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Le souci du long terme

8 décembre 2004, 00:00

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Le dîner offert par la Banque de Maurice aux “business leaders” vendredi dernier aura été une excellente occasion pour l’institution de bien expliquer le pourquoi et le comment de ses décisions touchant aux taux d’intérêt ainsi qu’à l’évolution de la monnaie locale. La conjoncture économique est telle que les entrepreneurs et la Banque centrale ne voient pas les choses du même angle.

Les entreprises, surtout celles opérant dans les activités traditionnelles tels le sucre et le textile-habillement, recherchent désespérément de nouveaux moteurs de compétitivité. En raison du démantèlement des filets de protection et de la limitation de certaines capacités techniques, la recherche des avantages intrinsèques s’avère difficile. Les industriels auraient souhaité voir les autorités monétaires faire plus d’effort pour rendre leurs exportations plus attrayantes sur les marchés d’exportation. Entendez par là, une dépréciation programmée de la roupie. Ils reprochent à la Banque centrale de fermer les yeux sur d’autres facteurs tels l’emploi et la croissance en privilégiant l’objectif de la stabilité des prix.

“Nous ne pouvons nous substituer à vos efforts pour plus d’investissements dans l’équipement et dans les ressources humaines”, aiment répliquer les banques centrales à ces critiques. Ramesh Basant Roi, le patron de la Banque de Maurice, a voulu apporter une explication plus globale à sa mission. Il est faux de dire que la Banque centrale ne tient pas compte de la compétitivité de l’économie. Elle le fait mais dans une perspective à long terme. La stabilité des prix, l’objectif controversé, est une des conditions essentielles à la réalisation de cet objectif. Les pays avec un taux d’inflation bas et stable ont une meilleure performance en termes de croissance et de création d’emplois.

Mais le gouverneur de la banque a voulu être beaucoup plus explicite. La politique monétaire ne peut faire des miracles. Elle peut contribuer à créer des emplois et à soutenir la croissance seulement si le niveau général des prix est stable. Il n’y a donc pas de conflit, selon Ramesh Basant Roi, entre le combat contre l’inflation et les impératifs de la compétitivité, du moins dans le moyen et le long terme.

Celui-ci ne s’est pas contenté de répondre aux attaques venant de la communauté d’affaires, mais aussi des dirigeants politiques. Il est monté au créneau pour lancer quelques flèches à l’encontre des entrepreneurs locaux. “Vous n’investissez pas suffisamment malgré l’abondance de l’argent dans les banques et malgré les nombreux plans d’incitation existants.” Il leur a reproché un certain manque d’initiative et de créativité. Les industriels ne se sont pas bousculés chez leurs banquiers même lorsque les taux d’intérêt réel étaient presque au niveau zéro.

Mais il y a aussi d’autres facteurs qui entravent la transmission monétaire. Nos marchés financiers qui ne sont pas suffisamment développés en sont une des causes. La restructuration doit s’accélérer dans le domaine de la gestion monétaire pour que le système de liquidités soit plus à même de réagir aux forces du marché.

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