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Le sourire pervers de Poutine

14 août 2008, 00:00

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Mikheil Saakachvili, le président géorgien, affolé et même paniqué, un genou à terre sur un trottoir de Gori, la ville natale de Staline, dérisoirement protégé des tirs éventuels d?un hélicoptère russe par la valise en Kevlar de ses gardes du corps. L?image était, lundi 11 août, sur une chaîne de télé française, LCI. Elle résume bien l?humiliation de la Géorgie face à la punition que lui inflige, depuis quelques jours, son grand voisin russe. Cette image a fait sourire Vladimir Poutine, qui la découvrait à l?écran en même temps que le téléspectateur français. Cela montre que la guerre des images fait rage au moins autant que la guerre réelle sur le terrain, et accessoirement que Vlamidir Poutine regarde LCI. On se moque ? On n?a pas tellement le coeur à cela tellement ce conflit illustre la volonté retrouvée du Kremlin de se conduire mal, face à l?opinion internationale, et d?y prendre le même plaisir pervers que jadis, du temps de l?URSS. Le sourire de Poutine est un terrible retour en arrière. Il y avait d?ailleurs un contraste entre ce sourire et l?air ennuyé du président russe Dimitri Medvedev écoutant un officier d?état-major lui expliquer en détail la situation militaire.

La scène, cette fois, provenait de la télévision russe. Medvedev et Poutine écoutaient, assis, ce militaire debout qui leur disait à quel point l?armée russe était dans son bon droit en défendant les malheureuses populations d?Ossétie du Sud, persécutées par la cruelle armée géorgienne de Mikheil Saakachvili. De la désinformation à haut niveau ? Et comment ! Car le même militaire, tout en jouant la vertu russe offensée par le vice géorgien, ne pouvait pas s?empêcher de confirmer que l?armée russe avait bel et bien envahi une partie de la Géorgie, ce que Moscou niait officiellement au même moment... C?était donc un mélange de désinformation et d?aveu, un cocktail dont les Soviétiques avaient jadis le secret et dont la recette n?a visiblement pas été perdue. Mikheil Saakachvili, un genou à terre à Gori, la ville natale de Staline, à 70 kilomètres de sa capitale, Tbilissi, cette image avait toutes les raisons de faire sourire Poutine. C?est lui, en effet, qui est à la manoeuvre et qui a tendu le piège dans lequel est tombé le président géorgien. Depuis des mois, les Russes massaient des troupes dans le Caucase pour infliger une correction aux Géorgiens, coupables de trop aimer les Américains et d?avoir fait construire à travers leur pays un oléoduc géant qui contourne le territoire russe.

Poutine n?attendait qu?une faute de Mikheil Saakachvili, qui avait encore aggravé son cas en voulant entrer dans l?OTAN. Le président géorgien l?a commise en envoyant ses troupes reconquérir l?Ossétie du Sud. La punition est en cours. C?est ce que signifie le sourire de Poutine.

Dominique DHOMBRES

© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate

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