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Le phénomène Grégoire

26 avril 2008, 20:00

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Ce 1er mai 2008 nous réserve peut-être une surprise de tail-le. Jocelyn Grégoi-re, charismatique président de la Fédération des créoles mauriciens (FCM), pourrait voler la vedette ce jeudi aux partis politiques avec son rassemblement prévu au stade de Rose-Hill. Une perspective qui ne plaît pas aux dirigeants des au-tres partis. Ils ne comprennent pas vraiment où la FCM de Grégoire veut en venir. La fé-dération aurait-elle des ambitions politiques ? Non, répond catégoriquement le principal intéressé, qui précise aussitôt que son combat vise plutôt à promouvoir « l?a-vancement des créoles et la cons-truction d?un mauricianisme vrai qui n?est pas basée sur la segmentation de la population ». Mais qu?importe, Grégoire et la fédération qu?il dirige influent déjà et pourraient même changer significativement les donnes de la scène politique.

Jocelyn Grégoire laissera, ce jeudi, sa soutane à la sacristie et battra le rappel pour provoquer le « sursaut » tant attendu au sein de la communauté créole. Si la mobilisation des forces politiques a connu une accélération cette semaine, avec force meetings et congrès régionaux, c?est toutefois vers la FCM de Jocelyn Grégoire que tous les regards se focalisent. D?aucuns estiment qu?il sera le grand gagnant du match des foules. Et pour cause, la machinerie mise en branle par Jocelyn Grégoire est impressionnante.

Avec 65 cellules comprenant chacune plus de 100 animateurs, ainsi que de nombreuses organisations créoles réparties dans cinq fédérations de districts, le message de Jocelyn Grégoire résonne déjà dans les coins les plus éloignés du pays. Une logistique qui n?a rien à envier aux partis politiques établis.

Et vu les nombreux déplacements de Grégoire à l?étranger, il était nécessaire d?avoir une structure qui fonctionne de manière autonome. La méthode semble avoir porté ses fruits. « Je fais confiance à l?équipe en place, notamment à mon vice-président, Filip Fanchette. Je suis rentré mercredi. Vous croyez que la fédération m?a attendu pour commencer à préparer le 1er Mai ? Bien sûr que non ? Quand je suis absent, le travail est fait. Je sais déléguer », nous a déclaré Jocelyn Grégoire.

Rassembler la communauté

Et pour réaliser son ambition, la FCM peut compter sur de nombreux réseaux à travers l?île. Ainsi, l?Union chrétienne de Benjamin Moutou, l?Union pour le progrès de Jean-Yves Violette et le Rassemblement des organisations créo-les de Gaétan Jacquette ne se sont pas fait prier pour relayer le message de l?évangéliste sur le terrain. Il faut dire qu?ils voient en Jocelyn Grégoire un fédérateur capable de rassembler la communauté créole. « Une masse créole s?est levée, ça n?était plus arrivé depuis 1967 avec Gaëtan Duval », explique Jocelyn Gré-goire, qui prend chaque jour un peu plus conscience de l?espoir qu?il incarne pour toute une partie de la population mauricienne.

« Nous ne nous plierons plus »

D?autres marques de soutien se sont, par ailleurs, manifestées spontanément. Ainsi, l?organisation s?est fait prêter deux étages d?un immeuble situé en plein c?ur de Port-Louis par un industriel pour y installer son secrétariat. Grâce à cette structure parfaitement opérationnelle, Jocelyn Grégoire continue par ailleurs de bénéficier d?un soutien non négligeable auprès de certaines entreprises.

Son succès, il le doit à sa condition d?homme d?Église, mais aussi à sa formation d?évangéliste capable de soulever des foules. « C?est un homme au charisme impressionnant, un orateur hors pair qui sait comment toucher l?âme de son auditoire. Et contrairement aux hommes politiques, il ne les prend pas pour des idiots », analyse un observateur.

