Publicité
Le pouvoir dans tous ses états
A lors, ça y est. Christophe Vallée, professeur de philosophie et non philosophe (il y tient, bien que l?un n?exclue pas l?autre), a franchi le pas. Avant de partir pour la Hongrie, il nous offre un dernier cadeau : un premier roman, Le crépuscule de l?aube ou de la volupté du pouvoir. Sur les vanités et petitesses de tous ceux qui hantent les couloirs du pouvoir et qui y perdent leur âme. Il sait de quoi il parle. Ce monde, il le connaît bien pour l?avoir vu à l??uvre. Le pouvoir enivre tous ceux qui s?en approchent. C?est un aimant tellement plus grisant que l?amour. Personne n?y échappe. On le sait. Même pas la petite main chargée de préparer les déplacements des grands du moment. Avoir l?insigne privilège de réserver les chambres d?hôtel et de planifier les petits déjeuners, c?est sûr que ça vous place d?emblée dans le secret des Dieux ! Et donc vous autorise à être exécrable avec vos subordonnés. L?équation est connue : moins vous avez de pouvoir et plus vous l?exercez.
Mais avec Christophe Vallée, il y a une morale à cette dérive : tout bien mal acquis ne profite jamais. Leur chute est encore plus brutale et fulgurante que leur ascension a été rapide. Pas un de ces conseillers, directeurs de cabinets ministériels, ministres et autres sous-fifres de préfecture ne s?en tirent avec les honneurs. Cancer, suicide, opprobre, accident, sida, dieu merci le monde moderne offre un éventail suffisant large de calamités pour que ces fantoches de pacotille ne s?en sortent pas indemnes. Même le prof d?université, vieux pédant mal fringué en mal d?honneur, finit écrasé par un camion poubelle comme un vulgaire chien, en sortant de la Sorbonne. Une ligne dans le journal Le Monde, deux dans Le Figaro. Comme gloire posthume, on peut rêver mieux.
Quant au narrateur, la cinquantaine épuisée par ce jeu de dupes qu?il a accepté par « lâcheté », il a fini par rendre son tablier de ministre pour profiter du temps qui lui reste.
La volupté du pouvoir, il a connu, au crépuscule de l?aube, il veut vivre. En fin de parcours, il semble que le Zadig qui sommeille en chacun d?entre nous, se réveille. Voltaire a encore de beaux jours devant lui, Vallée aussi !
À lire un dimanche après-midi, à l?heure trouble où l?on se demande ce que l?on a fait de sa vie et pour se rassurer : mieux vaut à tout prendre, être personne à défaut d?être quelqu?un.
*Pour lancer le roman qui est plus un récit, qui d?autre pouvait le faire sinon un politique ? Mais pas n?importe lequel. Un ministre qui aime un tant soit peu la littérature. Si, si, ça existe ! C?est donc James Burty David, ami personnel de l?écrivain et peintre belge Henri Michaux (1899-1994) qui n?en comptait pas beaucoup, qui officiera le 12 avril au Centre Charles Baudelaire.
Publicité
Publicité
Les plus récents