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Le PTr reprend la lutte des classes

2 mai 2004, 20:00

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Les possédants versus les prolétaires. La lutte des classes comme thème pour un 1er Mai ne pouvait qu?accrocher. Le Parti travailliste et ses alliés l?ont largement exploité samedi à Quatre-Bornes devant une foule attentive. Navin Ramgoolam, leader de l?opposition et du PTr, s?est positionné comme le champion de la cause des tidimounn. Il s?est présenté comme le dompteur des cartels et monopoles. Ciment, pétrole, fer, bière? quatre domaines où le PTr a essayé d?instaurer la compétition quand il était au pouvoir. ?Se pou sa ki bane la inn pran zot venzens lor moi dans élection.? Il a assuré qu?il complétera le travail inachevé quand il aura repris le pouvoir.

Il a soutenu que le Mouvement militant mauricien (MMM) n?est qu?un instrument du gros capital qui aurait toujours voulu reprendre le contrôle du pays. Sir Seewoosagur Ramgoolam avait prévenu contre ce parti aussi loin qu?en 1972, comme indiqué dans une interview accordée à l?époque à l?écrivain V. S. Naipaul, a-t-il rappelé. Selon lui, les dires de son père se sont avérés. Le leader de l?opposition fait ainsi état des avantages qui auraient été accordés aux possédants par le présent régime : terre, concessions fiscales, répression de la compétition introduite par le PTr, ouverture du pays aux partisans de l?apartheid? Autant de preuves, selon lui, que le MMM défend leurs intérêts.

Le dossier terres a particulièrement retenu l?attention de Navin Ramgoolam. Il a effleuré le deal Illovo qui aurait profité à une poignée d?entrepreneurs. Il a évoqué l?attribution de plages aux groupes hôteliers. Il a aussi parlé de la gestion des îles, se demandant s?il manque à ce point d?espace à Maurice pour qu?on aille construire des hôtels sur les îlots.

?Et mem si pe fer li, kifer repran l?Ile aux Bénitiers ar lafami Nubeebuccus alor ki pe donn Agalega à IBL ? Ou kone ki enn de bann premier zafer ki Sir Abdool Razack Mohammed ti fer se fer enn compulsory acquisition Agalega pou retourn li Maurice ?? Il a assuré qu?une fois au pouvoir, il veillera à ce que l?île soit libérée de l?emprise du gros capital.

Manipulation de la loi électorale

Navin Ramgoolam a également évoqué l?administration ?totalitaire? du MMM. Selon lui, ce parti s?ingère dans les enquêtes policières, pervertit les institutions clés, protège les criminels, manipule la loi électorale pour rester au pouvoir, protège ses proches impliqués dans la fraude et la corruption?

Pour preuve, Ramgoolam a brandi les affaires Air Mauritius et MCB dans lesquelles des enquêteurs auraient été sacrifiés pour laisser les cerveaux en liberté. Il a aussi cité le cas du meurtre de Vanessa Lagesse qui est encore irrésolu. ?Ou mazine ? En 1995, ti ena plan pou assassinn moi et zot inn essaye touf lenket ? Kan nou inn fer depozition, lerla lapolis fer semblan fer lenket ! Dan ki pei ou trouve enn leader lopozision menace etouff lenket ??

Le cas Dev Hurnam a également apporté de l?eau à son moulin. Selon lui, le gouvernement avec la complicité de la police a permis un flottement de quatre jours pour que le député mauve se prépare et se présente à la police de son propre chef. ?Mo pe dir ou dans sa cas Hurnam la, inn kree precedan ! ou trouv dimounn cardiac fer dezord dans klinik ??

Le leader de l?opposition a réclamé un référendum sur la réforme électorale. Il n?est pas question que cette loi vitale change sans le consentement de la population. ?Sinon, nou va desann dans lari !? Navin Ramgoolam a demandé à la population de prendre son destin en main.?Donn moi lokazion sanz ou lavi. Si mo pa ferli, mo sanz mo nom !? Xavier Duval n?en a pas dit moins. ?Depi lindependans, se touzour travayer ki finn au pouvoir. Zordi se gran kapital, bann kominis rekonverti ki pe dirize.? Xavier Duval a assuré que le peuple reprendra le pouvoir.

La corruption et la criminalité ont aussi été évoquées. Rama Valayden, particulièrement attendu sur ce plan, n?a pas déçu. L?actualité lui a fourni les munitions. Un brin dramatique, il a parlé de complot contre sa personne et mis en cause un senior minister . Madun Dulloo a poursuivi sur le même ton. ?Koription inn rent dans l?Icac.? Il a accusé le gouvernement d?empêcher l?opposition de se faire entendre au Parlement.

Rama Sithanen a pour sa part fait la démonstration que l?administration économique du régime est aussi mauvaise que sa gestion des affaires sociales. Il s?est appesanti sur la perte d?emplois et la débâcle du textile. ?Jayen Cuttaree ek Paul Bérenger ti pe declar mari. Zot dir zot pa bizin derogasion. Zordi zot pe siplie Americain?, a soutenu l?ancien ministre des Finances. Sheila Bappoo, a apostrophé les femmes. Insécurité, perte d?emplois dans la zone franche, justice à deux vitesses? ?Les Jugnauth ont trahi leur slogan?, dira-t-elle.

