Publicité
Le processus électoral américain décrypté
Par
Partager cet article
Le processus électoral américain décrypté
Pour être le prochain président des Etats-Unis, il faut répondre à quelques critères. L?article 2 de la Constitution définit les conditions d?éligibilité par ces termes : «un citoyen né sur le sol américain, d?au moins 35 ans, ayant résidé sur le sol américain depuis au moins 14 ans.»
Ensiuite, en vertu du XXIIe amendement à la Constitution des États-Unis, adopté le 27 février 1951, sont d?office exclus de la «compétition» l?actuel président républicain George W. Bush et son prédécesseur démocrate Bill Clinton, tous deux élus à deux reprises dans cette fonction. Le 22e amendement de la Constitution impose en effet une limite de deux mandats aux candidats à la présidence, mais n?impose pas de limite aux candidats à la vice-présidence. Le 12e amendement statue toutefois que «Aucune personne inéligible, de par la Constitution, à la charge de président ne pourra être élue à celle de vice-président des États-Unis. », ce qui exclut la possibilité pour George W. Bush et Bill Clinton de se présenter à la vice-présidence.
● Déclaration
Le candidat doit se déclarer dans chaque État où il veut obtenir les voix des «grands électeurs». Chaque année électorale, plus d?une demi-douzaine de candidats souhaitent se présenter avec l?étiquette de l?un des deux principaux partis, républicain ou démocrate. Ces candidats commencent par faire campagne au sein de leur parti afin de s?assurer des soutiens éventuels. Ils se déclarent généralement pendant l?année précédant l?élection et entament une campagne de plusieurs mois, ponctuée d?élections primaires, dont l?issue est en général connue en mars. Cette phase se termine par la Convention nationale de leur parti en été, et l?investiture officielle du candidat représentant le parti.
Au sein du parti au pouvoir, le président en exercice, s?il n?a accompli qu?un seul mandat, est généralement candidat à un second mandat. Dans l?hypothèse contraire son vice-président est généralement le très net favori, comme Richard Nixon en 1960, Hubert Humphrey en 1968, George Bush en 1988 ou Al Gore en 2000.
La campagne pour l?investiture implique de nombreuses rencontres publiques (meetings), des déplacements et de la publicité (affiches, télévision, etc.). Les candidats doivent recueillir auprès des citoyens des fonds pour financer leur campagne mais ils doivent aussi s?assurer des soutiens en prévision de la véritable campagne qui est encore plus onéreuse.
● Les caucus et les primaires
Les élections primaires se déroulent à partir de janvier et, en dehors de leur rôle principal, servent d?indicateur pour classer les candidats. Au fur et à mesure que les résultats apparaissent, les candidats les moins cotés abandonnent la course et le candidat du parti est connu bien avant que la Convention n?officialise le fait.
Au cours de l?année qui précède les élections primaires, les candidatures sont évaluées par des comités exploratoires. Puis les candidats recherchent des soutiens financiers.
Les élections primaires sont organisées par les deux partis principaux (et la plupart des autres) pour désigner dans chaque État les délégués du parti qui se rendront à la convention nationale. L?existence et la forme de ces élections primaires dépendent du parti et de l?État. À l?origine, les délégués élus étaient libres de leur vote lors de la Convention ; depuis la seconde moitié du XXe siècle, les délégués s?engagent sur un candidat et, de facto, ce sont les élections primaires qui déterminent le choix du candidat.
Les élections primaires commencent en janvier de l?année électorale dans l?Iowa et le New Hampshire. Ces deux États, qui sont loin de représenter l?ensemble des États-Unis, se sont arrangés pour être les premiers à lancer le processus essentiellement pour bénéficier de la couverture médiatique qui en découle. Au fur et à mesure que les élections primaires se déroulent, on assiste à l?élimination progressive des candidats qui additionnent le moins de délégués. Cette élimination provient, en grande partie, de la diminution des soutiens financiers : le candidat ne peut plus se permettre de payer ses frais de publicité et de représentation. Pour contrer cet «effet boule de neige», de plus en plus d?États décident de tenir leurs élections primaires le même jour, et ont choisi un mardi du mois de mars que les médias ont depuis baptisé «Super Tuesday».
Dans la majorité des États, les élections primaires prennent la forme d?un vote qui peut être : ouvert à l?ensemble des électeurs qui le souhaitent, semi-ouvert (vote pour un seul parti) ou fermé, réservé aux membres du parti. Le vote «ouvert» permet, curieusement, à un électeur républicain de voter pour la désignation du candidat démocrate (et vice-versa), mais pas les deux.
