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Le pouvoir à ceux qui n'en ont pas
Voilà une histoire qui façonne nos principes depuis 2 000 ans. Elle ne serait en vérité qu?une sombre escroquerie. C?est aujourd?hui que tout serait « révélé ». C?était une histoire de femme? En voilà une autre qui nous avait secoué les entrailles de colère mais qui pourrait bien n?être, en réalité, qu?une affabulation. De qui donc se moque-t-on ? Da Vinci, Savriacooty? qui s?amuse de notre naïveté ? En ces temps d?incertitudes sur notre propre avenir, nous avons des questions plus fondamentales à nous poser que de laisser à la fantaisie le premier rang de nos soucis.
La polémique Da Vinci n?est pas, n?en déplaise à l?opposition qui avait prédit la fureur des catholiques, une priorité absolue. L?Église est bien sûr libre de rameuter les égarés en ripostant aux répliques. Mais est-ce bien sensé d?aller se battre sur le terrain de l?Histoire, celui-là même où les agnostiques ont toujours tenté d?acculer les fidèles ? Dan Brown n?est-il pas que le dernier des faussaires, cette longue liste de ceux qui ont marqué, de leurs vestiges et autres preuves brandies, l?histoire de l?Église ? L?essence de la foi n?est-elle pas de résister à l?épreuve ?
Puisqu?il a fait v?u de répondre, laissons le clergé face à ses fantômes. Puisque le danger qu?un gang de violeurs rôde du côté de Flacq semble s?amenuiser, laissons la justice trier le vrai du faux. Ramenons au centre de nos intérêts ceux dont la détresse ne fait aucun doute. Si les augmentations des prix cette semaine n?appelleront qu?une plus grande discipline dans les dépenses de la plupart des ménages mauriciens, elles isoleront davantage les plus pauvres. Mais à ces 30 000 démunis, plus peut-être, une compensation est donnée sous une forme encore jamais imaginée. Elle résultera d?une révolution : c?est du pouvoir qu?on leur promet. Il va changer de main.
Pour le ministre Sithanen, le « win-win » est assez clair. Il ne l?est pas forcément pour la population à qui l?on n?aura jamais vraiment expliqué en quoi l?« empowerment » est différent des autres programmes d?aide sociale jusque-là appliqués. Ceux-ci n?ont guère aidé à faire améliorer le niveau de développement humain. Dans un rapport précédent, l?UNDP regrettait l?inefficience du « Trust Fund for Vulnerable persons », malgré la bonne volonté mise. De tels programmes s?attardaient essentiellement sur l?accès aux ressources. Or, un changement dans l?accès aux ressources sans un changement dans la conscience d?un pouvoir de contrôle sur sa vie ne change pas durablement la vie du pauvre. Il manque la motivation, la volonté de construire quelque chose. C?est le défi de l?« empowerment ».
Dès lors, on comprend le choix des hommes qui animeront ce programme, des personnalités autrement plus influentes que des présidents d?ONG. Leur présence au sein du « Steering Committee » de l?« Empowerment Programme » n?est pas que de la poudre aux yeux pour des partenaires étrangers désormais sensibles à la mise en ?uvre, par tout pays demandeur de soutien, des moyens d?atteindre le « Millennium Goal » qui doit réduire de moitié en 2015 la pauvreté dans le monde. Ce n?est pas non plus un moyen politique de dire aux plus affectés qu?on leur accorde une attention réelle ? la proximité de l?annonce des hausses de prix et celle des nominés du « Steering Committee » pouvant prêter à cette interprétation. Ils sont là pour d?autres raisons et, pour ne pas compromettre le projet, ils ont intérêt à le savoir.
Certes, leur savoir-faire d?administrateur servira à imposer cette gestion qui marquera la rupture avec l?aide « welfare driven » de toujours. Il fallait ce savoir-faire pour que, l?argent dirigé vers ceux que la réforme économique rend plus vulnérables parce qu?elle diminue leur chance d?intégration, soit utilisé de manière à ne pas cultiver la dépendance. Mais au-delà, le « Steering Committee » sera le facteur du changement, ses membres les catalyseurs. Ces personnalités ont été choisies parce que le développement de leur secteur reflète la qualité de leur leadership, un leadership susceptible de provoquer le changement de l?intérieur qui seul modifie l?environnement. C?est ce que veut réussir l?« empowerment ». Donner la confiance, conseiller, reconstruire. Ce n?est pas le gouvernement qui « empower » les gens, ils « s?empower » eux-mêmes.
Ce sont aussi des autorités, capables de casser cette culture de victimisation dans laquelle pataugent souvent les pauvres, capables de soulever les barrières à cet échange de pouvoir, mais aussi capables d?accompagner les révolutions sociales qu?elle pourrait créer. Quand on révèle quelqu?un à lui-même, quand on le fait goûter au pouvoir, on ne sait pas de quoi il peut être capable. En Andhra Pradesh, un programme d?« empowerment » des femmes les a amenées à prendre conscience du dégât de l?alcoolisme sur les hommes de leur localité. Elles sont descendues dans la rue et ont réclamé l?arrêt de la vente de l?« arack ». Le gouvernement a dû céder. Il doit être prêt à le faire s?il s?allie la contribution de personnes aux idées larges sur la démocratie. Comment amener les gens à prendre leur vie en main, sans par exemple, leur donner la démocratie régionale par laquelle ils amélioreront, en communauté, leur sort ? Comment inscrire dans la tête des pauvres l?éducation comme un droit quand dans l?école de la République, il n?y a de places que pour quelques élus ?
La stratégie et les programmes ne suffiront pas. La réforme économique est si vaste qu?elle doit inclure tout le monde. Le secteur privé, qui doit partager ses ressources. Le pauvre, qui doit révéler les siennes et participer au développement. Le tournant est entamé. C?est à le négocier que nos esprits doivent s?occuper.
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