Arvin Boolell en conclusion a invité la population à se rallier derrière l?opposition pour reconquérir le pouvoir. ?Notre campagne électorale démarre aujourd?hui ?, a lancé l?orateur à la foule. ?Mo le nou pran langazman travay dir pou renvers sa dinasti ki opouvoir la. Apre sa, nou va fer la faya !?

PLACE JULES KOENIG

LA GRISAILLE N?A PAS DECOURAGE

  • Le but était de réunir la foule. De livrer une bataille psychologique à l?adversaire et lui montrer qu?on est davantage soutenu par la population. Le PTr et ses alliés ont gagné leur pari dans une certaine mesure. L?assistance, de plus de 6 000 personnes et facilement le double d?après les organisateurs, en est sortie la tête pleine d?un discours mille fois ressassé et éreintée pour avoir campé sur ses deux jambes durant plus de quatre heures. Ce matin-là, Quatre Bornes est asphyxiée de voitures et d?autobus aux couleurs de l?opposition. Le drapeau mauricien est reconstitué avec le rouge des travaillistes, le bleu du PMXD, le jaune du MMSM et le vert du MR. La grisaille du début d?hiver n?a découragé personne. Petit à petit, la place Jules Koenig se remplit de femmes et d?hommes, jeunes et vieux, venus des quatre coins du pays. Les Quatrebornais, eux, vaquent à leur rituel du samedi matin, imperturbables : petite tournée à la foire maraîchère, arrêt chez les marchands de dholl puri et de gâteaux piments, un tour chez le marchand de journaux et on rentre chez soi sans trop tarder. La forte brise soufflant sur la place donne du mordant à la fine pluie qui, de temps à autre, arrose la ville. Pas forcément un temps pour s?attarder dehors. A moins bien entendu d?être un apparatchik rouge. On s?attendait peut-être à quelques détails croustillants sur les scandales qui font frémir le pays ces jours-ci? C?est possible aussi qu?on soit suffisamment dégoûté par le régime au pouvoir pour tenir à s?exprimer en grossissant les rangs de l?opposition. C?est le cas de ce groupe d?Arsenal, petit village coincé entre Port-Louis et Triolet. ?Sa gouvernma la pe tro fer ! inn ler pou sanze !? dit sans ambages Dhaneshwar. Plus loin dans la foule, un Vacoassien lui fait écho, sans le savoir. ?Al guete dans Vacoas ena drin pe deborde et dilo malang pe galoupe lor simin !?. Quelle que soit la raison qui ait motivé sa mobilisation samedi, la foule devrait permettre aux dirigeants de l?alliance rouge-bleu-jaune-vert de revendiquer un soutien populaire important. Et cela met du vent dans les ailes de la dizaine d?orateurs qui se sont succédé au micro. Attentive tout au long, le visage fermé, l?assistance a tenu bon. Au bout de quatre heures, cependant, elle a fini par perdre quelque peu de sa verve. Bon nombre ont même commencé à s?en aller une demi-heure avant la fin.

Bérenger entretient le suspense sur l?après 2005

?Parey kouma en 2000.? Ces trois mots de Paul Bérenger, tirés de leur contexte, pourraient ouvrir la voie à toute sorte d?analyses et de spéculations sur le futur arrangement électoral entre le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Mouvement socialiste militant (MSM) pour les consultations populaires de 2005. Certains analystes politiques pourraient y voir le renouvellement d?un partage du pouvoir à l?israélienne entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth comme ce fut le cas en l?an 2000 entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger.

Pour le moment toutefois, nous devrons nous contenter de spéculer car Paul Bérenger n?a pas encore abattu ses cartes. Il s?est contenté d?annoncer la couleur. ?Bizin arriv a enn arrangement electoral entre MSM ek MMM ki pou enn winning formula. Mo cone exactement dan mo latet ki arrangement electoral bizin pou ki pareil couma en 2000 nou remporte enn victoire massif?, a déclaré Paul Berenger samedi à la place Edward VII devant 5 000 personnes.

Le leader du MMM a laissé comprendre qu?iI a une idée claire et précise du prochain arrangement électoral et qu?il en discuterait en temps et lieu avec ses partenaires. Les prochaines élections générales ont été d?ailleurs le thème dominant du 1er Mai de l?alliance gouvernementale. Paul Bérenger a fixé des objectifs clairs par rapport à cette échéance. Il faut trouver un nouvel accord électoral entre le MMM et le MSM et ébaucher un nouveau programme électoral car celui de 2000 a déjà été accompli à 95 %, a affirmé le Premier ministre et leader de l?alliance gouvernementale, Paul Bérenger.

