sucreries en pleine roulaison ; quand on boit le fangourin et craque le casson mordoré ; quand le vent salé de Gris-Gris vous pénètre jusqu?aux moelles ; quand on voit l?or dans l?or, les tresses blondes des petites cousines, luire au soleil tropical ; quand on fait de l?esprit parisien, le dimanche, au Jardin Telfair, tandis que la houle arrive d?argent sur fond de sinople, on ne peut pas ne plus être de Maurice même à Paris. Cet air de la Savane vous marque à jamais. Il ne veut aucun partage car il fleure les neiges australes. En route, il prend cependant une cargaison d?odeurs marines, de pailles-en-queue, et de soleil.?

Mais retrouvons plutôt BLB qui délaisse la ruelle menant à l?ancienne sucrerie de Surinam où ressuscite Paul Jean Toulet, pour traverser la rivière Savane. Elle connaît celle-ci. Elle sait qu?elle ?caresse les berges et les rochers, qu?elle murmure sous le pont, qu?elle chuchote dans le tourbillon, qu?elle crée dans l?ombre du badamier, qu?elle est lente, gracieuse, et qu?elle se dirige avec indolence vers le rendez-vous que lui donne son maître, l?océan?. BLB s?appuie sur le parapet et songe aux jours de furie et de colère, quand le courant tumultueux charrie des troncs d?arbre, que son eau si claire devient boueuse et écumeuse. Elle conclut : ?Rivière, tu donnes une leçon de vie à ceux qui veulent te comprendre?.

L?odeur du pain sortant du four imprègne l?autre côté de la rivière. La vieille boulangerie fonctionne-t-elle toujours ? BLB seule le sait et s?en préoccupe.

De là commence la montée ?bateau?. On longe le Batelage, le petit port carte postale de Souillac. Les côtiers s?amarrent aux badamiers pieds dans l?eau. Ici se marient les odeurs du vieil océan et de la jeune et gracile rivière. Elle offrent à l?atmosphère ?une griserie de légèreté et de pureté?.

Au haut de la montée, commence le chemin montant à Terracine, ?vers ses bâtiments anciens, solides et trapus?. S?y dégage quelque chose de spécial, comme les épousailles ?d?un bout de terroir français et un folklore tropical, en cet endroit impassible devant le vent qui passe?, épousailles de la canne à sucre et des melons de Provence, des chèvres légères qui font penser aux Pyrénées de Paul Jean Toulet, des vaches aux yeux tendres ?qui ruminent inlassablement comme leurs s?urs normandes?. Plus loin, un champ d?ananas. Plus loin encore un ruisseau où nagent à reculons des camarons.

Terracine est le nom d?une ville portuaire d?Italie sur le Golfe de Gaète, au sud-est de Rome. Elle est la capitale des Volsques, prise par les Romains en 406 avant Jésus-Christ. Se trouvant sur le tracé de la Via Appia, elle devient l?un des séjours favoris de l?aristocratie romaine. Auguste, Galba, Trajan, Domitien l?embellissent. Napoléon s?y installe en conquérant en 1798 et un Bonapartiste local donne, peut-être, le nom Terracine à son établissement sucrier. Michel Geffroy construit la sucrerie entre 1815 et 1822. En 1838, elle annexe l?établissement sucrier de Rochester, et en 1916, les terres de Combo. Elle cesse de rouler en 1947 et depuis Union/Saint-Aubin se charge d?écraser ses cannes. Terracine pourrait faire l?objet d?un jumelage italien aussi fructueux que celui des deux Souillac, ceux de la Dordogne et de notre Savane. Un promoteur astucieux peut faire de notre Terracine l?un des séjours favoris de nos visiteurs italiens.

On change encore de pays pour se retrouver à Souillac où bâtiments historiques, et de la période française de surcroît, se marient aux bâtiments modernes. BLB voit passer une jeune fille en blue-jean et elle la voit, en rêve, vêtue de robe à corsage ajusté, de jupe froufroutante bordée de dentelles, de capeline, d?escarpins à lacet. Le cocher d?une diligence ou plus exactement le chauffeur d?un camion est tout heureux de pouvoir offrir un lift à tifi Missé Emile. Retour à la Pointe d?Ariambel.

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