Ce n?est pourtant pas l?évangéliste qu?attendent ces milliers de personnes que se rendront, jeudi, au stade de Rose-Hill. C?est le « sauveur », le « messie » comme le disent ses plus farouches adeptes et partisans. Ainsi, de nombreux animateurs arpentent le pays en son nom, répandant la bonne parole. « Cela fait deux mois que nous sommes sur le terrain. Des réunions, nous en avons organisé dans toutes les régions. Et nous avons reçu un accueil enthousiaste partout où nous sommes allés. Il faut souligner que les animateurs ont continué à organiser les réunions même en l?absence de Jocelyn.

Les nombreuses personnes rencontrées nous ont témoigné de leur amitié et de leur solidarité », déclare Hedley Chimon, un des dirigeants de la FCM.

Et ces dirigeants se sont mis en quatre pour assurer une « bonne » affluence pour le rassemblement du 1er Mai. Tout a été étudié, jusqu?au logo ? un baobab ? choisi pour représenter l?organisation. La signification nous vient d?Edley Chimon, responsable de l?organisation du rassemblement de la FCM de jeudi : « Nous ne nous plierons plus comme un roseau, au gré des vents. Nous resterons à partir de maintenant droits et forts comme un baobab. Il faudra dorénavant compter avec nous. »

Mais contrairement aux intentions que lui prêtent nombre d?observateurs, Jocelyn Grégoire affirme que son mouvement n?est aucunement un parti politique. Ce qui ne l?empêche pas de faire des revendications que l?on pourrait qualifier, justement, de politiques. La FCM réclame ainsi la reconnaissance constitutionnelle des créoles au lieu de l?appellation « population générale », et une meilleure représentation des créoles dans le service civil. Des revendications que les fondateurs de la fédération considèrent comme légitimes.

La FCM, souligne toutefois son président, serait plutôt un groupe de réflexion, de pression et d?action, un « think tank » à l?américaine. « Au-delà des formations politiques, cette fédération est une mouvance dans le cadre d?une revendication de la communauté créole. Une mouvance est plus forte qu?un mouvement politique car elle s?inscrit dans le temps. Ce 1er Mai sera celui de la vérité. Les créoles n?ont pas cette reconnaissance dans le pays. Cela va changer », analyse Benjamin Moutou.

Même si elle n?est, selon ses fondateurs, pas un mouvement politique, la FCM accueille pourtant en son sein des politi-ques issus de partis de tous bords. L?on retrouve ainsi, parmi ses sympathisants ou membres, le leader du PMSD, Mau-rice Allet, Joe Lesjongard (MSM), Étienne Sinatambou (PTr) et Jean-François Chau-mière (PTr). Ce mélange des genres ne semble en aucun cas déranger les dirigeants de la FCM, qui voient plutôt le bon côté des choses. La présence de ces personnes indique que les partis établis sont conscients du poids politique de cette nouvelle structure.

Les « pressions » et les « tentations »

Mais les pressions existent également. Ainsi, un dirigeant du MMM a récemment pris contact avec la hiérarchie de la FCM pour s?insurger contre le fait que Jocelyn Grégoire prendra la parole au moment même où le leader du MMM, Paul Bérenger, fera son discours non loin de là. Mécontent de l?intransigeance de la fédération, ce haut cadre mauve a même accusé la fédération de n?être qu?un « cheval de Troie » de l?Alliance sociale et de servir les intérêts politiques de Navin Ramgoolam.

Une cinglante réplique qui fait suite aux propos de Jocelyn Grégoire qui avait déclaré dans un discours précédent : « Certains politiciens ont, depuis des années, considéré la communauté créole comme un dépôt fixe. » Le ton est donné entre le MMM et la FCM. Car la fédération, quoi qu?on en dise, marchera le 1er Mai sur les plates-bandes des partis politiques en place. Jocelyn Grégoire a, lors d?une interview accordée à Radio One, laissé entendre qu?il pourrait avancer l?heure de son meeting et de le tenir en même temps que celui du MMM. Il fera connaître sa décision mardi lors de l?émission Polémiques, toujours sur Radio One. Réponse du berger à la bergère : « Je ne prends d?ordre ni avec Ramgoolam, ni avec Bérenger, ni avec Jugnauth ».

