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Le retour aux sources
IL n?est jamais trop tard pour apprendre. Cette maxime s?applique à Shrudanand Rughoodoyal. Parti en Europe à l?âge de 20 ans, avec seulement un certificat de sixième en poche, il est revenu, trente ans après, dans son village natal, Camp-Thorel, avec un doctorat en Lettres et Sciences Humaines de l?Université de Caen, France. Il est aussi maître de conférences et chercheur, membre du Centre de recherches sur l?Homme et les Sociétés de l?océan Indien, à l?Université de la Réunion.
Avant d?en arriver là, cet autodidacte a connu un véritable parcours en dents de scie. La vie de ce quinquagénaire a été suffisamment mouvementée pour servir de trame à une biographie. ?Je n?ai pas du tout l?intention d?écrire un livre sur ma vie. Cela équivaudrait à faire mon propre éloge?.
En fait, Shrudanand s?attelle depuis un an à la rédaction d?un livre sur les mutations et politiques d?aménagement à Camp-Thorel. ?Quand j?ai quitté Maurice, Camp-Thorel était beaucoup plus petit et toutes les maisons étaient en chaume. Aujourd?hui, après les nouvelles délimitations, le village a changé de configuration et occupe une plus grande superficie. J?ai aussi agréablement surpris par les changements intervenus durant ces trente dernières années?.
?Mon père et moi avions fabriqué un alambic?
Shrudanand constate qu?aujourd?hui, les habitants de Camp-Thorel vivent généralement bien, mais qu?ils n?investissent pas assez dans l?environnement. ?On peut améliorer la politique d?aménagement du territoire dans ce village en amenant les habitants à prendre conscience de leur cadrede vie. Il y manque un peu de fleurs et de peinture?.
L?auteur avoue avoir perdu ses repères dans le village. ?J?étais comme parti en exil. À mon retour, mes parents étaient déjà morts. Mais je n?ai jamais oublié ma famille?.
Dans l?ébauche de son avant-propos, Shrudanand écrit : ?C?est surtout ma passion pour la connaissance du monde rural qui m?a incité à m?intéresser de près aux mutations et aux politiques d?aménagement de ce village, situé dans le district de Moka?.
Shrudanand est issu d?une famille nombreuse de neuf enfants. Son père était laboureur comme la plupart des habitants du village alors que sa mère élevait des vaches et des poules. ?Seul mon père travaillait pour faire bouillir la marmite. J?ai dû abandonner l?école après la sixième pour le rejoindre aux champs?.
Camp-Thorel fait revivre chez lui des souvenirs douloureux, mais aussi des jours heureux de son enfance. ?Souvent, notre menu était fait de bananes, d?arouilles, de maniocs ou de maïs bouillis. Ma mère vendait le lait pour nous acheter du riz. Je garde aussi de bons souvenirs, comme les agréables moments passés avec des amis à la rivière du village. Nous partions aussi à l?aventure, à la recherche de fagots dans la forêt?.
Tirant la sonnette d?alarme sur le niveau de l?alcoolisme à Camp-Thorel, Shrudanand avoue que lorsqu?il avait 20 ans, il n?était pas conscient des dégâts que peut causer ce fléau. ?À l?époque, mon père et moi avions même fabriqué un alambic pour distiller illégalement du rhum dans le village?.
Après des échanges de correspondance avec une école de langues en Allemagne, Shrudanand décide de prendre un aller simple pour ce pays. ?À l?époque, le visa n?était pas requis. Cela m?a permis, à mon arrivée, de suivre des cours intensifs pendant un an?.
Pour subsister en Allemagne, Shrudanand fait de petits boulots: ménage, jardinage, lavage de voitures ou maçonnerie. ?Le matin, je fréquentais l?école des langues, l?après-midi, je travaillais pour retourner ensuite à l?école du soir. Je ne dormais que trois heures par jour. J?étais encore jeune, mais à ce rythme, j?ai beaucoup souffert?.
Shrudanand passera huit ans en Allemagne. Le temps pour lui de compléter son éducation secondaire et de décrocher deux diplômes qui lui permettent d?accéder au statut tant convoité de traducteur interprète trilingue (anglais-français-allemand) en 1980, et à celui de correspondancier de la Chambre d?Industrie et du Commerce à Hanovre.
Arrivé en France, il se voit confier la responsabilité des réfugiés politiques haïtiens, chiliens, iraniens et vietnamiens. Peu après, il reprend ses études au niveau universitaire. En 1995, il obtient son doctorat en Lettres et Sciences Humaines.
Distinctions en France
Sa thèse de doctorat, en trois volumes de 826 pages, est basée sur le développement régional irlandais. ?J?ai pris cinq ans au lieu de dix ans, comme cela est normalement le cas, pour la terminer. Maintenant que je suis dans l?océan Indien, je vais aussi mettre à contribution mon expérience sur la civilisation irlandaise pour réaliser une étude sur la région?.
Avant d?être fait docteur ès Lettres et Sciences Humaines en 1995, il a aussi engrangé d?autres distinctions en France : licence en Langues étrangères appliquées (L.E.A.) en 1989, diplôme de maîtrise en L.E.A avec mention Affaires et Commerce de l?Université de Caen en 1990 et diplôme d?études approfondies (D.E.A).
Shrudanand est marié à Régine, professeur français qui le soutient dans sa carrière d?écrivain. Il écrit aussi deux autres ouvrages sur Maurice : ?L?activité touristique à Maurice : son dynamisme économique et sa mutation sociale? et ?Le cas de Maurice : un dynamisme démographique exceptionnel?.
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