Dans une minorité d?États (en 2008) : Alaska, Colorado, Dakota du Nord, Idaho (D), Iowa, Kansas, Kentucky, Maine, Minnesota, Montana (R), Nevada, et Nouveau-Mexique (D)), les élections primaires prennent la forme d?un caucus : il s?agit d?une réunion théoriquement réservée aux membres du parti où les votes se font ouvertement, à main levée par exemple. Dans des salles, des bibliothèques et des gymnases municipaux, les participants échangent leurs points de vue et finissent par rallier un groupe soutenant un candidat. Il est possible à des candidats indépendants de se présenter sans passer par les primaires.
En raison du coût de ces mini-campagnes électorales multipliées, certains candidats ne se présentent pas dans tous les États pour économiser leurs fonds afin de faire campagne dans les États qui envoient le plus de délégués aux conventions.
● La convention nationale des Partis républicain et démocrate
L?histoire politique des États-Unis a abouti à l?existence d?un bipartisme : Parti démocrate et Parti républicain. Ces deux partis réunissent des conventions pendant l?été pour désigner leur «ticket» à l?élection présidentielle. Sur ce ticket figurent deux noms: le candidat à la présidence et celui à la vice-présidence des États-Unis. La convention est aussi l?occasion pour les candidats de présenter leur programme.
En principe, les délégués choisis pendant les élections primaires, et représentant chaque État ou territoire américain, doivent voter pour désigner le candidat à la présidence et celui à la vice-présidence qui recevront le soutien du parti, et c?est ainsi que les Conventions ont fonctionné jusqu?à la fin de la première moitié du XXe siècle. Après cette date, le processus de désignation du candidat a basculé au profit des élections primaires. Les médias totalisent le nombre de délégués acquis à la cause de chaque candidat et celui qui arrive en tête est connu dès la fin du mois de mars. La désignation du candidat par la Convention n?est donc qu?un pur formalisme.
En revanche, le choix du candidat à la vice-présidence est effectué plus tard, voire annoncé pendant la Convention. Initialement, la Convention désignait souvent le candidat arrivé second en tant que colistier. Aujourd?hui, c?est le candidat à la présidence lui-même qui choisit son colistier. Le plus souvent, le candidat à la vice-présidence est choisi parmi les candidats originels, mais le parti peut aussi sélectionner un dark horse («cheval noir »), c?est-à-dire un relatif inconnu. Les motivations derrière ce choix sont, bien sûr, de nature électorale : il s?agit d?équilibrer le ticket afin de le rendre attrayant dans un maximum d?États. Par exemple, si le candidat principal est issu d?un état du sud, son colistier sera probablement issu d?un état du nord; s?il est perçu comme étant un modéré au sein de son parti, on choisira un colistier plus engagé, etc.
Une fois le vote achevé, le candidat désigné et son partenaire peuvent faire campagne avec l?aide de l?appareil et des fonds de leur parti. La Convention nationale, qui est l?occasion de présenter au grand public la plate-forme des candidats, se tient durant l?été ; elle signale l?ouverture de la véritable campagne électorale, celle qui opposera entre septembre et novembre les candidats républicains aux candidats démocrates.
À cause de ces nombreuses difficultés, les candidats indépendants ne peuvent exister que s?ils ont des moyens financiers importants mais sans avoir de prétentions présidentielles sérieuses. Cela se résume à dépenser leur fortune personnelle (quitte à la récupérer par la suite sous forme de notoriété pour leurs activités professionnelles).
● Il faut rappeler que :
? les États-Unis sont une fédération dans laquelle les cinquante États autonomes doivent être représentés équitablement ;
? lors de leur fondation en 1783, les États-Unis sont une confédération dans laquelle les premiers États se méfient du pouvoir fédéral, donc ont eu tendance à vouloir limiter les pouvoirs du président des États-Unis; aux XVIIIe et XIXe siècles, il faut des jours pour traverser le pays.
● Le processus électoral marque ces deux choses :
? le président des États-Unis n?est pas élu au suffrage direct pour que sa légitimité issue de l?élection ne soit pas trop importante par rapport à celle des parlementaires du Congrès fédéral ;
? les petits États en termes démographiques sont garantis d?un minimum de représentation.
● L?élection du président par le Collège électoral
Le président et le vice-président des États-Unis sont élus par un Collège électoral dont la définition figure dans la Constitution. Ce collège est constitué des «grands électeurs» élus au suffrage universel dans chaque état.
● La désignation des «grands électeurs»
Le mardi qui suit le premier lundi de novembre (donc au plus tôt le 2 novembre), les électeurs américains sont invités à voter pour l?élection de leur président. Cependant, ils n?élisent pas directement celui-ci : le scrutin est au suffrage indirect.