« Rien ne sera plus comme avant. Au-jourd?hui, après un demi-siècle de frustration, la communauté créole se ralliera autour de Grégoire », lâche Benjamin Moutou. Un espoir que portent à bout de bras bon nombre de sympathisants.

Devant le succès escompté, certains observateurs sont d?avis que Jocelyn Grégoire pourrait être tenté d?embrasser une carrière politique. Une perspective qu?il rejette, en répétant à qui veut l?entendre qu?il ne sera à la tête de la fédération que pour trois ans.

Une décision sur laquelle les membres fondateurs de la FCM tenteront de le faire revenir, même si le sujet n?est, pour l?instant, pas à l?ordre du jour. Ces derniers savent en effet que le succès de la FCM est en grande partie dû à la figure emblématique de Grégoire. « Avoir deux prêtres à la tête du mouvement nous immunise contre certaines dérives politiciennes », concède, quant à lui, Edley Chimon, qui se dit conscient des « pressions » et des « tentations » auxquelles la fédération pourrait être confrontée dans les mois et années à venir. L?évan-géliste Grégoire est plus que jamais conscient du poids qui pèse sur ses épaules : « Moi je parle d?espérance et il y a une attente. On veut voir Jocelyn Grégoire comme ci ou comme ça, avec tel ou tel résultat. La peur que j?ai, c?est de décevoir et que les créoles retombent dans leur désespérance ».

DANS LES COULISSES?

● Après la longue marche à Bambous, mercredi, les sympathisants se sont massés autour de la kantine afin de déguster un cari tang vendu à Rs 50. Entre les interventions du leader et au-tres membres du mouvement, des annonces régulières au micro venaient promouvoir la vente de ce « succulent » cari tang.

● La FCM a l?intention de mettre en place une aile féminine, qui sera opérationnelle après le 1er Mai. Les membres de la fédération estiment que la gent féminine, très présente au c?ur du mouvement, mérite d?avoir sa propre cellule.

● Le journal de la FCM pourrait être en vente très prochainement chez votre marchand de journaux?cela pourrait être un autre projet de la fédération, selon un membre du mouvement.

5 REVENDICATIONS ESSENTIELLES

1 La reconnaissance constitutionnelle des créoles. En clair, le remplacement de l?intitulé « population générale » par l?appellation « Créole ».

2 Le créole comme médium d?enseignement. La FCM prône la reconnaissance d?un statut officiel du créole à l?école comme langue à part entière (au même titre que le français, l?anglais et l?hindi).

3 Une meilleure représentation des créoles parmi les fonctionnaires. Soit un quota de 35 % dans tous les métiers de la fonction publique.

4 La création d?une « École de la deuxième chance ». Ce type de structure offrirait des possibilités de formation aux exclus du système scolaire, aux chômeurs et aux salariés souhaitant se réorienter.

5 La régularisation des squatters. Notamment à Karo Kalyptis, à Belle-Mare et à Rivière-Noire.

GREGOIRE SUPERSTAR

« Nous avons pris le pas d?aucun parti politique.

Allez dire que le père Grégoire n?est avec personne, allez le dire ! », s?est exclamé Jocelyn Grégoire, devant un millier de personnes massées dans la cour de l?église de Bambous, mercredi soir.

C?est là, que la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a choisi d?organiser son avant-dernier grand rassemblement, avant celui du 1er Mai. Un événement organisé par le Muvma L?inité Solidarité Kréol Bambous.

Une procession, rythmée par les cantiques du père Grégoire avant le grand show à l?église.

