Publicité

Le récit trouble de Marcelin Azie

1 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Marcelin Azie retrouve peu à peu ses réflexes d?homme libre. Libéré jeudi, après avoir fourni une caution de Rs 30 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 50 000. Aujourd?hui, il essaie d?oublier les tourments générés par son incarcération dans le cadre de l?enquête sur le meurtre de Nadine Dantier.

Il avait été arrêté sous une accusation provisoire de viol et d?assassinat de cette jeune fille de 20 ans, accusation réduite à celle de meurtre. L?ancien suspect numéro un accepte, lors d?une rencontre avec l?express hier de revenir sur certains aspects qui intriguent toujours?

Soutenu par ses proches, Marcelin Azie clame toujours son innocence. Toutefois, ses aveux, avec force détails, peu après son arrestation, continuent de susciter beaucoup de questions. Pour lui, «tou cé ki mo finn dir dan sa depozision la menti. Tou fauss ladan».

C?est le 28 juillet 2003, trois jours après le drame, que Marcelin Azie, originaire de Rodrigues, est interpellé par la police. Il se trouvait alors chez sa tante, à Les Salines, Port-Louis. Il s?y trouvait, selon ses propres dires, depuis trois semaines, mais faisait régulièrement la navette entre Les Salines et Albion. «Mo ti dan lakaz kan mo finn trouv enn tas polisie vinn rod mwa», relate-t-il, d?une voix monocorde.

Marcelin Azie est aussitôt emmené au poste de police de Quatre-Bornes pour interrogatoire. Là, les policiers l?auraient malmené pour le contraindre à admettre les faits qui lui étaient reprochés. «Zot finn met mwa asiz lor enn sez pendan de zerr ek zot finn bann mo lisie avec enn serviet zonn», explique-t-il. Les policiers lui auraient demandé s?il avait quelque chose à voir avec le meurtre d?une fille à Albion. «Zot inn dimann mwa si mo finn touy enn tifi laba.» Ce à quoi il affirme avoir répondu par la négative.

OBJETS PERSONNELS DE LA VICTIME

Par la suite, il aurait été contraint de consigner cette déposition détaillée à propos du meurtre de Nadine Dantier. Il «avoue» l?avoir vue à plusieurs reprises, prenant le bus à un arrêt proche. Le jour fatidique, il l?aurait attendue sur le terrain de l?église Notre-Dame-de-la- Mer, vers 17 heures. Il l?aurait suivie sur une centaine de mètres, à l?avenue des Dauphins, avant de l?entraîner de force sur un terrain vague, à 400 mètres de son domicile. Puis il a abusé d?elle. Il donne d?autres détails aux enquêteurs, ce qui renforce leurs soupçons à son égard.

Marcelin Azie est alors considéré comme suspect numéro un. Il retient les services de Me Rama Valayden et, le 30 juillet 2003, il revient sur ses aveux. Cette fois, il nie toute participation à cette affaire sordide. «Mo finn dir zot ki mo pena narnie a fer ladan. Mo pa ti cone Nadine ek zamais mo pas finn trouve li.» Il ne se trouvait pas à proximité de l?église de Notre-Dame-de-la- Mer le jour du drame, mais sur le terrain de football, qui jouxte le centre social et le poste de police d?Albion. Il se souvient : «Nou ti ena labitid zoue football me sa zour la lentrenerr pa ti la, alor nou finn zoue entre nou.»

Comment a-t-il donc pu fournir aux enquêteurs tant de détails, à propos des vêtements, des bijoux et du téléphone mobile en possession de la victime ? «Mo pa ti conn narnie, mo finn zist signe enn papie ki la polis ti met divan mwa sa zour la?, se défend-il. Cela laisse, aujourd?hui encore, beaucoup de sceptiques. L?on soupçonnait que des mèches de cheveux de couleur rouge, retrouvées sur les lieux du crime, étaient ceux d?Azie. Ce dernier réfute ces soupçons, et maintient qu?il n?a teint ses cheveux que deux jours avant son arrestation.

Après une première comparution en cour de Bambous, où il est notifié de la charge provisoire, il est conduit à Albion pour une reconstitution des faits. Mais, «la polis finn fer mwa fer enn fos desant de lie. Zonn nek zis dir mwa montre isi, montre laba.» Marcelin Azie dit n?avoir aucun souvenir de la foule hostile qui assistait à la reconstitution. «Mo ti abriti a coz mo ti pe mari gagn per.»

DÉTENTION PROLONGÉE

Les quatorze mois de détention semblent avoir provoqué chez lui une certaine claustrophobie. «Sa finn enn veritab martyr pou mwa mem si tou dimoun ti bien korec ar mwa», se souvient-il, l?air hagard. Cette détention aurait pu être bien moins longue si les résultats des tests ADN avaient été rendus publics plus tôt.

Il ne s?attendait pas vraiment à être libéré jeudi. A son arrivée en cour de Bambous ce jour-là, de nombreux policiers lui auraient dit qu?il serait chez lui à la fin de la journée. «Mo pas ti pe tro rod croir zot me ler mo finn tan zizeman la, mo finn trouve ki bondie pann laiss moi tombe.»

Sa seule crainte aujourd?hui reste la réaction des gens encore convaincus de sa culpabilité. Malgré les épreuves subies, Marcelin Azie se dit persuadé que le coupable sera tôt ou tard retrouvé. «Si zame gaign sa dimoun ki finn fer sa crim la, mo pou la pou soutenir la fami Dantier.»

Publicité