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Le rendez-vous manqué de l?OMS
«Honte ! » En scandant ce slogan et en jetant de la peinture rouge imitant le sang sur les portraits des dirigeants du G 8, plusieurs dizaines de protestataires sont venus, à Bangkok, rappeler aux grandes puissances qu?elles n?ont pas honoré leur promesse, faite en 2001, d?allouer 10 milliards de dollars par an à la lutte contre le sida dans le monde.
Depuis l?ouverture de la 15e Conférence internationale sur le sida, les quelque 17 000 délégués venus en Thaïlande font le bilan de l?action menée contre la pandémie. L?insuffisance de financements est l?un des constats les plus criants. Au niveau international, toutes sources confondues, 4,7 milliards de dollars (près de 4 milliards d?euros) étaient mobilisés à la fin de 2003 pour les pays à faible et moyen revenus : moins de la moitié de ce qui sera nécessaire en 2005 et un quart de ce qu?il faudra en 2007.
De nombreux défis à relever
L?ensemble des programmes financés par le Fonds global contre le sida, la tuberculose et le paludisme, à hauteur de 8 milliards de dollars sur cinq ans, devrait permettre de couvrir le traitement de 1,6 million de personnes à travers le monde. La Banque mondiale a prévu des programmes pour un total d?un 1 milliard de dollars. Toutefois, ces sommes ne sont pas facilement dépensées, et la faute en incombe à l?organisme, très pointilleux, ou aux pays receveurs.
Mais de nombreux autres défis restent à relever : les traitements doivent être améliorés et disponibles là où les malades en ont besoin, le vaccin est toujours relégué à l?échéance d?une douzaine d?années, et l?épidémie semble en passe d?échapper à tout contrôle.
L?initiative « Traiter 3 millions de personnes d?ici à 2005 » dans un groupe de 49 pays en développement et émergents, particulièrement touchés ou stratégiques, a été soumise à un examen critique dès l?ouverture de la conférence. Lancé le 1er décembre 2003 par l?Organisation mondiale de la santé (OMS) et Onusida, ce projet était à la fois ambitieux et limité. Ambitieux, puisque, fin 2003, 400 000 personnes seulement étaient traitées dans les pays à faible et moyen revenus (hors Brésil et Thaïlande) contre 600 000 dans les pays à hauts revenus, et limité, car il ne s?agissait de couvrir que 50 % des besoins.
Dressant un bilan des six premiers mois de cette initiative dans un rapport rendu public le 10 juillet, l?OMS constate déjà un retard dans son plan de marche : 440 000 personnes reçoivent des médicaments antirétroviraux au lieu des 500 000 prévues. Un mauvais départ qui laisse présager qu?il sera difficile d?atteindre les 3 millions de personnes traitées d?ici à la fin de 2005.
Indéniablement, des progrès souvent spectaculaires ont été accomplis au regard de l?inaction internationale qui a longtemps prévalu. Une volonté sans précédent a été exprimée, tant par le directeur général de l?OMS, Jong Wook-Lee, que par différents chefs d?État et par Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, présent pour la première fois à une conférence internationale sur le sida.
L?OMS a reçu des demandes d?assistance de 56 pays afin d?y accroître l?accès aux traitements. Réunis en janvier, donateurs, pays en développement et agences de l?Onu se sont mis d?accord pour adopter le principe, avancé par Onusida, de combiner un seul plan par pays, un seul mécanisme de coordination et un seul dispositif de suivi des progrès dans l?accès aux traitements. Mais les organismes d?aide financière agissent de manière souvent peu coordonnée ou veulent avoir la maîtrise des programmes mis en ?uvre, et la mobilisation financière laisse encore à désirer.
Pour la période allant de janvier 2004 à décembre 2005, le programme sida de l?OMS est censé disposer d?un budget de 218,1 millions de dollars. Or, selon le rapport de juillet, 62 millions de dollars restent à trouver, malgré les 72 millions de dollars américains récemment versés par le Canada.
Quant à l?initiative américaine lancée par George Bush, qui prévoit de traiter 2 millions de personnes dans 15 pays d?ici à 2007, elle s?inscrit avant tout dans une démarche bilatérale, sans articulation avec les actions soutenues par les organismes internationaux.
Vers un accès universel aux traitements
Le financement n?est toutefois pas la seule difficulté. Il faut aussi former du personnel pour les actions de prévention et de prise en charge. Quinze mille personnes ont été formées depuis 2001, ce qui reste insuffisant. L?augmentation de l?accès aux traitements met en évidence les déficits en médecins formés à la prise en charge des malades du sida. Un rapport sur l?Asie rendu public à Bangkok le 11 juillet en cite quelques exemples : un médecin pour 11 250 séropositifs au Vietnam, un pour 10 000 en Inde et 200 médecins formés pour les 840 000 séropositifs que compte officiellement la Chine.
Contredisant les détracteurs de l?initiative « Traiter 3 millions de personnes d?ici à 2005 », le docteur Jim Kim, directeur du programme sida de l?OMS, a expliqué dans une conférence de presse à Bangkok, le 10 juillet, qu?elle « constitue un tremplin vers un accès universel aux traitements ». « Personne n?a essayé auparavant, alors nous devons accepter les critiques et travailler à résoudre les problèmes les uns après les autres », devait conclure le docteur Jim Kim.
@ 2 004 Le Monde ?
Paul Benkimoun
Distribué par The New York
Times Syndicate
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