Publicité

Le procès d?Alain Juppé s?ouvre lundi à Nanterre

26 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le président de l?UMP et maire de Bordeaux Alain Juppé comparaît à partir de lundi avec 25 autres personnes devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour l?affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris, de 1991 à 1995. Poursuivi pour «prise illégale d?intérêt», l?ancien Premier ministre de Jacques Chirac (1995-1997), 58 ans, potentiel prétendant à la présidentielle de 2007, risque en théorie jusqu?à cinq ans de prison ferme et 75.000 euros d?amende et surtout une peine d?inéligibilité.

C?est la première affaire jugée d?une longue série de dossiers impliquant la Ville de Paris sous les mandats de Jacques Chirac (1977-1995).

Une sanction grave contre Alain Juppé pourrait compromettre son avenir mais le risque judiciaire semble en pratique limité.

Le procureur de Nanterre Bernard Pagès, nommé après les élections de 2002, a en effet abandonné en mai 2003 la plus grande partie des charges réunies en cinq ans d?instruction contre l?ex-élu parisien.

Depuis l?été dernier, Alain Juppé a d?ailleurs affiché une certaine sérénité en annonçant qu?il continuerait d?exercer ses fonctions durant les trois semaines d?audience, aussi bien à l?UMP qu?à la ville de Bordeaux.

Pour lui, ce procès est celui d?une époque révolue et ne le concerne que de loin. «J?y vais sans joie mais sans tristesse marquée (...) Ce n?est pas mon procès mais celui de l?ancien RPR et je ne suis concerné que pour une partie des faits», a-t-il dit le 20 septembre au journal Le Monde.

En novembre 2002, il avait pourtant déclaré au Nouvel Observateur qu?il abandonnerait la vie politique s?il était condamné et avait prévenu: «Je l?ai dit à Jacques Chirac les yeux dans les yeux: si je suis condamné à une peine infâmante, je ne sais pas comment je réagirai».

Après le réquisitoire final du procureur Pagès, suivi d?une ordonnance conforme du juge d?instruction Alain Philibeaux, les faits reprochés à l?ancien adjoint aux Finances de Jacques Chirac à la ville de Paris (1989-1995) paraissent aujourd?hui ténus.

Il est reproché à Alain Juppé d?avoir organisé entre 1991 et 1995 la rémunération de complaisance par la municipalité de six cadres du RPR, parti dont il a été le secrétaire général de 1988 à 1994.

L?enquête montre, selon l?accusation, que ces emplois procédaient d?un système de détournements de fonds publics pour financer le parti de Jacques Chirac, à l?époque où celui-ci briguait l?Elysée.

UN SYSTÈME DE FINANCEMENT DU RPR ?

Parmi les 25 autres personnes jugées, figurent d?ailleurs deux anciens trésoriers officiels de l?ex-parti chiraquien, Robert Galley, 82 ans, et Jacques Boyon, 69 ans, ainsi que l?ancienne trésorière occulte présumée, Louise-Yvonne Casetta, 60 ans, déjà condamnée à six mois de prison avec sursis en décembre 2001 pour avoir touché d?un entrepreneur 340.000 francs, reversés au RPR.

Selon l?accusation, le système des emplois fictifs a été mis en place dès la fin des années 70 et a fonctionné de deux manières: soit la Ville de Paris prenait en charge directement les rémunérations de cadres du RPR (18 personnes identifiées par l?enquête), soit elle demandait à des entreprises privées qui passaient des marchés avec elle de le faire à sa place (28 personnes identifiées par l?enquête).

Les personnes employées par ce système, qui n?ont pas été poursuivies, occupaient des fonctions très diverses au sein du parti gaulliste, de la simple secrétaire au conseiller de la direction.

C?est dans cette affaire qu?a été posée pour la première fois la question d?éventuelles poursuites contre le président Chirac, après la découverte en 1999 d?une lettre signée de la main de la main de l?ex-maire et semblant démontrer qu?il connaissait le système.

Le 15 avril 1999, le premier juge d?instruction de l?affaire Patrick Desmure a rendu une ordonnance où il se déclarait «incompétent» pour poursuivre Jacques Chirac. La Cour de cassation a ensuite confirmé l?immunité du chef de l?Etat en octobre 2001. Le gouvernement devrait déposer dans les prochains mois à l?Assemblée un projet de réforme constitutionnelle étendant cette immunité à l?interdiction de tout acte d?enquête.

Les poursuites pourraient cependant reprendre contre l?ancien maire de Paris à son départ de l?Elysée. En décembre 2002, les charges réunies contre lui dans l?affaire des emplois fictifs ont été disjointes dans une procédure distincte, susceptible de conduire à un autre procès après la prochaine présidentielle de 2007 ou même après celle de 2012.

Thierry Lévêque

Publicité