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Le scrutin marqué par neuf attentats suicide à Bagdad
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Le scrutin marqué par neuf attentats suicide à Bagdad
Dans les heures qui ont suivi l?ouverture du scrutin, pas moins de neuf attentats suicide, dont le bilan s?élève à une vingtaine de morts et plusieurs dizaines de blessés, ont été perpétrés coup sur coup dans la capitale.
Affichant un sourire radieux à la sortie d?un bureau de vote de la ?zone verte?, vaste complexe administratif fortifié du centre de Bagdad, le Premier ministre par intérim Iyad Allaoui a néanmoins estimé que les Irakiens pouvaient être fiers de ce scrutin sans précédent depuis près d?un demi siècle.
?Il s?agit d?un moment historique pour l?Irak, un jour dont les Irakiens peuvent être fiers parce qu?ils défient les terroristes et commencent à bâtir leur avenir de leurs propres mains?, s?est-il félicité devant la presse.
La plupart des attentats suicide signalés à Bagdad se sont produits dans les quartiers Ouest. Mais c?est dans l?Est que le plus meurtrier a été commis. Au moins six personnes ont trouvé la mort lorsque le kamikaze a mis sa charge à feu dans la file d?attente d?un bureau de vote, ont fait savoir les autorités.
Dans l?ouest, l?opération la plus sanglante à fait quatre morts et quatre autres ont péri dans une explosion survenue à Sadr City. Le dernier attentat suicide contre un bureau de vote a coûté la vie à deux policiers. Le neuvième a visé une maison appartenant au ministre de la Justice, Malil al Hassan, qui se trouvait pas sur les lieux. Deux gardiens ont été blessés.
Tirs de mortier
Peu après le début des opérations de vote à 4 h 00 GMT, une voiture piégée avait explosé près d?un barrage installé devant un bureau de vote de l?ouest de Bagdad, tuant un policier.
Un tir de mortier a par ailleurs coûté la vie à deux irakiens dans le sud de la capitale. D?autres tirs de mortier ont été signalés à Bassorah, Mossoul, Bakouba ou Hilla où une personne a été tuée.
Le président Ghazi al Yaouar a été l?un des premiers Irakiens à déposer son bulletin dans l?urne dans la ?zone verte?.
Après avoir voté, des responsables lui ont remis un petit drapeau irakien et il a déclaré aux journalistes qu?il espérait que tous ses concitoyens suivraient son exemple. Les Irakiens ne semblent toutefois pas pressés de se rendre aux urnes.
Dans la ville sainte chiite de Nadjaf, où une forte participation est attendue, une poignée d?électeurs seulement se sont dirigés vers les bureaux de vote.
Dans le secteur sunnite, où l?opposition à ce scrutin est en revanche vivace, peu d?Irakiens semblaient sur le point de voter. A Samarra, des coups de feu ont éclaté à travers la ville quelques minutes après l?ouverture des bureaux.
?Mission de l?Amérique?
Samedi, les rebelles avaient tiré une roquette contre l?ambassade des Etats-Unis, pourtant située dans la ?zone verte?. Deux Américains sont morts et quatre autres ont été blessés.
Afin de convaincre les électeurs de braver ces menaces et de se rendre dans les bureaux de vote, dont la localisation a été maintenue secrète le plus longtemps possible, les autorités irakiennes ont bouclé les frontières du pays, fermé les aéroports, prolongé les couvre-feux nocturnes et installé des barrages filtrants dans les rues.
Les insurgés, notamment les partisans du Jordanien Abou Moussab Zarkaoui, ?émir? d?Al Qaïda en Irak, ont menacé de mort toute personne participant au scrutin.
Les rebelles sont particulièrement actifs dans les régions dominées par les sunnites, qui, bien que minoritaires, ont été privilégiés sous le régime de Saddam Hussein. Ces violences font craindre une abstention particulièrement élevée des sunnites, ce qui renforcerait les chances de succès de la majorité chiite, opprimée par l?ancien régime.
Les Kurdes, de leur côté, pourraient tirer profit des élections pour affermir leurs revendications autonomistes dans le nord du pays.
En raison du climat d?insécurité, peu d?observateurs étrangers se sont rendus en Irak pour superviser le scrutin, dont la légitimité, aux yeux de certains, est déjà entamée par la présence de quelque 150 000 militaires américains.
