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Le silence assourdissant de Paul Bérenger
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Le silence assourdissant de Paul Bérenger
Le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) traverse d?un pas alerte le couloir menant de la Salle du trône à l?hémicycle. Il sifflote et fredonne quelques bribes. Il garde le plus souvent les yeux baissés. Pour ceux qui ont appris à décrypter le body language de Paul Bérenger, c?est qu?il y a quelque chose qui le tenaille. Mais par orgueil, d?autres diraient timidité, il se garde d?entamer le dialogue avec ceux qu?il lui arrive de croiser.
Élément incontournable de la politique mauricienne de ces 35 dernières années, c?est une des rares fois depuis sa première élection au Parlement, en 1976, qu?il s?y retrouve en simple député. Le plus clair de son temps, il l?a passé au Front Bench du principal parti de l?opposition ou de celui de la majorité gouvernementale.
Ce 11 avril, le chef de file du MMM s?installe, tout comme pour la séance d?avant, à la première rangée de la travée située à la gauche du Speaker. Contrairement à la précédente, il n?existe, cette fois, aucun doute sur l?identité du leader officiel de l?opposition.
<B>Voler la vedette à son successeur</B>
Souvent si prompt à réagir et à croiser le fer avec la partie adverse sur le moindre dossier, Paul Bérenger laisse l?impression de panser ses blessures. Il est la plupart du temps silencieux. Un silence éloquent qui lui attire tous les regards et qui lui permet, en quelque sorte, de voler la vedette à son successeur, Nando Bodha.
Les députés du MMM affichent eux aussi le calme, même lorsque la tension semble vouloir monter. Ils évitent surtout d?enchaîner sur des interpellations émanant de leurs homologues du MSM.
Pourtant, pour cette première passe d?armes, et malgré les timides quolibets de James Burty David et de Madan Dulloo, le nouveau leader de l?opposition ne s?en tire pas si mal. On dirait même avec une certaine complicité du chef du gouvernement.
En effet, le Premier ministre débute sa réponse à la première Private Notice Question (PNQ) de Nando Bodha par des civilités. Il félicite le leader de l?opposition pour sa nomination à ce poste. Le thème de cette PNQ sent pourtant la poudre, puisqu?il porte sur l?enquête enclenchée par la police dans le cadre de l?affaire Dulull. Le leader de l?opposition lui renvoie l?ascenseur. Il remercie le chef du gouvernement pour les renseignements fournis dans sa réponse liminaire. Les échanges subséquents sont tout autant respectueux.
Paul Bérenger n?intervient qu?une seule fois à l?heure des questions supplémentaires à la PNQ. Il se tient également à l?écart, même lorsque le ton monte entre Arvin Boolell et Maya Hanoomanjee à propos des procédures d?appel d?offres pour la vente des terres de la sucrerie de Rose-Belle.
Est-ce parce qu?il flaire un coup fourré Parti travailliste-Mouvement socialiste militant ? Il est néanmoins évident que les relations entre Navin Ramgoolam et Nando Bodha sont des plus cordiales ces jours-ci. Que ce soit dimanche dernier à Triolet ou, mardi à Ph?nix, les deux hommes sont tout sourire.
Est-ce le résultat du dégel qui s?est opéré entre l?hôtel du gouvernement et la State House ? Ou est-ce simplement parce que le leader du Parti travailliste a sans doute retenu de feu sir Seewoosagur Ramgoolam qu?il est imprudent d?affronter deux adversaires à la fois. D?autant qu?il existe actuellement de nombreuses raisons d?amplifier la zizanie entre le MMM et le MSM.
Mais quelle que soit la raison, l?on retiendra, au vu de cette prestation de Nando Bodha comme leader de l?opposition et de sa première confrontation avec la majorité, que l?Assemblée nationale n?est pas condamnée à n?être qu?une cour de récréation pour enfants turbulents.
Gardons-nous toutefois de conclusion hâtive. Entre politiques et gosses indisciplinés, l?écart est souvent infime.
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