Publicité
Le retour du malgache à l?école
Poussée par la Banque mondiale, Madagascar a décidé de revoir de fond en comble son système d?éducation au niveau du primaire. A une extension de la durée de l?enseignement, vient s?ajouter le retour du malgache comme médium d?enseignement. Ce changement de politique entraîne une série de réformes, de la recherche académique pour harmoniser les terminologies malgaches à la formation des enseignants.
«Durant les cinq premières années du primaire, toutes les matières seront enseignées en malgache. Le français et l?anglais continueront aussi à figurer au programme (...) L?enseignement en français ne sera pratiqué que vers la sixième année», a annoncé cette semaine la ministre malgache de l?Education, Stangéline Rambolamanana. Pour l?heure, les réactions sont partagées. Il y a des partisans de la réforme et ceux qui s?y opposent. S?il est vrai que le malgache demeure la langue la plus accessible à la population, la peur d?une fracture linguistique taraude certains parents de la Grande île. Les inquiétudes prévalent surtout parmi la génération qui a vu ? et qui voit toujours ? les ravages de la politique de la «malgachisation» des années 70, quand l?apprentissage des langues «coloniales» avait été sciemment négligé.
Aujourd?hui encore, ceux qui se rendent dans la Grande île sont surpris par la maîtrise quasi-parfaite du français par les aînés de Tana, alors que les jeunes, qui s?envoient des sms en malgache, ont du mal à s?exprimer dans la langue de Molière. Entre ces deux générations, la politique a laissé son empreinte. Et ce de manière frappante.
Pour notre confrère Sylvain Ranjalahy, rédacteur en chef de l?Express de Madagascar, le mot «malgachisation» reste synonyme de «désastre, de catastrophes naturelles pour toute une génération. (...) La révolution de 1972 a plus détruit que conforter l?identité malgache.» Son souci ne demeure pas uniquement le français ? «qui n?est pas la langue la plus parlée au monde» ? mais la mauvaise conjugaison des langues, qui pourrait créer un appauvrissement de toutes les langues, y compris le malgache.
Les pédagogues et les enseignants se sentent, pour l?heure, exclus de la reforme, qui se dévoile petit a petit. Ceux qui seront pourtant les moteurs du changement futur sont mis à l?écart. Les erreurs du passe reviennent sans cesse sur le tapis.
A Maurice, ceux qui sont contre l?inclusion du créole dans les écoles se réfèrent souvent a la triste expérience malgache... Aujourd?hui, pourtant, la leçon pourrait venir de Madagascar. Si les autorités arrivent à faire la part des choses, à trouver le bon dosage. Et surtout s?il n?y a aucune ranc?ur ou tentative délibérée de tuer, une fois encore, une langue qui ne nous est plus, tout a fait, étrangère dans la région...
Publicité
Publicité
Les plus récents