Toutes ces conditions nourrissent les arguments de ceux qui redoutent le basculement du pays dans la guerre civile et religieuse.
Ces craintes sont balayées par George Bush, qui a érigé l?Irak en exemple de sa volonté de diffuser la démocratie et la liberté dans le monde après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Le président américain a toutefois prédit que les violences se poursuivraient après le scrutin mais il a répété sa détermination à mener à bien ?la mission de l?Amérique?.
Les autorités intérimaires irakiennes espèrent un taux de participation d?au moins 50 % dans l?ensemble du pays. Des résultats préliminaires devraient être connus six ou sept jours après le scrutin et les résultats définitifs aux alentours du 10 février.
Matt SPETALNICK
L?enthousiasme des chiites du Sud
A Abou Al-Khassib, à 15 km de Bassora, la participation est importante et les électeurs déterminés à s?exprimer pour clore symboliquement l?ère du baasisme.
?Je suis venue voter pour le bien du peuple irakien.? Tissar, la quarantaine, est tout sourire en sortant du bureau de vote. Dans sa grande abaya noire, sorte de grand voile qui lui laisse le visage découvert, elle se dit ?heureuse? d?avoir pu effectuer son devoir civique.
Dans l?école primaire pour filles Makarim, à Abou Al-Khassib, les gens s?étaient rendus par centaines au bureau de vote à l?occasion des élections générales en Irak une heure après l?ouverture du scrutin. La cité se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Bassora, la seconde ville d?Irak, à majorité chiite.
?Ce jour est attendu par tout le peuple irakien?, ajoute-t-elle. ?C?est la première fois qu?il peut voter comme ça.?
?Tout se passe très bien et en douceur ?, affirme Nasser Kassar Jaber, le directeur du bureau de vote. ?Les gens sont nombreux et nous espérons que tout se passera bien et sans problème?, poursuit-il.
Devant chacune des cinq pièces où se trouvent les urnes, des couples, des femmes, des familles ou des hommes seuls attendent leur tour pour voter.
?Vous choisissez le parti que vous voulez?, leur explique Raja, responsable du bureau numéro 3, ?puis vous mettez une croix dans le carré devant le nom du parti. Cette feuille est pour les élections locales, celle-là pour les élections nationales?, précise-t-elle. ?Ensuite, vous vous rendez dans l?isoloir.?
?Nous attendons ce jour depuis longtemps?
Les électeurs irakiens venus voter hier matin écoutent patiemment avant de remplir leur bulletin. Avant de le placer dans l?urne, ils doivent marquer leur index d?une encre violette afin d?éviter les fraudes. Puis ils glissent leurs bulletins dans deux urnes, l?une pour les élections nationales, l?autre pour les élections locales.
?Nous sommes très heureux aujourd?hui de choisir notre gouvernement, un gouvernement démocratique, avec un pluralisme de partis politiques, sans le Baas?, le parti au pouvoir sous le régime de Saddam Hussein, se réjouit Jawad Kadham, 65 ans. ?Nous faisons cela pour le futur du peuple irakien, pour le bien du peuple irakien?, ajoute-t-il.
Selim Al-Zoubaïr, 22 ans, est venu avec sa mère et son père pour voter. Tous deux sont illettrés et il leur explique comment faire. ?Nous attendons ce jour depuis longtemps?, affirme-t-il. Il ajoute qu?ils ne sont pas effrayés de voter malgré les menaces des insurgés qui ont promis de s?en prendre aux votants.
Dans la rue, des habitants de la cité se rendent tranquillement aux urnes, les hommes en dichdacha, sorte de longue robe traditionnelle, les femmes en abaya noire.
Du haut-parleur d?une mosquée, une voix appelle les gens à se rendre aux urnes. ?O citoyens, jeunes et vieux, femmes et hommes, vous devez vous rendre au bureau de vote, vous ne devez pas manquer à votre devoir de citoyen et de musulman?, ordonne-t-elle.
?Tous les musulmans doivent voter?, confirme Choukria Abbas, la quarantaine, qui réside dans cette ville de 60 000 habitants, où vit une communauté sunnite représentant environ 35 % de la population.
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