Publicité

Le secret bancaire : à qui profite-t-il ?

19 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Je fais suite à votre article du 9.7.04 rapportant les propos de R. Basant Roi sur le secret bancaire. Le gouverneur de la BM s?est joint, comme c?est devenu son habitude, à la horde vociférante qui clame : ?pas touche à notre secret bancaire?. On pourrait être disposé à reconnaître aux clients ordinaires desbanques (dont d?ailleurs, aucune voix ne s?est élevée jusqu?à présent et ce pour des raisons bien compréhensibles) le droit de protester contre la requête de l?Icac de vérifier leurs comptes.

Cependant, on voit mal comment leur vie privée pourrait en être atteinte à moins qu?ils aient quelque chose à cacher ! Les banques commerciales, elles, se sont faites les porte-parole de leurs clients. Mais à voir leur détermination, on se demande si elles n?ont pas plus peur pour elles que pour leurs clients ! La découverte éventuelle de transactions suspectes ne met-elle pas en cause leurs procédures et pourquoi pas leur probité?

Ne craignent-elles pas en réalité que l?on découvre qu?elles ont été complices dans le blanchiment d?argent sale ? Quant au gouverneur de la banque centrale, sa position est encore plus surprenante. Encouragé par le manque de réactions à ses prises de position en public (et en privé ?) depuis l?affaire MCB-NPF, il persiste et signe.

N?a-t-il pas le devoir, au contraire, de collaborer avec l?Icac qui, est-il présumé, est en train d?aider notre banque centrale à assainir nos finances ? Mais tout comme ces banques commerciales, il semble que la BM craigne que l?on mette en lumière les lacunes de son système de vérification. Au cas où des malversations furent bien mises à jour par les inspecteurs de la BM, d?autres questions se poseront?

De plus, les banques commerciales envoient régulièrement une dizaine de rapports à la BM qui doit les vérifier et demander des éclaircissements si nécessaire. Elle pourra difficilement plaider encore une fois que toutes les transactions ne sont pas contrôlées surtout celles impliquant des millions. Il faut donc que ces voix aux accents américains de protestations soient limitées à leurs intérêts et que celui du pays en général ne passe pas avant tout.

M. Basant Roi doit se rappeler qu?il est payé par le gouvernement et non par le privé. La ruade dans les;brancards ne sied pas au gouverneur de la banque centrale ! Plus loin, M. Basant Roi justifie sa position par des phrases comme ? ..le secret bancaire a été un pilier essentiel dans l?industrie bancaire??

Mais il semble oublier que la véritable industrie est celle, comme les usines textiles, qui crée de la richesse et que l?institution bancaire n?est qu?une industrie parasitaire de la première. Sans les autres secteurs, les banques ne réaliseront pas ces énormes bénéfices. Il ne faut pas oublier non plus l?industrie ?coquin? !... Suite aux récents scandales boursiers aux Etats-Unis et en Europe, non seulement les banques ont été sommées de collaborer avec les institutions enquêtant sur les pertes de milliards de dollars, mais certaines sont même menacées de sanctions très graves.

Les autorités américaines n?ont pas hésité un seul instant à condamner la firme Arthur Andersen censée vérifier les comptes d?Enron. Elles ne se sont pas dit, comme on l?aurait probablement fait ici, que la fermeture de cette firme d?experts-comptables de renommée internationale causera un tort immense à l?économie américaine car ses activités à l?étranger rapportaient des devises considérables au pays. A Maurice, alors que la banque constitue un élément essentiel dans le circuit monétaire surtout en ce qu?il s?agit de sommes transférées vers l?étranger, on veut arrêter les enquêtes aux portes de ces citadelles. La sortie de griffes de nos institutions bancaires et de la BM aurait pu être compréhensible si les premières jouissaient d?une bonne réputation.

Mais n?en déplaise à certains qui clament que nos banques sont respectées au niveau international, permettez-moi de citer l?opinion d?une personne dont la connaissance du métier et l?honnêteté ne font plus de doute. Eva Joly dans son livre ?Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?? écrit ceci : ?le numéro un allemand, la Deutsche Bank, a décidé de fermer sa filiale à l'ile Maurice, un des centres financiers les plus douteux du globe, après avoir été mis en cause par le service de lutte contre le blanchiment du gouvernement mauricien ....qui a finalement préféré fermer les yeux.?

On peut aussi trouver des commentaires comme le suivant: ?Etudier la coopération judiciaire avec les îles Cook, le Liban ou l'île Maurice serait plus désespérant encore. Nous sommes entrés dans un univers kafkaïen où la loi se joue de la loi, puisque la règle de la souveraineté, poussée à son absurde paroxysme, empêche la justice de poursuivre les délits les plus graves au regard du contrat social.? Les levées de boucliers de part et d?autres ressemblent bien à une tentative de ?casser le thermomètre à défaut de supprimer la fièvre? comme le disait E. Joly. Je ne parle pas du livre de Michael J. Comer : ?Investigating Corporate Fraud? et qui fut cité par le député R. Jeetah dans sa question au ministre S. Kushiram. Ce dernier ne trouva rien d?autre à répondre que ? its author (M. Comer) was probably misinformed..?! Il faut savoir que les institutions comme ?Euromoney? accorde des médailles à nos banques en se basant sur des chiffres que l?on veut bien lui donner sans se soucier ni du fonctionnement ni de l?origine des profits.

Ceux de l?ex-magistrat français Eva Joly qui n?est pas payée pour classifier les banques accordent néanmoins un autre genre de médailles et dont il nous faut tenir compte.

L?Ile Maurice est devenue un pays où il semble être plus facile de déshabiller une caissière pour Rs 15 que pour son institution chargée de lutter contre la fraude et la corruption d?obtenir des renseignements sur des millions suspectés d?avoir été blanchis. L?Ile Maurice, l?île de la Tentation, en vrai ?

N. Jasodanand

Publicité