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Le retour du sergent Simpson, blessé en Irak

15 avril 2007, 00:00

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Le sergent Eugene Simpson a 30 ans. Il mesure 1,86 m. Il espérait devenir moniteur sportif après l?armée. Il a presque honte d?être dans un fauteuil roulant. Comme plusieurs milliers de soldats américains, il a été victime d?une bombe qui a explosé au passage de son véhicule. C?était le 7 avril 2004, à Tikrit, le bastion des sunnites de Saddam Hussein.

Il a vu un homme en foulard. Et, surtout, sa main, qui tenait un détonateur. Quand l?explosion s?est produite, il était en train de plonger à l?arrière du véhicule. Deux morceaux de métal de la taille d?une soucoupe lui ont sectionné la moelle épinière. Dans l?avion qui l?a évacué vers l?Allemagne, il a entendu les gémissements des amputés. À l?hôpital militaire de Land-stuhl, les médecins lui ont annoncé qu?il resterait paralysé.

De retour d?Irak, il a subi sept opérations. Il a passé un mois et demi à l?hôpital Walter Reed, à Washington, où sont évacués un quart des blessés. Un jour, sa femme l?a appelé, inquiète : « Tu n?as pas été payé. » Cela faisait quatre mois que l?armée ne versait plus son salaire. Il a alors décidé de récupérer le trop-payé. Plus de 5 000 soldats se sont retrouvés dans la même situation qu?Eugene. Paralysés, amputés, traumatisés, mais redevables envers l?armée.

Son mariage n?a pas résisté

Devant l?indignation des médias, la bureaucratie a dû faire marche arrière. Et en quatre ans, la guerre a fait près de 24 000 blessés. Longtemps après leur retour, les soldats continuent à attendre le verdict de leur « officier de liaison avec le conseil d?évaluation physique ». S?ils sont déclarés invalides à 30 %, les blessés touchent une indemnité mensuelle. Sinon, ils sont versés dans l?administration des anciens combattants, qui donne droit à moins de privilèges.

Le sergent Simpson est très pudique sur ce qui est arrivé à son mariage, qui n?a pas résisté. Il s?est acheté un énorme 4X4 noir, dans lequel il réussit à se hisser en passant son fauteuil roulant sur la banquette. C?était un rêve. Il a bénéficié d?une compensation de 11 000 dollars, allouée par l?administration des anciens combattants, pour aménager des freins adaptés.

Pour aller de sa chambre à la cuisine, à l?étage du dessus, il doit passer par le jardin et se hisser sur un monte-charge. La municipalité a pris en charge le terrassement de la rampe d?accès. Sa mère, Pearl, a pris un congé pour s?occuper de lui et son employeur, par solidarité avec les troupes, a continué à la payer. C?est elle qui a trouvé sur Internet l?association Homes For Our Troops, un groupe de bénévoles qui s?efforcent de procurer aux handicapés un logement adapté à leurs besoins.

Homes For Our Troops a été fondée en 2004 par un entrepreneur du Massachu-setts, John Gonsalves. Pour Eugene Simpson, l?association a acheté une maison sur Hamilton Street pour 337 000 dollars. La rénovation est presque achevée. Plusieurs dizaines de volontaires se sont relayés, mais aujourd?hui Daniel Purvis est seul. C?est lui qui supervise les travaux.

« L?Amérique n?aime pas les losers »

Dan Purvis a passé près de trois ans au Vietnam. L?Irak a réveillé ses blessures. « Quand nous sommes rentrés du Vietnam, c?était le contraire. Le gouvernement était notre seul ami. Il nous a donné des pensions, des bourses d?éducation. La société, elle, nous rejetait. On avait perdu la guerre. L?Amérique n?aime pas les losers. » Personne ne voulait embaucher un ancien combattant. Dan Purvis a créé une petite entreprise de menuiserie. Il dit à la fois qu?il a mis « vingt-cinq ans pour oublier » le Vietnam. « La guerre est une maladie dont on ne peut pas se défaire, dit Dan. Une fois que vous l?avez, c?est fini. Vous pouvez juste essayer de la contrôler, avant qu?elle ne vous consume. »

@ 2 007 Le Monde ? Corine LESNES ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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