La foule se presse à l?entrée de Médine, il est 18 h 15, un séga assourdissant retentit depuis la remorque d?un camion. La marche aurait dû débuter depuis plusieurs minutes déjà, mais on attend des créoles de Saint-Jean qui ont loué des bus pour l?occasion. Dans la foule, le bruit court que le père Grégoire sera parmi eux d?un moment à l?autre. En revanche, du côté des organisateurs, il y a un moment de flottement. « Nous ne savons pas si Jocelyn va faire la marche avec nous, où s?il va nous attendre à l?église », s?interroge l?un des membres du Muvma Linité Solidarité Kréol Bambous.

18 h 30. Quelques personnes déroulent leurs banderoles. La foule est calme et se prête même à un shooting avec les photographes de presse. « Jocelyn arrive ! », s?exclame soudain un membre du Muvma Linité Solidarité Kréol.

Le père Grégoire, vêtu d?un costume vert pâle, prend place sur la remorque du camion. À ses côtés, Joachim Telcide président du Conseil de l?Ouest, ainsi que Sylvain Vigoureux, président du Muvma Linité Solidarité Kréol Bambous. Musique à fond, la foule peut enfin s?élancer vers l?église. L?occasion d?aborder quelques sympathisants et de les interroger sur les raisons de leur présence. Un homme d?une cinquantaine d?années explique : « Kréol pe tro ramass b? dans sa pei la. Nou finn trouv enn liberater en Grégoire. »

L?une des femmes qui l?accompagne l?interrompt et lui murmure : « Nou pa kapav koz ek bann zournalis sans dimann Grégoire !!! » L?homme la regarde, interloqué, mais son désir de s?exprimer est plus fort. Il poursuit son discours :

« Mem ek sertifika pena nou dan ladministrasion. Nou pe debatt pou nou bann zanfan. Depi Champ-de-Mars nou pe suiv Grégoire. »

D?autres sont plus réticents pour expliquer leur présence et nous le font comprendre avec humour : « Nous ne savons pas pourquoi nous sommes là ? ! Nous avons vu des gens marcher et nous avons décidé de les suivre. Nous n?en savons pas plus que vous ! », se moque un des participants. Gêne, embarras ou méfiance, nous n?en saurons pas plus. Plus loin, un groupe de femmes. L?une d?elle déclare : « J?aime assister aux sessions du père Grégoire, et je pense qu?il faut organiser ce genre de marche plus souvent. C?est bien que les créoles se rassemblent .»

La nuit tombe, la foule commence à chanter les cantiques du prêtre.

Des chants mêlés aux klaxons des automobilistes, prisonniers de l?énorme embouteillage provoqué par la marche, et que la police peine à dégager. Un peu après 19 heures, la foule arrive devant l?église. Des pétarades annoncent aux personnes déjà présentes que Grégoire est là. C?est au son des ravanes que le prêtre fait son entrée. Deux rangées d?une trentaine de jeunes avec des roses rouges l?accueillent, tel un « messie ». La foule chante en c?ur : « Nou pe atann toi avec enn gran pasians, to mem ki nou sover, Grégoire nou papa. »

Ce dernier, escorté par quatre hommes, traverse la foule jusqu?à l?estrade : « Ala nou sover rentre ! Applaudissez-le ! », s?écrie une membre de la FCM au micro. Sur scène, la présentation des principaux membres du mouvement est saluée par des salves d?applaudissements. Mais l?applaudimètre confirme que Jocelyn Grégoire est la seule et unique vedette de la soirée.

Joachim Telcide est le premier à prendre la parole, le poing levé, il s?écrie : « Tou kreol marse ensam, peu importe kouler politik ! ». Ovation de la foule. Dans son allocution, Sylvain Vigoureux, ajoute : « Kreol bizin solider ek zordi nou solider dan FCM ! Nou pli for ! ». Des propos qui déclenchent des applaudissements.

