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Le sacrifice qui mène à Shiva

6 février 2007, 20:00

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A Grand-Bassin, cette année, la grande nouveauté sera la statue géante de Shiva qui va accueillir les pèlerins. La dévotion ne s?en trouvera que plus grande. Mais déjà, comme chaque année, on peut s?attendre à une participation empreinte de piété pour ce pèlerinage tant la communauté, comme un seul homme, dirigera ses espoirs et ses énergies vers le dieu Shiva.

Shiva est l?une des représentations du concept hindou de la trinité. Alors que Brahma incarne l?idée de création et Vishnu celle de la préservation, Shiva est le symbole de la destruction. Destruction dans le sens mélioratif du terme, celui qui détruit le mal. ?Dans l?hindouisme, il y a un seul dieu revêtant plusieurs formes?, explique Gian Dhunnookchand, formateur de prêtres en hindouisme à la Sanatan Dharma Temples Federation.

La légende de Shiva se construit, ajoute Gian Dhunnookchand, à partir d?une inondation provoquant la suffocation des gens. ?Shiva apparut et avala le poison de l?océan. Les gens pensant que Shiva souffrait de ce geste versèrent de l?eau sur lui. C?est ainsi qu?à ce jour, nous déversons de l?eau sur sa statuette. En fait, l?acte de Shiva consistait à absorber le mal qui rendait misérables les hommes. Il élimine ce qu?il y a de mal dans notre tête afin que le bien apparaisse?, souligne notre interlocuteur.

Dans un monde dominé par la jalousie, la haine, la guerre, entre autres, les divinités continuent de nous raconter l?histoire d?un vivre-commun harmonieux. Le dieu Shiva également participe de cet effort. C?est ce que démontre la métaphore des moyens de transport que lui-même et ses proches avaient adopté. Le sien, c?est le taureau. Pour son épouse Parvati, c?était le tigre. Ses deux fils, Ganesh et Kartikeya, étaient véhiculés par le rat et le paon respectivement.

?Normalement, le taureau, le tigre, le rat et le paon ne peuvent cohabiter. Pourtant dans l?environnement de Shiva, ils vivaient en paix. Le message est clair : nous devons aimer même nos ennemis?, témoigne Gian Dhunnookchand. Celui-ci insiste sur le fait que la ferveur démontrée à l?égard de Shiva est une manière de prier pour le bien-être de la famille. ?La prospérité de la famille entraîne la prospérité du pays. La paix dans la famille assure la paix dans le pays. Cela est le propre de toutes les religions. On ne prie pas de manière égoïste. On prie pour tout son pays et tous ses habitants?, rappelle Gian Dhunnookchand.

Notre interlocuteur, explicitant le sens du pèlerinage fait remarquer que, comme d?autres pèlerinages, comme celui réalisé au nom du Père Laval ou de Muruga, fait ressortir l?élément sacrificiel. C?est le sacrifice, l?hommage des humains destinés à ceux qui se sont sacrifiés au nom de l?humanité. Durant des jours, les fidèles vont donc transporter des kanwars, petites répliques de temples bigarrés et fabriqués en bambous. Ils sont ornés de papier cellophane, de clochettes, de petits miroirs.

La destination du pèlerinage de la Maha Shivaratree, c?est le Ganga Talao. Après des kilomètres de marche, les pèlerins vont recueillir l?eau sacrée du lac. Avant d?en arriver là, ils auront jeûné pendant 11 jours, voire 40 pour certains. ?Il ne s?agit pas que d?un jeûne de nourriture. Il faut se purger des sentiments comme la colère et la propension aux gestes brusques. C?est toute une manière de ramener son corps et ses sentiments à un état de modération et de contemplation?, confirme Gian Dhunnookchand.

Le 16 février, les Mauriciens de foi hindoue vont enfin pouvoir célébrer la Maha Shivaratree. Deux jours pendant lesquels ils vont se consacrer à la prière. C?est en ce jour qu?ils vont déverser l?eau recueillie au Ganga Talao. C?est dans un lotha, récipient de forme circulaire sur lequel se trouve également la bilwa, feuille à trois pétales (voir hors-texte), que l?eau est versée sur le Shivling, le symbole de Shiva. Cette prière est connue comme l?Abishek. De 4 heures à 14-15 heures, les fidèles s?y consacrent.

Dans la soirée du 16 février, de 18 heures à 6 heures le lendemain, ils veillent durant la grande nuit de Shiva. Cette nuit est ponctuée du char paar ke puja, quatre prières de trois heures. Au matin du 17 février, les fidèles pratiquent le hawan, prière pendant laquelle ils offrent du beurre clarifié en récitant des hymnes appropriées au feu sacrificiel.

?Le v?u le plus cher, c?est qu?après le 17 février nous préservions le même état d?esprit. Ce sera la preuve que nous avons su nous inspirer de Shiva?, conclut Gian Dhunnookchand.

La feuille ?bilwa?

■ La ?bilwa? est une feuille sacrée, composée de trois pétales et qui est déposée sur le ?shivling? de Shiva. Le symbolisme de cette feuille remonte au temps où un chasseur s?était perdu dans la forêt. Pris entre le froid et la tristesse de ne pas être avec ses proches, il s?assit sur une feuille ?bilwa?. Tout le long de la nuit, ce chasseur versait des larmes qui venaient mourir sur d?autres feuilles ?bilwa?. Il lançait ensuite ces feuilles sur un ?shivling? qui se trouvait devant lui. Le dieu Shiva devait considérablement apprécier ce geste. C?est ainsi qu?est célébrée la grande nuit de Shiva.

?Ganga Talao?

■ Si, en Inde, les Indiens vivent la Maha Shivaratree autour du Gange, à Maurice, les hindous se rendent au lac de Grand-Bassin. Ce lac devint un lieu de culte en 1897. Un prêtre de Terre-Rouge, Shri Jhummon Giri Gossagne, eut une vision pendant laquelle le Grand-Bassin lui apparut comme un jaillissement du Gange. Depuis, tout comme pour l?eau du Gange, celle du lac de Grand-Bassin est sacrée. A partir de 1972, Grand-Bassin a pris une nouvelle dimension lorsque l?eau du Gange y a été versée. Il a alors été nommé ?Ganga Talao?, le lac du Gange. Le pèlerinage annuel attire environ 250 000 personnes dans un engouement et une symbiose exceptionnels.

Le respect du sacré

■ Dans le cadre des célébrations autour de la Maha Shivaratree, le pundit Youdhisteer Munbodh appelle à un respect du cadre sacré du ?Ganga Talao?. Il invite les fidèles à ne pas lancer des pièces de monnaie dans le lac. A la place, il leur conseille de faire don de cet argent aux pauvres à travers les boîtes de dons qui se trouvent à Grand-Bassin. Se disant en faveur d?une dévotion qui respecte l?environnement, il invite également les dévots d?enlever toutes les ?prasads? (offrandes) autour du lac parce que celles-ci sont cause de détérioration de l?environnement. ?Ce qui porte atteinte au caractère sacré et à la pureté du sanctuaire?, assure le pundit. Il invite finalement le ministre de l?Environnement à faire réaliser un espace concave afin de contenir toutes les offrandes de nature verte.

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