Publicité
Le rendez-vous Manqué
Tous nos échecs du moment ne peuvent être attribués à la conjoncture mondiale. Le secteur touristique, en l?occurrence. Le ralentissement de la croissance des arrivées touristiques, observé depuis plusieurs mois, n?a strictement aucun rapport avec la situation internationale. Au contraire : la conjoncture est extrêmement favorable. Presque toutes les régions du monde affichent de fortes tendances à la hausse. Si Maurice n?a pas su profiter de cette relance, elle n?a qu?à s?en prendre à elle-même. Les autorités ne se réveillent que maintenant, et il est un peu tard. Mais rien n?est perdu.
Cette conjoncture, précisément, reste en effet porteuse. Et Maurice conserve ses indéniables atouts. Depuis la fin de 2003, les professionnels mondiaux notent un retour de confiance des voyageurs. Les derniers baromètres de l?Organisation mondiale du tourisme (OMT) indiquent que la majorité des destinations préférées des touristes enregistrent de très fortes croissances. L?OMT estime même que les hausses du premier semestre 2004 compenseront largement les pertes de l?année dernière. Les perspectives à moyen terme sont excellentes ; les prévisionnistes de l?organisation sont catégoriques : « Le secteur touristique s?achemine vers un rebond robuste en 2004. »
La reprise est effectivement spectaculaire. Et elle est globale. La région africaine fait un bond, propulsée par le Maroc et la Tunisie. Ces riches destinations culturelles éclatées de soleil enregistrent chacune 20% de croissance. En Asie et dans le Pacifique, la plupart des destinations ont fait plus de 15% ; Singapour, la sereine, connaît une croissance de 25% et la Malaisie, l?ambitieuse, plus de 60% ! Autant d?excellents chiffres obtenus par la conjonction de plusieurs facteurs.
En premier lieu, le retour de la confiance est la résultante de l?apaisement des tensions géopolitiques. En dépit de quelques foyers d?instabilité, de manière générale, les voyageurs se sentent davantage en sécurité. Tout cela reste certes fragile. L?Égypte, destination à risque, a connu 70% de croissance au début de l?année grâce notamment à la dévaluation continue de la livre égyptienne. Mais un Hilton, qui y explose, peut lui faire mal.
Le deuxième facteur est l?amélioration de la situation économique dans les principaux marchés émetteurs. La croissance reste timide dans ces pays, en France aussi bien qu?en Angleterre, mais elle est suffisante pour redonner le goût du voyage aux consommateurs rassurés.
Enfin ? et c?est là où nous avons raté le coche ? aussitôt allumées les premières lueurs de reprise, les pays à vocation touristique se sont lancés dans de grandes campagnes de communication et de promotion cherchant à capter l?attention des voyageurs retrouvés. Toutes les destinations, les nouvelles comme les traditionnelles, ont usé d?originalité et de séduction pour attirer des touristes plus sollicités que jamais par une offre qui s?est élargie. Ces campagnes tous azimuts ont dopé le marché. Maurice n?a pas su voir venir. Le dernier budget de l?État a bien démontré comment les autorités accordent peu d?importance à la nécessité de dynamiser la promotion et, qui pis est, combien elles peuvent manquer de jugement. Une taxe au moment où les concurrents déployaient toute leur force de séduction, aura été du plus mauvais effet. Les conséquences sont maintenant là, lisibles et comptables.
Alors que l?offre hôtelière augmente considérablement ? 3 200 chambres supplémentaires annoncées ? l?île Maurice a beaucoup perdu de sa visibilité sur les marchés en raison de la faiblesse des moyens déployés. Il faut sans doute revoir certains aspects de la stratégie de promotion, mais ce n?est pas là l?essentiel. Ce sont davantage de moyens gérés par des professionnels avisés et créatifs qui sont nécessaires. L?impulsion doit venir du gouvernement mais le secteur privé doit aussi rajeunir son encadrement et ses idées. Dan Bundhoo, de l?AHRIM, est sympathique, mais il est surexposé, et somme toute trop peu informé. Il décrète qu?il faut modifier la stratégie de marketing du tourisme mauricien, mais le faut-il ? Pas sûr. La même stratégie avec plus de moyens donnerait immédiatement de bien meilleurs résultats. Il n?y a pas dix mille façons de vendre une destination touristique : il faut organiser la communication et la visibilité, et les professionnels et les commerçants font le reste.
Il y a peut-être un coup à tenter. La Malaisie l?avait fait de fort belle manière il y a quelques années, et elle continue à en récolter les fruits. Pensons grand. En nous appuyant sur quelques succès récents, décrétons 2005 l?Année du tourisme mauricien. Lançons une campagne intense, regroupant tous les partenaires de l?industrie, l?aviation, l?hôtellerie, les agences de voyages, les réceptifs engagés dans un exercice groupé de communication et de promotion sur tous les marchés émetteurs nous intéressant, une campagne qui utiliserait le plus large éventail possible de supports, douze mois durant? Le gouvernement consentirait un effort financier exceptionnel, et le secteur privé de même. Aux professionnels mauriciens possédant une solide expérience du secteur viendraient se joindre quelques spécialistes mondiaux de la communication triés sur le volet. Et puis, si on ne sait pas comment faire, le ministre du Tourisme n?aura qu?à demander aux Cubains ou aux Croates. Eux savent. Il faudra cependant que Gayan soit là, à l?heure des rendez-vous?
Cet exercice de communication mené sur les marchés extérieurs pourrait se doubler, au plan intérieur, d?un programme d?embellissement. C?est devenu indispensable, le pays s?enlaidit. Un habitat horrible de béton et de brique grise s?étale et troue le paysage de verdure de ses masses informes et inachevées. Il faut arrêter ce massacre. Rajesh Bhagwan devrait puiser dans son expérience d?ancien maire et proposer des projets de rénovation et d?embellissement des maisons. Il suffit de s?inspirer de l?écriture architecturale mauricienne pour leur amener une harmonie accessible et peu coûteuse. Quelques exemples de villages rénovés pourraient produire un bel effet de démonstration. Ensuite, il sera temps de légiférer, mettre hors-la-loi la laideur. Ce n?est pas une question de sous, c?est une affaire de goût. Et de règles. Qu?ils aillent donc voir ailleurs, Gayan à Dubrovnik, Bhagwan à Mykonos.
En ce domaine comme dans tant d?autres, ce qui fait la différence, c?est quand l?imagination est au pouvoir.
Publicité
Publicité
Les plus récents