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?Le pire des modèles propose pour le système électoral?
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?Le pire des modèles propose pour le système électoral?
● Le gouvernement propose une réforme électorale en étendant le système de best loser. Votre réaction.
Je suis étonné. Paul Bérenger est trop intelligent pour présenter une pareille proposition. Le gouvernement a payé trois experts pour apporter des solutions aux problèmes de notre système électoral. Ils ont rédigé le rapport Sachs qui est aujourd?hui ignoré au profit d?une solution qui est catégoriquement rejetée par les experts.
● Quels sont donc ces problèmes du système électoral qu?il est impératif de résoudre ?
Il y en a trois. Le premier est une disproportion entre le nombre de voix obtenues par un parti politique et le nombre de sièges correspondants à l?Assemblée nationale. C?est une injustice car un parti peut obtenir 40% des votes avec 4 ou 5 sièges seulement. Le deuxième problème concerne une amplification de ce phénomène avec le tristement célèbre 60-0 du système First Past the Post. Ainsi, un parti politique peut obtenir 40 % des votes sans pour autant décrocher un seul siège. La troisième est la sous-représentation des femmes à l?Assemblée nationale.
● La solution du gouvernement semble pourtant être un système hybride qui allie la proportionnelle à une meilleure représentation des femmes?
Loin de là. Le rapport Sachs a souligné quelle est la meilleure solution et quelle est la pire solution pour résoudre les problèmes de notre système électoral. Le gouvernement a adopté le pire des modèles. La commission Sachs l?a d?ailleurs rejeté car ce système allait nommer des députés sur une base parallèle. Le gouvernement a donc pris la plus mauvaise solution mais a réussi à l?empirer. En fait, adopter la proposition du gouvernement équivaut à prescrire du paracétamol pour guérir un cancer.
● Où est donc la différence entre la meilleure solution Sachs et celle proposée par le gouvernement ?
Le système que propose le gouvernement est un modèle parallèle qui ne résout pas les injustices du best loser system . Dans certains cas il l?amplifie. Ce modèle qui nomme des députés PR à partir des best losers n?a pas sa place dans un pays pluriel car il incite au racisme, au ?communalisme? et au castéïsme. Le gouvernement aurait mieux fait de venir de l?avant avec une formule mixte, comme préconisée par Sachs : 60 députés élus, selon la formule actuelle de First Past the Post, et 30 sièges additionnels choisis dans une Party List, selon une formule de compensation dépendant du pourcentage de votes obtenu par chaque parti.
Cette forme de proportionnelle viendrait compenser les partis qui auraient obtenu beaucoup de votes mais peu de sièges. Si 30 est trop élevé, on peut accepter 15, mais selon la formule de compensation. Pourquoi rejette-t-on ce qui a été proposé par des experts de renommée mondiale et accepter ce qu?ils ont rejeté ? Même le select committee Collendavelloo avait rejeté le système parallèle et préféré nommer les députés par le best loser en faveur d?un modèle de compensation avec une Party List. Ce comité avait rejeté la nomination de 30 députés additionnels parmi les candidats perdants. Aujourd?hui, on se retrouve avec 10 députés additionnels. Le médecin avait trouvé que deux paracétamols ne pouvaient guérir le mal. Le gouvernement vient aujourd?hui nous prescrire la moitié d?un paracétamol.
● Le modèle proposé n?est-il pas moins injuste que le système actuel ?
Non. Aucun pays au monde n?introduit la représentation proportionnelle avec le système de best loser. Ce dernier n?a pas sa place dans un pays pluriel. C?est étonnant que le gouvernement nous sorte ce modèle deux jours après la fête nationale. Je demande aux responsables politiques de lire ce que dit Sachs sur le danger , pour la cohésion sociale et l?harmonie ethnique, de cette formule.
● Serait-ce donc une mesure électoraliste ?
Je parle en tant qu?universitaire qui achève un doctorat sur les systèmes électoraux dans les pays pluriels et non comme politicien. Je me demande toutefois si la proposition du gouvernement est sérieuse car le Premier ministre sait bien que cette proposition n?aura pas l?adhésion des Mauriciens. Où est-ce the arrogance of ignorance ? Des personnes qui croient savoir ce dont ils parlent, qui en fait ne savent absolument rien mais refusent d?écouter les experts
● Qu?en est-il de la représentation féminine ?
