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Le regard non déplacé d?Anne Delplace

6 avril 2008, 00:00

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La galerie Malcolm de Chazal, à Cure-pipe, accueille, jusqu?au 20 avril, une trentaine d?aquarelles et d?acryliques d?Anne Delplace. Elle a l?âge de notre Indépendance. Elle est diplômée de l?École supérieure française des Arts appliqués et des Métiers d?Art. Elle compte à son actif une décennie d?enseignement de peinture et d?aquarelle, un lustre de graphisme et de maquettisme chez Publicis Hourra.

Elle se veut épicurienne et globe-trotteuse. Elle aime donc partir à l?aventure, y compris en Turquie et au Maroc, pour croquer, d?abord, dans son carnet d?esquisses, puis pour coucher, sur papier ou sur toile, tout ce que ses yeux avides de sensations artistiques entrevoient.

Ses carnets de croquis ressemblent aux Très Riches Livres d?Heure médiévaux, tel celui du duc de Berry, que du classique, mais glacial et inerte album de photos souvenirs de voyage. C?est que la photographie voit tout, tandis que l?artiste voit l?essentiel. La photo n?est que mécanisme, alors que l?artiste s?il est aussi doué qu?Anne Delplace, voit et peint avec son c?ur. Il voit d?abord et avant tout la vivacité d?un regard, révélatrice d?une grande richesse humaine intérieure que l?artiste découvre et explore, qui échappe au photographe, à moins qu?il soit aussi artiste.

Anne Delplace vit en Provence. Elle connaît le rougeoiement doré du Bosphore et les souks bigarrés de Marrakech. Elle a succombé, après Delacroix, aux charmes ensorceleurs de l?Orientalisme. Elle jette pourtant son dévolu sur notre île Maurice et promène son regard autant curieux qu?artistique sur les charmes de notre vie créole.

On retrouve, bien sûr, l?orientaliste dans les humbles visages de Mauriciens rencontrés ici et là. Certains portant barbiches et d?autres le sourire avec autant de grâce qu?un sari. Les enfants ont l?innocence de dissimuler, à moitié, leur sourire, avec des menottes finement ciselées. D?autres visages se détachent à peine du fond sombre qui les cerne. C?est pour mieux souligner l?intensité d?un regard qui pourfend le contemplateur et lui tient mille discours.

Anne Delplace excelle aussi dans un autre orientalisme qu?on pourrait qualifier d?hindouisisme. Son Shiva géant, dominant de la tête et des épaules la procession des pèlerins, est d?une parfaite réussite. Nous nous approchons de la beauté millénaire d?Angkor Vat.

Douceur et splendeur

Anne Delplace n?est guère déplacée parmi quelques-unes des plus belles fleurs de Maurice. Nos hibiscus, lotus, arums et autres fleurs de frangipane n?ont plus de secrets pour elle. Elle les recrée sur toile comme si elles sont les plus majestueuses que nos orchidées. Elle n?a pas son pareil pour les ourler de douceur et de splendeur. Ce n?est plus de la peinture. Cela devient de la verrerie et même de la cristallerie. Le blanc de ses fleurs se détache avec splendeur sur le fond mi-grisâtre, mi-verdâtre de ses toiles. C?est un bouquet d?artifice qu?on retient cependant pour éviter l?explosion dispersive, mais également éliminatrice.

Espérons qu?Anne Delplace ne trouvera pas déplacé si l?on apprécie moins ses marines, avec ou sans coucher de soleil, son sable trop jaune sous un ciel d?orage, pourtant réussi, car elle peint les atmosphères aussi bien que Mauriac.

Mais pour les silhouettes humaines finement esquissées, pour ce Shiva plus grand encore que nature, pour la magnificence des fleurs, les amateurs de Beaux Arts se feront le devoir et le plaisir de se rendre à la galerie Malcolm de Chazal. De rares moments d?intense contemplation les attendent.

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