Retour à l?ordre et la sécurité

Il est clair que cette alliance est déjà en campagne pour les prochaines élections. Ce qui peut accentuer la thèse d?un partage à l?israélienne est le discours de Prem Koonjoo, ministre du Commerce. Quand Paul Bérenger a pris les rênes du pays, Maurice ne s?est pas arrêtée. De même lorsque Pravind Jugnauth a été Premier ministre suppléant, le pays a continué à vivre normalement. ?Zordi Paul Bérenger, demain Pravind ; developpement pou continie.?

Toujours dans le cadre des prochaines élections générales, les orateurs au meeting n?ont eu de cesse de comparer le bilan de l?alliane gouvernementale à celui du précédent gouvernement travailliste. ?Zot ti donn nou enn cimetiere nou inn fer li vinn enn gran santier?, a souligné Alan Ganoo.

L?alliance gouvernementale a effectivement aligné ses réalisations. Sur le plan social le gouvernement s?est félicité d?avoir réussi la réforme dans le domaine de l?éducation. Il a réussi à intégrer les langues orientales dans le décompte des points pour le grading au CPE.

L?alliance gouvernementale mise beaucoup sur son bilan à l?approche de l?échéance électorale en 2005. Paul Bérenger déclare avoir réussi sur trois points. D?abord sur l?ordre et la sécurité, le Premier ministre et leader de l?alliance rappelle que ?l?escadron de la mort? a été démantelé et qu?il n?y a plus de braquages violents. La police a regagné ses lettres de noblesse, a-t-il ajouté.

Sur le plan économique, le présent gouvernement a transformé la ?banqueroute? travailliste en une économie soutenable; la dette a été en grande partie remboursée et les réformes dans le textile et dans l?agriculture devraient garantir un avenir meilleur.

D?autre part, l?affaire Hurnam a suscité pas mal de commentaires de la part des principaux orateurs du meeting. On peut d?ailleurs relever certaines nuances dans l?appréciation. ?Comme vous et moi, Choonee et Dev Hurnam sont égaux devant la loi. Il faut faire la différence entre les allégations farfelues et certaines allégations qui justifient une enquête. Nous avons choisi de laisser les institutions compétentes faire leur travail. Il n?y aura pas de cover up?, a déclaré Pravind Jugnauth.

Par contre, le secrétaire général du MMM a été plus nuancé : ?Finn ena dominer. Get Choonee. Enn dimoun raconte enn zistoir lor li Icac jette li dans cachot et traine li dan lacour. Apres kinz mois trouve li innocent. Get lot piti la (Hurnam) pe fer dominer ar li. Nou capav pardone mais nou pas blie, Ena moment nou capav demann nou si bizin pardonne.?

Rue edward VII

Enthousiasme mitigé

  • Pas de grands débordements à Rose-Hill pour le rassemblement de l?alliance gouvernementale sauf chez les ?die-hards?. La foule avait choisi d?être attentive aux propos des dirigeants du pays. De temps à autre, quelques orateurs en verve tels que Ravi Yerrigadoo, Prem Koonjoo, Ivan Collendavelloo ont réussi à susciter de l?enthousiasme dans l?assistance. Mais il sera de courte durée. Entre-temps, la préoccupation des agents et autres proches des partis restait l?estimation de la foule. Ils étaient nombreux à noter une mobilisation au-dessous des attentes des organisateurs. D?autant que les réunions de mobilisation avaient réuni, selon eux, de bonnes foules.?Se sir qui nou regagn terrain mais fer dimoune déplasé dans bann rezion loin li ase diffisil. Mais cela pas indicateur de nou popularité nou konn nou la fors?, soutient un des principaux agents du MSM.

Mais les jeunes sont venus nombreux, convaincus du ?gros travail abattu? par le gouvernement ces dernières années. D?autres jeunes ont fait le déplacement simplement pour se faire voir des politiciens. Un moyen de s?assurer qu?on obtiendra l?emploi recherché ou d?autres avantages. Il y encore ceux pour qui le symbolisme a eu raison sur un dimanche bien tranquille. ?Vous savez à quel point nous (se référant aux militants) pouvons être émus aujourd?hui d?assister à un meeting du 1er Mai où la première fois Bérenger est Premier ministre?, soutient Marie, vêtue de mauve. Un autre partisan a beaucoup attiré les regards compte tenu de sa tenue vestimentaire. Turban blanc, kurta mauve, il se tient près de l?estrade et veut se faire voir des dirigeants en flottant fièrement son drapeau. Les photographes de presse le mitraillent. Un peu de folklore pour changer des traditionnelles photos de foule. A côté de lui, la mère du Premier ministre et quelque-uns de ses proches écoutent attentivement les orateurs. D?autres seront bien moins patients : peu avant 13 heures, ils ont quitté le meeting alors que Paul Bérenger intervenait. Le ?travail dir? évoqué par ce dernier à plusieurs reprises les a laissés indifférents. Au moment où le chef du gouvernement insistait sur ce point, ils étaient déjà au bout de la rue. Pas plus intéressés, plusieurs groupes d?amis bavardaient à proximité des boutiques en attendant la fin du meeting pour aller à la mer.

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