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Le signe

25 mars 2006, 20:00

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Pile/Face de Jeanne Gerval-Arouff nous invite d’emblée au palimpseste, cette figure littéraire qui croit montrer quelque sens en montrant un autre sens. Tout art est un jeu comme le suggère Robert Furlong dans sa préface : Pile/Face est ainsi une balise, une signalisation de panneaux indicateurs. Des signes sont indiqués. Ils nous invitent à réfléchir. Mais c’est un jeu de pistes. Le Petit Poucet, c’est l’écriture.

Les nouvelles renvoient à la photographie, celle-ci au tableau reproduit, les tableaux aux textes, les textes à l’anglais, au créole, au français.

Ces signes nous invitent à penser l’espace même de la représentation, ce qui, vous l’avouerez, convient bien à un écrivain qui est à la fois une plasticienne.

Nous sommes donc face à un « signe de pistes », comme le dit Robert Furlong, comme on dit d’un jeu de pistes nous invitant à circuler du Totem de Souillac qui n’est pas sans analogies avec le totem de Freud, de Totem et Tabou, aux ponts de Sydney et/ou de Brooklyn, eux-mêmes déjà déterminés dans la littérature nord-américaine et dans l’art cinématographique, je pense à Dos Passos ou à Woody Allen pour ne citer qu’eux. C’est un jeu de signes littéraires.

L’œuvre d’art est une énigme surtout lorsqu’elle est sourde, lorsqu’elle ne parle pas comme peut-être l’opéra ou le théâtre. Mais dans sourd vous avez aussi sourdre, ce qui va sortir de tous les pores de la peau de l’artiste. Ce kaléidoscope littéraire, ce kaléidoscope artistique, est comme un palimpseste dont tous les morceaux, l’image, les mots, les signes, se rejoignent dans une subtile alchimie, par une secrète alliance, celle de la recherche du sens, de la signification.

Mais Jeanne ne nous indique pas de façon dogmatique le sens.

C’est à nous lecteur de le voir.

C’est à nous spectateur de regarder, de contempler. Le lecteur que nous sommes est invité à se promener, à voyager comme Hermès le dieu des voyageurs à travers l’herméneutique de Jeanne. Celle-ci n’est pas Pile ou Face. Rien que le mot est un clin d’œil. L’œuvre d’art n’est pas Pile ou Face : ce n’est pas ou bien ou bien comme le voudrait le principe de non contradiction : elle est tout en pile et tout en face comme le camaïeu en peinture l’exprime magnifiquement. Pile/Face, c’est le principe du camaïeu en peinture qui est appliqué à l’écrit. Voilà pourquoi c’est un objet littéraire, un objet d’art, à l’opposé de toute catégorisation...

Nous avons affaire ici à une esthétique du fragment analogue à l’Ile fragmentée dont elle est issue.

D’où l’amour littéraire pour les ponts, qui unissent des rives éclatées, le pont de Sydney, le pont de Brooklyn, le pont métaphore jetée par-delà le fleuve de la vie qui charrie sans ordre ni préséance chant, mirage, bonheur ou malheur.

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