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Le public boude le cinéma

11 janvier 2004, 20:00

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En l?espace d?un an, six salles de cinéma ont fermé leurs portes. D?autres pourraient suivre? Les difficultés auxquelles les gérants doivent faire face sont multiples : films trop chers, arrivée massive des DVD et VCD pirates, coût d?opération élevé. Certains se plaignent même de la TVA qui rogne leurs marges et qui les obligent à vendre le billet à Rs 100 ou plus?

A en croire Saoud Chady, directeur de l?ABC à Curepipe, il est urgent de donner un nouveau souffle au cinéma. La clientèle, dit-il, est encore assez fidèle, mais il sent la crise venir et craint la fermeture des salles, comme ce fut le cas dans les années 80. A cette époque, le gouvernement avait aidé le secteur en lui faisant grâce de la taxe de 10%. Cela avait encouragé les entrepreneurs à se lancer dans la construction des salles. ?J?ai investi plusieurs millions dans mon cinéma pour offrir avant tout un service et des films de qualité au public avec du matériel sophistiqué. Tout cela a forcément un prix?, explique Saoud Chady.

La maintenance d?une salle, souligne ce dernier, revient cher. De nombreuses pièces doivent être changées régulièrement, et en cas de panne, il faut faire venir des techniciens de l?étranger. Il faut ajouter à cela que nous recevons les films presque deux mois après leur sortie en Europe. ?C?est le cas de Pirates des Caraïbes, un bon film que les gens avaient déjà vu avant sa sortie en salle.? Saoud Chady espère malgré tout faire recette avec Le seigneurs des agneaux III, qui sort en février.

<B>Rs 100 : trop cher pour beaucoup

Du côté de Star, à Port-Louis, le gérant dit aussi miser beaucoup sur la qualité et le service. Si ses salles ont bien marché en décembre, Shaine Cunden reconnaît que le prix du billet fait souvent reculer le Mauricien. La preuve, souligne-t-il, c?est que la fête du cinéma a été un réel succès. Le prix des billets était alors passé de Rs 120 à Rs 70 pendant une semaine le mois dernier, avec un choix de 16 films. Le public était ravi.

Mais, explique Shaine Cunden, les salles qui proposent des grandes productions ne peuvent pas baisser leurs tarifs s?ils veulent rentabiliser leur investissement. ?Nous avons beaucoup de frais, comme le loyer, l?électricité, sans compter le prix du film.? Celui-ci varie entre Rs 200 000 et 3, 5 millions.

L?avantage pour le Star, concède son gérant, est qu?il importe et distribue les films, notamment les grosses productions occidentales. ?Nous les recevons de la Réunion où nous avons passé un accord avec un cinéma. Généralement nous prenons trois ou quatre films d?un coup car c?est beaucoup plus rentable.? Star peut ainsi louer les films aux autres cinémas après en avoir obtenu plusieurs copies.

Si les productions occidentales doivent faire face à la menace du DVD, ce n?est pas le cas des films indiens, qui arrivent à Maurice dès leurs sorties en Inde. ?Nous avons pu négocier un contrat avec les producteurs?, explique Rajesh Callycharan, le gérant du cinéma Novelty, qui contre ainsi la concurrence parfois déloyale des DVD. Ainsi, les films comme Plan, de Sanjay Dutt, Manna Bhai MMBBS, ont fait un excellent démarrage.

Cependant, cet avantage a un prix car 60 % des recettes reviennent au producteur. Rajesh Callycharan déplore d?ailleurs ce manque de marge de profit face à des investissements considérables. ?Nous dépensons des millions dans la rénovation et l?équipement et des fois nous arrivons à peine à couvrir nos frais...? Il ajoute : ?Le coût de la vie est devenu trop cher et les gens viennent au cinéma uniquement pour les grosses productions.? Il note par ailleurs qu?aucune émission sur le 7e art n?est proposée à la télévision afin d?encourager le public à venir au cinéma.

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