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Le printemps des hirondelles

18 octobre 2006, 00:00

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<B>d’Eric Ng Ping Cheun</B>

Suivant l’hiver et précédant l’été, le printemps se situe, chez nous, au mois d’octobre. Certes, une seule hirondelle ne fait pas le printemps. Mais lorsque l’économie voit arriver plusieurs hirondelles, elles doivent bien porter un message d’espoir.

Première hirondelle : la croissance économique repart. N’étaient-ce les caprices du climat, qui ont affecté la production sucrière, la croissance globale aurait été supérieure à 5 % en 2006. Le fait est que la croissance hors sucre sera de 5 %, deux points de pourcentage de plus qu’en 2005 (3 %).

Il est intéressant de noter que ce n’est pas une croissance alimentée par l’Etat, contrairement aux années récentes. La croissance réelle de la consommation publique ne sera que de 2,8 %, le taux le plus bas depuis 1986, et largement inférieure aux 6,1 % de 2005. Même l’investissement public, excluant l’achat d’avion, baissera de 7,2 % en termes réels.

Deuxième hirondelle : l’investissement privé reprend. Soutenu par de gros projets dans l’hôtellerie, la production d’énergie et sous l’“integrated resorts scheme”, l’investissement privé connaît une croissance réelle de 9,3 % en 2006 après un déclin de 1,1 %. L’investissement global, excluant l’achat d’avion, croît de 4,4 % et représente 23,8 % du produit intérieur brut contre 21,3 % l’année dernière.

Troisième hirondelle : les exportations redémarrent. Après trois années de croissance négative, les exportations de biens enregistrent une croissance réelle positive de 10 % en 2005 et de 9 % en 2006. Fait notable : elles croissent plus vite que les importations de biens. Idem au niveau des services : les exportations nettes progressent de 5,5 %.

Bref, on a une croissance saine entretenue principalement par l’investissement privé et les exportations. La consommation réelle des ménages, elle, se modère à 5,9 %, un taux raisonnable au regard des craintes inflationnistes. Ainsi, l’économie se trouve dans une phase de croissance équilibrée en ce sens que ses trois moteurs les plus importants (l’investissement, l’exportation et la consommation privés) tirent dans le même sens et à peu près à la même vitesse.

Quatrième hirondelle : la zone franche revit. Après une contraction de 35 %, le secteur jouit d’une croissance positive de 1,5 % en 2006, générant une valeur ajoutée de Rs 935 millions de plus qu’en 2005. Les exportations nettes de la zone franche ont augmenté de 23 % au deuxième trimestre de 2006 par rapport à celui de 2005.

Ce qui est encourageant, c’est que la diversification de la zone franche dans le “seafood hub” et la filature commence à rapporter des fruits. En comparant les premiers semestres de 2005 et de 2006, on constate une forte hausse de 76 % des exportations des produits de mer. En neuf mois seulement, de septembre 2005 à juin 2006, le sous-secteur du fil et du tissu a créé 1 287 emplois. A l’avenir, des investissements de Rs 8 milliards dans le textile et de l’habillement, et de Rs 1,5 milliard dans le secteur des produits de mer sont attendus.

Cinquième hirondelle : les secteurs d’activité sous pression respirent. Après une croissance zéro l’année dernière, la manufacture locale retrouve une croissance réelle de 3 % suivant la réintroduction de droits de douane sur certains produits sensibles et les facilités accordées aux petites et moyennes entreprises.

Sans le chikungunya, on aurait eu un boom touristique. Néanmoins, à 4,8 % de croissance, le secteur de l’hôtellerie s’en sort honorablement. Grâce à la diversification des marchés émetteurs et une libéralisation intelligente de l’accès aérien, on recevra 800 000 touristes et Rs 29 milliards de recettes brutes.

Suite à l’enlèvement des déductions fiscales, on pouvait craindre pour l’épargne nationale et pour le secteur de l’assurance. Mais le taux d’épargne est légèrement supérieur aux prévisions du début de l’année, tandis que l’assurance maintient une croissance réelle de 5 %.

Sixième hirondelle : la construction se revigore. Après une régression de 5,2 %, le secteur bondit de 5 % cette année et stimule les activités immobilières (6,1 % de croissance). On annonce 1 500 postes vacants dans la construction.

Septième hirondelle : le chômage recule pour la première fois depuis 1991. L’emploi se redresse avec 7 200 postes créés en 2006, provoquant une baisse du taux de chômage à 9,4 % contre 9,6 % en 2005. Les grands établissements montrent une création nette de 1 900 emplois après une perte nette de 4 700 emplois entre 2003 et 2005. A moyen terme, on attend la création de 4 000 emplois par la Compagnie mauricienne de textile, de 2 600 emplois par Star Knitwear, Tianli Spinning, RS Denim, Toptex et Octagon, et de 3 000 emplois dans le secteur des produits de mer. Actuellement, les nombreuses publicités de recrutement témoignent de la reprise du marché de l’emploi.

Huitième hirondelle : le pays a reçu Rs 2 milliards d’investissements directs étrangers au premier semestre de 2006, soit le double du montant enregistré au premier semestre de 2005. C’est encore trop peu, mais l’effort est louable, et les mesures budgétaires ont rehaussé l’attractivité de Maurice. A preuve, des institutions sud-africaines et indiennes établissent ou renforcent leur présence dans notre secteur financier, tandis que des Chinois sont intéressés à utiliser Maurice comme une plate-forme d’exportation.

Neuvième hirondelle : notre capacité de financement externe demeure confortable aux normes internationales. La dette extérieure du pays ne représente que 13,2 % du produit intérieur brut au 30 juin 2006 (contre 34,1 % au 30 juin 1991), et son service n’engloutit que 9 % de nos exportations totales. Les réserves officielles s’élèvent à 1,4 milliard de dollars, soit six mois d’importations. Si l’on inclut les actifs extérieurs des banques commerciales, la couverture de nos importations est de neuf mois.

Dixième hirondelle : l’économie internationale s’éclaircit. Le prix pétrolier frise les 60 dollars le baril et pourrait baisser encore. A 5,1 % en 2006, la croissance mondiale est la plus forte depuis 35 ans. Enfin, la Réserve fédérale américaine a arrêté sa politique de hausse du taux d’intérêt et va sans doute l’assouplir au deuxième trimestre de 2007.

Certains parlent de la pauvreté comme s’ils venaient de découvrir l’Amérique sur la mappemonde. D’autres voient une “paupérisation généralisée” comme si le grand soir était proche. Il faut être vraiment aveugle pour ne pas apercevoir les signes extérieurs de richesse qui s’accumulent.

Misérable île Maurice où des antennes paraboliques traînent fièrement sur des maisons en tôle. Où la vente de DVD et de climatiseurs à domicile explose. Où le nombre de voitures et de quatre-quatre a presque doublé en dix ans pour passer à 130 000. Où 800 000 portables sont utilisés parmi une population de 930 000 habitants de 15 ans à monter. Où 183 000 Mauriciens ont effectué un voyage à l’étranger l’année dernière. Où les cartes de crédit ont augmenté de 90 % en sept ans pour atteindre 190 000.

Tous les indicateurs susmentionnés sont du Bureau central des statistiques, une institution vénérable dont la crédibilité et l’intégrité ont passé l’épreuve du temps. Certes, il faut toujours prendre les chiffres avec des pincettes, sous peine de leur faire dire ce qu’on veut. Mais si l’on croit aux chiffres lorsqu’ils sont mauvais, on doit leur accorder la même indulgence quand ils sont bons. Et si ces chiffres relèvent de la froide raison, ils font chaud au coeur.

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