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Le sens des priorités

3 septembre 2005, 20:00

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PAR ARIANE CAVALOT-DE L?ESTRAC

On attend certes du gouvernement qu?il assure ses promesses et complète son programme, mais qu?il ait aussi le sens des priorités. À un moment où il doit concentrer son énergie pour s?engager sur un immense chantier, le redressement de la situation économique au bord du cataclysme, il s?impose une campagne électorale. Ce n?est pas un climat idéal pour les réformes.

L?occasion de ces municipales, on le comprend, était trop tentante. L?enjeu n?est pas, comme les dirigeants le font croire, de décrocher le titre de champion de la démocratie régionale en restituant aux citadins et villageois leur voix confisquée à deux, trois reprises. Il y a longtemps, hélas, qu?elle ne leur sert plus à rien qu?à crier dans le désert. Il y a longtemps que les politiciens ont vidé de son essence la fonction municipale à force de régler, sur ces plate-formes régionales censées décider du bien-être de l?habitant, des questions de dimension nationale ; il n?est jamais question de municipales dans les municipales. L?enjeu de celles-ci, comme des autres, est politique.

Depuis plus de vingt ans que les municipalités sont largement sous contrôle mauve, les chances du Parti travailliste de se faire une place dans les villes n?ont jamais été aussi fortes. À chaque fois que des élections municipales se sont tenues quelques mois après des législatives, elles ont été favorables au parti au gouvernement. Ce fut le cas en 1996, quand le gouvernement PTr-MMM, élu en 1995, raflait les sièges municipaux. Ce fut le cas en 2001, quand le gouvernement MSM-MMM, un an après, remportait aussi les municipales.

Le MMM a certes toujours été la locomotive, mais un jeu égal à Port-Louis avec l?opposition aux derniers élections et une avance considérable à Quatre-Bornes autorisent au PTr tous les rêves. Ses chances seront d?autant plus grandes que le taux d?abstention sera plus grand. Il y a toutes les chances qu?il le soit ; la proximité avec les législatives risque d?éteindre l?intérêt de l?électeur, déjà bien diminué aux dernières municipales. Il n?y a pas encore de motifs de confrontation, sur quoi prendra-t-il position ? En cette période de grâce, il y a eu plus de raisons de soutenir le gouvernement que de le sanctionner.

Le PTr ne veut pas rater l?impact politique que pourrait avoir un effritement de la présence mauve dans les administrations régionales. Sans doute n?a-t-il pas une majorité nationale suffisamment confortable pour s?épargner cet effort. Une plus grande présence lui garantit plus de moyens de faire accepter ses mesures à venir. Il s?est donc mis en campagne, plus tôt même que l?adversaire. James Burty David a déjà exploité la bonne vieille stratégie qui a fait recette aux derniers municipales : montrer l?inefficience de l?administration mauve. Des responsables de campagne ont été nommés, trois fois plus dans les villes susceptibles d?être conquises, Quatre-Bornes, Vacoas.

Mais le jeu, qui va mobiliser le PTr tout ce mois, en vaut-il la chandelle ? Cet empressement du Parti travailliste ne lui fait guère honneur. Il n?est pas compatible avec ses déclarations sur la démocratie régionale. Comment peut-on en être partisan et chercher à ce point à conserver tout le poids du gouvernement central sur les administrations régionales ? Cette emprise est contre l?esprit de réforme. Comment peut-on déclarer, comme ce parti le fit en 1996, que l?on ne tolérera pas « que ces élections soient banalisées » et se comporter ainsi ? S?il y croyait sincèrement, le gouvernement aurait déjà en main une version améliorée de la réforme Lesjongard.

Les motivations du Parti travailliste dans cette course municipale ne font pas le poids à côté des urgences économiques. Si le gouvernement peut se partager entre assurer ses arrières et s?investir parallèlement dans la relance économique, tant mieux. Mais ses ressources ne travaillent déjà pas en diapason. Si elles s?éparpillent dans tous les coins des villes et villages, on ne voit pas ce qu?elles pourront construire ensemble. Et un Premier ministre qui a laissé à l?électeur le souvenir d?une certaine maladresse à gérer plusieurs dossiers à la fois et d?un manque de rigueur dans leur suivi devrait être plus prudent.

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