Chacun des cinquante états élit un nombre de «grands électeurs» égal au nombre de ses Représentants et Sénateurs soit un total de 538 (100 au titre du Sénat, 435 au titre de la Chambre des représentants, 3 pour le District fédéral de Columbia). L?État le plus peuplé, la Californie, dispose donc de 55 votes, alors que les huit États les moins peuplés n?en ont que 3 chacun.
En principe, les votes populaires devraient être exprimés en faveur d?un Grand électeur, dans la pratique les bulletins de vote sont rédigés sous la forme «Grand électeur en faveur de tel ticket » ou mentionnent simplement le nom des candidats. De plus dans tous les états sauf deux, le Maine et le Nebraska, le système électoral donne toutes les voix («winner takes all») de l?État au candidat arrivé le premier. C?est ce qui explique la disparité entre les résultats populaires, qui, dans les dernières élections, étaient voisins entre Républicains et Démocrates, et les résultats des grands électeurs qui donnent une majorité souvent écrasante à l?un des candidats. À titre d?exemple on peut citer l?élection présidentielle de 1972 où le candidat républicain Richard Nixon a été élu avec plus de 95 % des voix des grands électeurs alors qu?il n?avait emporté que 60 % des voix populaires. En dehors du fait que, théoriquement au moins, un candidat pourrait être élu avec moins de 30 % du vote populaire, la critique la plus courante de ce système est qu?il favorise le bipartisme; récemment les candidats d?un troisième parti n?ont reçu aucun vote de Grand électeur alors que leur score populaire a pu avoisiner 20 %. On peut noter aussi qu?un Grand électeur peut décider de ne pas voter pour le candidat auquel il avait initialement apporté son soutien; les cas sont rares, mais on en compte quand même huit dans la période contemporaine. Certains États ont d?ailleurs interdit cette pratique, qui n?est pas contrôlée au niveau fédéral. Les médias annoncent donc le résultat de l?élection présidentielle au mois de novembre alors que les grands électeurs ne votent qu?au cours du mois de décembre qui suit.
Des associations cherchent toujours à modifier ce système pour passer à un scrutin proportionnel au sein d?un État, voire pour l?éliminer complètement et ne conserver que le vote populaire.
● De l?élection des grands électeurs à celle du président
Les grands électeurs se réunissent dans chacun des États pour élire officiellement le président et le vice-président des États-Unis. Les voix sont ensuite comptées devant une session jointe du Congrès début janvier.
Si le vote des grands électeurs ne permet pas de départager les candidats (égalité parfaite en voix), c?est la Chambre des représentants qui élit le président, et le Sénat qui désigne le vice-président. Chaque État y a alors une voix, les députés de chaque État se mettant d?accord sur ce vote unique.
● Transition
Entre le vote de novembre et la confirmation formelle des grands électeurs d?une part, et la date du 20 janvier où le nouveau président prend le pouvoir, il y a une période de transition qui permet à l?ancienne «Administration» de faire la liaison avec le nouveau gouvernement.
Le 20 janvier suivant l?élection présidentielle (ou le 21 janvier si le 20 tombe un dimanche), l?Inauguration Day, le nouveau président prête serment sur la Bible et fait un discours d?investiture qui doit marquer les grandes lignes de sa présidence. Ensuite, chaque année, à la même époque, le président se rend au Congrès pour un Discours sur l?état de l?Union qui lui permet d?annoncer les grandes lignes de l?agenda politique de l?année commençante.
LE CALENDRIER
■ Jeudi 3 janvier
Iowa VAINQUEURS : Obama h (D) et Huckabee (R) h
■ Samedi 5 janvier
Wyoming (R) VAINQUEUR : Mitt Romney
■ Mardi 8 janvier
New Hampshire
VAINQUEURS : John McCain (R) Hillary Clinton (D)
■ Mardi 15 janvier
Michigan (R) VAINQUEUR : Mitt Romney
■ Samedi 19 janvier
Caroline du Sud (R) John McCain
■ Samedi 26 janvier
Caroline du Sud (D)
■ Mardi 29 janvier
Floride
■ Vendredi 1-dimanche 3 février
Maine (R)
■ 5 février : «Super Tuesday» , où des primaires et caucus se tiendront dans 22 Etats, dont ceux de New York et de Californie, ces deux derniers représentant une moitié de la population américaine.