La sous-représentation des femmes à l?Assemblée nationale est un des trois problèmes du système électoral actuel. L?issue la plus sérieuse demeure le déséquilibre entre le pourcentage de votes et la représentation au Parlement. Mais le modèle du gouvernement est une insulte aux femmes. Il les humilie en les faisant entrer au Parlement par le best loser. Un quota de 8 % de femmes ( 7 députés sur 80) pour une population de 51 %. Quelle insulte ! Ce serait plus facile d?améliorer la représentation féminine en exigeant des partis de présenter une moyenne d?une femme par circonscription. On arriverait alors au taux de 30 % préconisé par la Southern African Development Community (SADC). Les solutions à ce problème sont simples. On n?a qu?à accepter les best international practices comme le font l?Allemagne, la Nouvelle-Zelande, l?Afrique du Sud, le Mozambique, le Lesotho, les pays scandinaves, l?Amérique latine et autres?
Je ne comprends pas pourquoi on rejette les recommandations des experts et on accepte ce que les apprentis sorciers proposent. Pire, on inclut des discriminations qui violent des clauses fondamentales de notre Constitution.
Propos recueillis par Ryan COOPAMAH
Des voix de l?opposition contre l?amendement
La proposition de l?alliance gouvernementale d?amender la Constitution pour étendre le système de députés correctifs (best loser system) suscite déjà la polémique. Cette mesure, qui entraînerait la désignation de 14 députés supplémentaires, dont sept seraient des femmes, n?a pas la faveur des ailes féminines des partis d?opposition.
Sheila Bappoo, présidente de l?aile féminine du Parti travailliste, se dit d?abord choquée qu?un Conseil des ministres spécial ait eu lieu un dimanche pour ?accoucher d?une décision aussi rétrograde qui fera la Constitution cautionner cette fois le sexisme?. A ses yeux, le système de députés correctifs est déjà un manquement, car il encourage le racisme. ?Au lieu de décourager le racisme, cet amendement constitutionnel l?encourage. De plus, il aggrave les choses car ce sont sept candidates battues qui accéderont au Parlement. C?est faire une entrée par la petite porte. C?est humiliant pour les femmes.?
Amender la volonté des dirigeants
Elle précise que la pratique universelle dans les pays développés est de corriger le déficit des femmes en politique par l?introduction d?un système électoral mixte, mêlant le First Past the Post à la liste de parti. ?C?est ce qui aurait dû être fait. La proposition actuelle est inacceptable.?
Lindsey Collen, présidente du Muvman Liberasyon Fam, lui fait écho dans une grande mesure. ?Le système de députés correctifs oblige le commissaire électoral à pervertir les votes car il alloue à chaque candidat un nombre d?électeurs en fonction de son ethnie. Ethnie qui est définie selon le recensement de 1972 ! Ce faisant, ce système a engendré et nourri des lobbies ethno-religieux. Ces lobbies rejettent les femmes, et celles-ci ont une aversion pour ces groupes obscurs. Déjà ce système de députés correctifs est honteux, l?amendement constitutionnel proposé ne fait que le renforcer.?
Elle persiste à dire que les Premier ministre et vice-Premier ministre, qui se targuent d?être des ?féministes réalistes?, sont en réalité des ?zokrist. Je l?ai dit et je le maintiens. Paul Bérenger, qui présente cet amendement honteux, a le pouvoir quasi dictatorial, en tant que leader du MMM, d?allouer les tickets électoraux. C?est lui qui doit agir. Il en va de même pour Pravind Jugnauth dans son parti.?
Selon elle, c?est leur ?propre volonté? que ces deux leaders doivent amender et non la Constitution. ?Les deux leaders doivent prendre l?engagement public d?accorder un nombre déterminé de tickets aux candidates, un point c?est tout.? La pédagogue féministe Paula Atchia, qui lancera officiellement lundi un front féminin non partisan, le Parti de la majorité, et dont l?objectif est de faire élire une femme dans chaque circonscription lors des élections générales, est tout aussi perplexe. ? Avec cet amendement constitutionnel, le déficit des femmes en politique ne sera que superficiellement comblé. Le danger est que les partis aient tendance à ne miser que sur sept candidates et se contenter de cet acquis, sans accorder d?autre place aux femmes. Les femmes ne seront jamais satisfaites tant qu?elles n?auront pas ce qui leur revient de droit dans une démocratie, à savoir : la parité.?
Par ailleurs, la réaction du leader du Mouvement démocratique national (MDN), Raj Dayal, ne s?est pas fait attendre. Il a qualifié d??inacceptable et malsaine? toute idée de réforme électorale à la veille des élections, lors d?une conférence de presse qu?a tenue le MDN, hier à l?hôtel Saint-Georges, à Port-Louis. Rejoignant les propos précités, sa déclaration met l?accent sur l?idée que ?la représentation féminine doit être à la discrétion des leaders politiques et doit intervenir avant tout au sein des partis?. Il s?est aussi dit opposé au système de best loser, qui, selon lui, ?institutionnalise le communalisme.?
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