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Le retour au bercail des enfants des rues

3 septembre 2005, 20:00

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La patience, ce n?était vraiment pas le fort de Claude, 62 ans. Le retour au bercail de ses fils, il y a 3 ans, lui a redonné l?envie de vivre et d?avancer. Il a découvert l?amour de la terre. Dans un coin de son petit potager à Ste-Croix, il a planté des laitues et des aubergines. Il a rassemblé sur une vieille table en bois récupéré, des dizaines de plants d??illet d?Inde dont le jaune safran contraste agréablement avec ce quartier poussiéreux.

Père de six enfants, Claude vient de tourner une page sombre de sa vie. Il y a trois ans, ses fils Juanito, Antonio et Jean-Noël, délaissent le cagibi de deux mètres carrés pour dormir dans les rues de Port-Louis. Ils ont alors 14, 13 et 12 ans respectivement. « Zot ti éna mové fréquentation, ti pé sniffe la colle. Kan coz avec zot, zot pas écouté. Nou sitiation fer ki banne zenfant ine bisin al dormi dehors? Mo leker pas ti en place », relate Claude. Alors ils ont fini par dormir dans la vieille voiture échouée à quelques mètres du domicile avant d?errer dans les rues. Puis un jour, ils ne sont plus rentrés chez eux.

Un séjour mérité en maison de correction

Pour survivre, ils commettent de menus larcins qui leur valent un séjour mérité en maison de correction. Les éducateurs de rue les avaient remarqués auparavant. Ils les prennent sous leurs ailes même durant leur séjour au centre. « Au début de notre travail, il y a trois ans, ils étaient comme beaucoup d?enfants qui se trouvent dans cette situation, ils étaient méfiants et avaient une attitude fuyante », raconte Daniel Anacooa, Project coordinator du Street Children Project du ministère de la Sécurité sociale.

La mission de l?éducateur consiste à aller vers ces enfants afin de nouer une relation de confiance à partir de laquelle s?élaborera un projet de vie. Un exercice délicat, compte tenu des caractéristiques que les adolescents ont développées pendant leur vie dans la rue. Comme prévu, ils fuient les éducateurs. « En général, ils refusent de s?ouvrir car ils ont quelque chose à cacher d?immoral ou d?illégal. »

Pour l?éducateur, il s?agit de montrer de la compréhension sans pour autant accepter les actes répréhensibles. Ce n?est que longtemps plus tard qu?il parviendra à les sécuriser. Commence alors une autre étape dans la réinsertion. Il s?agit de poser le cadre de vie de l?enfant de manière soutenue mais à petites doses afin que ce dernier puisse avoir le temps de s?adapter. « La fonction de l?éducateur ne peut être réduite à un acte social. C?est avant tout un substitut parental qui cherche à éduquer l?enfant et le placer dans un processus qui le mûrit affectivement, psychologiquement, socialement et humainement. »

Juanito, Antonio et Jean-Noël sont aujourd?hui rentrés au bercail. Antonio, maintenant le pilier de la famille, gagne sa vie comme palefrenier au Mauritius Turf Club. Jean-Noël, lui, s?initie actuellement à la maçonnerie. Pendant la période creuse, il travaille à la foire et il semble satisfait de sa nouvelle vie. « Mo pa ti content retourne lor la rue. » Juanito, quant à lui, n?a pas encore trouvé sa voie, mais cela ne saurait tarder.

L?enfant mendiant sur le droit chemin

Les éducateurs ont aussi remis Lorenzo, 15 ans, l?enfant mendiant de Rose-Hill sur le droit chemin. Il travaille actuellement dans un entrepôt. Il y a aussi Curtis, 18 ans, qui avoue avoir « aimé » la vie dans les rues avec ses copains. « Mo ti alé vini pendant six ans. Mo fine fek arête et aster mo envie gagne ene boulot », confie-t-il.

À Ste-Croix, le retour des fils de Claude lui a mis du baume au c?ur, mais il est réaliste. « Zot éna boucoup chemin pou alé, mo conseille zot ouvert ene compte Pel pou ki zot capav gagne ene lacaz », souligne Claude. Pour sa part, il voudrait « al de l?avant » en se lançant dans l?élevage de poules à petite échelle. Reste le terrain à trouver et ce n?est pas une mince affaire?

Profil d?un enfant des rues

Les éducateurs définissent l?enfant des rues comme quelqu?un qui mène une existence errante, ignorant les normes et les valeurs sociales et morales. Il évolue en dehors des structures telles que l?école et la famille. Ces enfants ont des comportements spécifiques, caractérisés par la négligence de soi, la fuite, la méfiance, le refus de vivre dans une collectivité normale, qu?ils ne connaissent pas d?ailleurs. On peut les classer en quatre groupes : ceux qui vivent dans la rue en rupture totale, y compris de la famille, ceux qui rentrent occasionnellement chez eux, et ceux qui errent en groupe dans la journée loin de chez eux, mais qui rentrent la nuit. Enfin, il y a des enfants qui sont livrés à eux-mêmes dans leur quartier. Ce sont les plus nombreux. La plupart n?a pas été scolarisée, souffre d?oisiveté et n?a pas de repères dans la vie. Ils sont issus de familles pauvres et à problèmes multiples.

6500

C?est le nombre environ des enfants des rues selon les éducateurs. Parmi eux, 1200 méritent un accompagnement, mais seuls 146 ? 87 garçons et 59 filles, âgés de 3 à 18 ans ? sont en contact permanent avec les 20 éducateurs, leurs cas étant prioritaires. 150 sont en contacte régulier avec les éducateurs de rue mais ne sont pas pris en charge faute de moyen humain.

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