■ Samedi 9 février
Louisiane, Kansas (R), Nebraska (D), Washington
■ Dimanche 10 février
Maine (D)
■ Mardi 12 février
District of Columbia, Maryland, Virginie
■ Mardi 19 février
Hawaï (D), Wisconsin
■ Mardi 4 mars
Ohio, Rhode Island, Texas, Vermont
■ Samedi 8 mars
Wyoming (D)
■ Mardi 11 mars
Mississippi
■ Mardi 22 avril
Pennsylvanie
■ Mardi 6 mai
Caroline du Nord, Indiana
■ Mardi 13 mai
Nebraska (R), Virginie occidentale (D)
■ Mardi 20 mai
Kentucky, Oregon
■ Mardi 27 mai
Idaho (R)
■ Mardi 3 juin
Montana (D), Nouveau-Mexique (R), Dakota du Sud
■ Juin 2008 : primaires sporadiques à travers le pays. Jusqu?ici, l?investiture sera principalement arrêtée du fait que la plupart des Etats auront terminé des élections primaires. Des primaires sporadiques en juin n?exerceront pas de grande importance sur les résultats finals.
■ fin de l?été 2008 : conventions des partis démocrate et républicain pour annoncer officiellement leurs candidats respectifs à la présidence et à la vice-présidence.
■ 4 novembre 2008 : élection présidentielle.
■ 5 décembre 2008 : proclamation officielle des résultats par le collège électoral.
■ 20 janvier 2009 : entrée en fonction du 44e président des Etats-Unis.
(R): Républicains
(D) : Démocrates</b>
DEMOCRATES
HILLARY CLINTON : 60 ans, sénatrice de New York. L?ex- «First Lady» a une chance raisonnable de devenir la première femme élue à la présidence des Etats-Unis. Favorite de la primaire démocrate au niveau national, elle a dû repenser sa stratégie après sa défaite inaugurale dans les caucus de l?Iowa. Sa victoire inattendue dans le New Hampshire et son succès dans les caucus du Nevada ont donné une impulsion nouvelle à sa campagne.
BARACK OBAMA : 46 ans, sénateur de l?Illinois. Né d?un père originaire du Kenya, il caresse l?espoir de devenir le premier noir élu à la présidence des Etats-Unis. Rival le plus sérieux de Clinton. Sa victoire dans les caucus de l?Iowa a apporté la preuve qu?il est possible de battre sa rivale et que l?investiture d?Hillary Clinton n?a rien d?inéluctable. Dans le New Hampshire, il n?a concédé que 8.000 voix d?écart à la sénatrice de New York.
JOHN EDWARDS : 54 ans, ancien sénateur de Caroline du Nord, avait déjà brigué l?investiture de son parti en 2004. Devancé par John Kerry, il s?était allié à lui sur le "ticket démocrate", battu par George Bush. Son marathon électoral de 36 heures à travers l?Iowa n?a pas suffi. Dans le New Hampshire, il a été décroché. Dans le Nevada, il n?a pu faire mieux que 4%.
DENNIS KUCINICH : 61 ans, représentant de l?Ohio. Seul candidat démocrate à avoir voté contre la guerre en Irak en 2002, il est considéré comme le plus à gauche. Il s?était déjà présenté aux primaires de 2004.
MIKE GRAVEL : 77 ans, ancien sénateur de l?Alaska. Candidat très peu connu du grand public, né de parents canadiens francophones, il mène campagne avec peu de moyens.
JOHN MCCAIN,: 71 ans, sénateur de l?Arizona. Ancien aviateur dans la Navy, il est resté prisonnier cinq ans et demi au Viêtnam. Celui qui pourrait devenir le président américain le plus âgé à entamer un mandat s?il était élu était donné définitivement perdu il y a six mois.
MITT ROMNEY : 60 ans, ancien gouverneur du Massachusetts diplômé de Havard. Homme d?affaires multimillionnaire, il ambitionne de devenir le premier mormon à accéder à la Maison- Blanche. Ses positions sur l?avortement ont varié. Ses deuxièmes places dans l?Iowa et le New Hampshire ont handicapé sa campagne. Sa victoire dans le Michigan l?a relancé, démontrant que son discours économique trouvait un écho.
RUDY GIULIANI : 63 ans, ancien maire de New York. Considéré par beaucoup comme un héros pour sa gestion des attentats du 11 septembre 2001. Libéral sur les questions de société, il est en tête dans les sondages au plan national. Il a fait l?impasse sur les premiers rendez-vous de la course à la Maison blanche et sa véritable entrée en lice est prévue pour le 29 janvier en Floride. Le pari est jugé risqué.
MIKE HUCKABEE : 52 ans, ancien gouverneur de l?Arkansas. Ancien pasteur baptiste, il est opposé à l?avortement et au mariage homosexuel. Réputé pour son sens de l?humour, il est critiqué pour son manque de connaissances en politique étrangère.
RON PAUL : 72 ans, représentant du Texas. Candidat du Parti libertarien, il s?est opposé à la guerre en Irak dès 2002. Il prône le départ de son pays des organisations internationales.
Publicité
Publicité
Les plus récents