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Le sevrage au prix d’une lutte perpétuelle
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Le sevrage au prix d’une lutte perpétuelle
Le visage du VIH/sida à Maurice se féminise, soit par contamination maritale – leurs conjoints étant des usagers de drogue par voie intraveineuse – soit de leur propre chef. Corinne figure dans cette dernière catégorie. Elle est aujourd’hui sevrée mais ce n’est qu’au prix d’une lutte perpétuelle contre ses démons.
A 24 ans, Corinne fait plus adolescente qu’adulte, mais son vécu pèse plus lourd que son âge. Les taches noirâtres de ses mains et à la jonction des bras trahissent une histoire de substances illicites et dangereuses. Pourtant, elle n’a pas toujours touché le fond comme durant ces deux dernières années.
Issue d’une famille de quatre enfants, elle a de très bons résultats scolaires. Et même si son père était “inpe bitor”, battant ses frères et sa mère, ils bénéficiaient parfois d’un répit. En ce temps-là, Corinne entend souvent sa mère reprocher à son père de “fim lapoud” mais elle ne se pose pas de questions...
A 15 ans, et lors de la séparation de ses parents, elle choisit de rester avec sa mère mais elle quitte le collège. Les fins de mois sont difficiles: sa mère, employée d’usine, a juste de quoi s’acquitter du loyer et acheter un peu de nourriture. “Nou ti pe manz par rafal.”
Les finances étant au plus mal, toutes les deux vont habiter chez un groupe de copines, à la périphérie de Port-Louis, qui “gagnent leur vie en dansant le séga”. “Seki mo pa ti kone, seki se enn lot kalite sega zot danse. Toultan zot sorti. Lindi ziska zedi zot trase, vandredi zot aste linz e samdi zot al diskotek. Zis dan samdi ki zot amenn mwa. Lezot zour, zot sorti tousel.” Corinne, dans son innocence, constate que cette profession rapporte gros car elles disposent toujours de beaucoup d’argent.
Sa mère finit par se mettre au diapason des copines. Corinne apprend la triste vérité par une amie. Choquée, elle n’en pipe mot. Mais elle finit par prendre goût à cette vie de divertissements et même à “fim mas”. A partir de là, elle n’écoute personne, pas même sa mère qui veut pourtant l’épargner.
<B>Passeport pour l’enfer</B>
Corinne commence à fréquenter des garçons qui ont les moyens de lui offrir ce qu’elle désire. Puis elle tombe sous la coupe d’un homme qui se montre sous son meilleur jour jusqu’à ce qu’elle emménage chez lui. “Mo pa ti realize monn trap enn feray so. Ou larg li mem me ou lamin pa fre.” L’homme se mue en un tortionnaire qui la bat régulièrement et l’empêche de mettre le nez dehors.
Ensuite elle se rend compte que de dealer, il devient usager. “Mo prefer les li van so ladrog pou li pike plito ki li bat mwa.” Il lui parle tellement de la drogue comme d’un passeport pour le paradis qu’elle se laisse entraîner. Mais c’est la descente aux enfers...
C’est cette même drogue qui lui donne le courage de plaquer son bourreau, mais l’accoutumance est telle qu’elle est obligée de “al dans sega”. “Ou bizin prostitue pou gagn ladrog touzour an pli gran kantite. Lezot travay pa donn ou sa kantite kas la. Me sa nisa premie fwa la zame ou regagne.”
La drogue devient son idée fixe. A tel point qu’elle se dépersonnalise, négligeant son hygiène dentaire et corporelle, se vêtant n’importe comment, devenant l’ombre d’elle-même. La seule chose qu’elle n’oublie jamais toutefois, ce sont ses préservatifs. Non parce qu’elle craint la contamination au VIH/sida dont elle ignore tout à l’époque, mais parce qu’elle ne veut pas être enceinte. Car elle refuse de léguer ce qu’elle vit à un enfant…
Dégoûtée de cette vie abjecte, Corinne se réfugie chez son frère qui finit par découvrir qu’elle se drogue en constatant que l’argent disparaît de la maison. Il lui fait comprendre qu’une place permanente sous son toit passe par la désintoxication. Corinne accepte. Elle passe quatre mois à Chrysalide et part avant la fin du programme de réhabilitation car elle trouve cette nouvelle vie trop sédentaire.
Elle rechute le lendemain même. Elle s’en veut d’être si dépendante mais la drogue lui procure un réel bien-être physique. “Ou santi tou pe largue dan ou lekor ziska seki ounn pike.” Consciente qu’elle finira mal, elle demande à son frère de la mettre en contact avec un travailleur social engagé dans la lutte contre la drogue. Ce dernier est si brutal dans ses propos qu’elle décide de tirer un trait sur son passé de toxicomane. “Linn dir mwa si mo kontinye, mo pou al donn f…dans zardin sa fwa la. Monn plore sa zourla parski mo ti santi li ti pe dir vre. Zardin ti pou mo terminis e dapre mo nivo skolarite, li ti inakseptab pou mwa sa.”
Depuis, Corinne tient bon. Elle est employée comme serveuse dans un restaurant mais le fait de vivre seule lui fait craindre une rechute. C’est pour cela qu’elle accepte l’offre d’un proche qui lui propose le gîte et le couvert contre la responsabilité d’entretenir sa maison. Cela lui pèse de ne pas être indépendante financièrement. “Sa lavi diverti mank mwa boukou. De tanz a ot lanvi pike la revini sirtou ler mo pena nanien pou fer me mo manz ar li.”
Corinne demande aux femmes dont les conjoints sont des usagers de drogue de les quitter avant qu’ils ne les entraînent à leur perte. “La plipar fam ki droge, se par zot mari ki zot pike. Zot bizin pa fer zot mari plezir pou enn zour parski li pou vinn touzour. Gagn kouraz la et kit li avant…”
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