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Le shopping se sophistique

26 décembre 2007, 20:00

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Cynthia Evariste, femme au foyer de 29 ans de Baie-du-Tombeau, tient entre les mains deux grosses boîtes enrobées de papier coloré. Elle vient d?investir Rs 5 000 dans les cadeaux de Noël destinés à ses deux enfants, âgés de cinq et huit ans. «ça, c?est une console de jeux avec des accessoires. Et là, j?ai acheté un tapis de danse ; ma fille dansera dessus en suivant les indications que la console enverra sur l?écran de télévision», dit-elle, tout fière d?avoir investi dans ce qu?elle appelle des cadeaux «de haute technologie».

Est-ce l?éventail d?articles disponibles dans les vitrines qui s?élargit ou est-ce le consommateur qui devient plus demandeur de cadeaux sophistiqués, quel qu?en soit le coût ? Sans doute un peu des deux. On recherche en somme ce qui sort de l?ordinaire, tout en souhaitant suivre la tendance. En matière de jeux comme de beaux cadeaux.

Cynthia, à l?instar de beaucoup de parents, a été sensible à la double caractéristique de la technologie du tapis : elle fait travailler et la tête et les jambes des enfants. Il est fini l?époque où le jouet acheté se laissait déterminer principalement par rapport aux désirs de l?enfant ou de l?adulte auquel il est destiné. Les cadeaux traditionnels d?hier sont jugés insuffisamment complets. La tendance est d?allier les jeux électroniques aux mouvements physiques. La console Wii, inaccessible à la plupart des foyers, reflète cette tendance nouvelle.

«Aujourd?hui les parents préfèrent de plus en plus payer plus cher pour un présent qui va durer, un présent dont on parle, un présent qui est la tendance. Ils acceptent moins le fait d?acheter un cadeau bon marché qui va se casser avant même que la Noël ne se termine.»

Pour son fils unique de cinq ans, Didier Lapierre, directeur d?entreprise, servi quelques secondes après Cynthia, va dans le même sens. «Je cherche à offrir à mon fils des jeux éducatifs, mais aussi des présents qui lui feront sortir en plein air», dit-il. Parmi les présents qu?il choisira, un hélico téléguidé qui forcera le gamin à beaucoup bouger en plein air. Mais pas n?importe lequel : ce joujou, minuscule et incassable, est le nec plus ultra dans son domaine.

Grande famille ne signifie pas pour autant joujou bon marché. Pas pour Vassen Kauppaymuthoo en tout cas. L?océanographe très connu est père de trois enfants. S?il ne veut pas céder aux jeux éléctroniques, il recherche ce qui se fait de mieux en matière d?éveil. «Je ne veux pas que les enfants soient scotchés à un écran. Cela rend, je pense, agressifs. Je veux qu?ils bougent. Qu?ils soient à l?extérieur. Je cherche aussi des jeux de société pour qu?ils développent leur imagination», explique Vassen qui passera plus d?une heure au magasin.

Cette tendance qui allie développement cérébral et développement physique, Michel Chung Fat, directeur du magasin Lotus D?or de Port-Louis qui commercialise des jouets de grande qualité dont les prix atteignent les Rs 350 000, dit l?avoir vu venir. Avec une expérience de 40 ans dans le domaine, il fouine dans tous les médias possibles, fait la tournée des producteurs européens, américains aussi bien qu?asiatiques pour satisfaire une clientèle comprenant des parents de diverses classes sociales. Il sait que les parents sont bien exposés, par les médias, principalement les télévisions étrangères, aux dernières technologies, et il fait face à ces demandes. «Aujourd?hui, les parents préfèrent de plus en plus payer plus cher pour un présent qui va durer, un présent dont on parle, un présent qui est dans la tendance. Il y a un but derrière chaque jouet acheté, des jouets qui sont de plus en plus interactifs. Ils acceptent de moins en moins d?acheter un cadeau bon marché qui va se casser avant que la fête de Noël ne soit terminée», explique Michel Chung Fat.

Au-delà des jouets, les importateurs et les revendeurs des présents de Noël ont aussi saisi cette évolution de la société mauricienne. Leurs meilleures ventes de présents se sont aussi faites dans les produits design dernières tendances. Chez Poncini, les vaisselles et couverts design, oeuvres d?art destinées à être montrées et non à être enfermées dans des placards, ont fait un tabac. Tout s?envole, des coffrets à vin aux assiettes rectangulaires. «Nous ne sommes absolument pas en retard par rapport à l?Europe en ce qui concerne les vaisselles néo-baroques», se réjouit Mina Curé, responsable des ventes chez Poncini.

Les deux représentants insistent : les produits chers qui se trouvent sur leurs rayons est une réponse à la demande. «Nous arrivons à suivre la demande de la clientèle à travers le feed-back que nous recevons. Et c?est là un travail d?équipe qui nous permet de répondre à temps à la demande dès qu?elle se dessine», affirme la responsable des ventes de Poncini de Port-Louis.

Lotus d?Or et Poncini sont perçus comme des magasins haut de gamme, des magasins pour une clientèle sélect. Mais chez Cash and Carry et Game, la vague sophistiquée dernier cri a aussi déferlé. Ils ont tous deux, grâce à cela, réalisé une meilleure vente cette année par rapport à l?année dernière.

Chez Cash and Carry, cette vague a pris la forme d?ordinateurs et téléphones portables, dont les prix varient de Rs 1 175 à Rs 25 000, de téléviseurs LCD haute définition ou HD Ready, en prévision probablement des jeux olympiques et en réaction aux offres de chaînes satellites. «Auparavant, quand les gens pensaient offrir un ordinateur, c?était l?ordinateur de bureau qui était le premier choix. Ce n?est plus le cas. C?est principalement le laptop qu?on offre», explique Kevin Jootun, responsable des ventes chez Cash and Carry de la rue Sir William Newton à Port-Louis. A Game, il n?a pas fallu longtemps pour qu?on soit convaincu que la tendance est au sophistiqué. Pendant que Ram, Floor Manager de Game, le confirme, un client se présente pour acheter trois consoles de jeux PS III, à Rs 28 000 l?unité. Il cherche une remise sur ces cadeaux de Noël?. Qu?il s?agisse de téléviseurs à écran LCD ou de Home Theatre, dont le prix dépasse les Rs 100 000, les résultats sont satisfaisants. Il y en a même qui cherchent des technologies non encore disponibles à Maurice, comme le I Phone, ajoute Ram.

A propos des jouets, Dave Appadoo, directeur de Game, apporte une nuance : la situation a été légèrement différente cette année. Il y a eu en effet manque de jouets de qualité sur le marché en raison de la condition imposée par les autorités que des tests soient effectués sur les jouets importés. Cela a mis en retard les importations. «Les jouets de qualité ont manqué. Et la tendance haute technologie qui s?est dessinée nous a permis de réaliser un meilleur chiffre d?affaires», confirme-t-il.

DES ACHATS QUI REVELENT UNE MEILLEURE QUALITE DE VIE

■ Nos achats racontent notre style de vie. Il en est un qui révèle une certaine préoccupation à soigner sa qualité de vie mais aussi un niveau de vie plus confortable : le mobilier de jardin. Et Dave Appadoo, directeur de «Game» est formel. Il a noté un engouement pour ce type de produit : équipements pour cuisiner et manger en plein air, four barbecue, table et chaise de jardin etc. L?autre achat très révélateur des préoccupations mauriciennes est le livre d?auto développement. Il a conquis ce marché avec force cette année, explique Hema Lalljee, responsable des ventes aux «Edition Le Printemps». Les nouveaux bestsellers mondiaux ont la cote. Shiv Kheira et Robin Sharma se sont arrachés comme cadeaux de Noël, explique Hemma. En tête de liste, «You can Win» et «Freedom is not Free», de Kheira, suivis de «The Monk Who Sold His Ferrari». Ce sont des ouvrages qui ne dépassent pas les Rs 400. «Harry Potter» (entre Rs 450 et Rs 1 175 pour la version française) est resté une valeur sûre comme cadeau de Noël, alors que Dan Brown a aussi été très demandé comme présent. Hema estime que ce n'est pas fini, que les ventes se poursuivront jusqu'à janvier. Mais ceux qui cherchent à acheter Shiv Kheira ou Robin Sharma ont intérêt à réserver leur copie.

QUESTIONS A?

RAJEN JUGNARAIN DU «SOS CHILDREN?S VILLAGE»

Vous jouez au Père Noël pour les 96 enfants qui sont sous votre responsabilité à Beau-Bassin. Ils doivent sans doute avoir les mêmes désirs que les autres pour de jeux sophistiqués?

Oui, certainement. Ces types de demandes sont venus principalement des adolescents. Vous savez, ce sont des adolescents qui fréquentent des collèges. Ils sont donc forcément en contact avec d'autres adolescents et connaissent la tendance du moment. MP 3 ou MP 4, Ipod etc.

Quand on leur a dit de faire leur demande au Père Noël, on a vu que les adolescents demandaient surtout des jouets électroniques. On a alors commencé à limiter cette demande en leur disant qu?on n?a pas les moyens de leur payer ces types de gadgets. On leur a offert surtout des jouets classiques obtenus du ministère de la Sécurité sociale et des bénévoles.

Vous devez gérer une frustration alors ?

Ces jeunes abandonnés par leurs parents sont en fait des jeunes traumatisés, qui ont reçu bien des coups dans la vie. Certains ont été retirés de leurs parents parce que ces derniers sont dans la drogue ou la prostitution. Pour Noël, ils se rendent comptent que certains enfants peuvent tout obtenir, mais pas eux. Nous avons eu recours à plusieurs exercices pour limiter les effets de cette frustration. On a eu plusieurs sessions d?explication sur cet aspect de la question.

Si «SOS Children's Village» avait de gros moyens financiers, auriez-vous offert ces jouets sophistiqués et très tendance à ceux qui en font la demande ?

Vous savez, SOS Children's Village a les moyens d?offrir les meilleures choses à ses pensionnaires. Les meilleurs mets tous les jours ; les vêtements de marque, etc. Mais nous ne le faisons pas. Simplement parce que ces enfants quitteront un jour le village et vivront de leur travail. Pourront-ils alors se payer ces choses ? Je crois que c?est une mauvaise éducation qu'on donnerait à ces enfants en leur payant gadgets sophistiqués et vêtements tendance. On a décidé d?utiliser l'argent autrement et tous les enfants vivent comme des enfants de la classe moyenne, sans extravagance. Un mode de vie qu'ils pourront facilement se payer quand ils partiront et vivront de leur sueur.

Je vous répondrai donc que même si nous avions des moyens illimités, nous n'aurions pas offert ces jouets tendance à nos pensionnaires. On leur aurait fait beaucoup plus de tort que de bien avec une telle politique.

Que diriez-vous aux parents qui achètent de tels jouets à leurs enfants ?

C'est aux parents de décider de la voie à suivre. Mais je pense que cette tendance vers des jouets électroniques sophistiqués et chers finissent par miner les parents. Ces sont des pressions terribles qui sont exercées sur eux en fin de compte.

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