20 h 30. Le « libérateur » prend la parole. Contrairement à ces prédécesseurs, le père emploie un ton plus serein, mais la formule enflamme tout autant la foule : « Kreol bizin releve ! Nou lafors, se nou dignite, nou kreol et fiers de l?être ! »Ce n?est qu?à la fin de son discours que Jocelyn « cède la place » au père Grégoire : « Nou bizin konstrir enn site dans sa pei la, enn site bondie, kot pena diskriminasion. » Une phrase qu?il reprend en chanson pour conclure son intervention.

QUESTIONS A JOCELYN GREGOIRE

« Je mentirais si je disais qu?il n?y a pas d?agenda »

Vous le sentez comment, votre premier 1er Mai ?

Comme un défi. Ce jour-là, je célébrerai l?accomplissement des créoles. Le pays les a toujours considérés comme des paresseux. On oublie souvent que le peuple créole a contribué à la construction de l?île Maurice ; ce sera mon message.

À qui voulez-vous montrer vos mus-cles ce jour-là ?

Si vous parlez des batailles de foules, moi, je ne rentre pas dans ce jeu politique.

L?éternel refrain? La question n?est plus de savoir si vous faites de la politique, mais de savoir comment vous utilisez votre poids électoral?

En faisant pression sur le pouvoir. La Fédération des créoles mauriciens (FCM) est un groupe de pression. Notre but, c?est de faire avancer la cause créole. Non pas pour al rod bout, mais pour récupérer des droits fondamentaux qui ont été bafoués.

Où situez-vous la frontière entre la « cause créole » et le « noubanisme » ?

Cette affaire de « noubanisme », dans ma tête, ça n?existe pas.

Et votre quota de 35 % de créoles dans la fonction publique, ce n?est pas une revendication ethnique, ça ?

Non, c?est la correction d?une injustice qui date de l?Indépendance.

Votre soutane, même en 2010, ne va pas se dissoudre dans le politique ?

Je le répète, ne comptez pas sur moi pour la politique active. Mais je mentirais si je disais qu?il n?y a pas d?agenda. La FCM, je vous le dis, prépare sa stratégie.

Cela veut dire qu?elle participera au scrutin ?

D?une certaine manière. Nous avons parmi nos membres des représentants de tous les bords politiques : Joe Lesjongard (MSM), Maurice Allet (PMSD), Étienne Sinatambou (PTr), et d?autres encore. Ces gens-là seront des relais, des émissaires.

La FCM donnera-t-elle une consigne de vote ?

Non, et je suis catégorique là-dessus.

Votre fédération compile un épais cahier de doléances. Pour en faire quoi ?

Pour négocier avec les dirigeants de l?Alliance sociale. Aujourd?hui, c?est Ram-goolam qui décide, et c?est avec lui qu?on négocie. Si demain Bérenger ? ou un autre ? est au pouvoir, nous ferons de même.

Ce document, finalement, n?est-ce pas un ultimatum ?

Il va falloir que ça le devienne, oui. Mais nous ne sommes pas juste un groupe de revendications. Pour que notre démarche aboutisse, il faut un bon think tank. Et pour qu?une fédération fonctionne, il faut trois béquilles. D?abord, des financeurs. Ensuite, des gens de terrain. Enfin, un think tank. Je vous le dis franchement, des tas de choses en politique me dépassent. Mon rôle, c?est de canaliser les forces.

Pour quelqu?un de dépassé, vous êtes plutôt habile. Qu?est-ce que ça aurait été si vous aviez fait de la politique !

Appelons ça du charisme.

L?Alliance sociale est-elle pour vous une alliée ou une rivale ?

Une alliée.

Et le MMM ?

Un allié.

êtes-vous à équidistance des deux ?

Oui.

On a longtemps dit que Bérenger s?é-tait servi des créoles pour contrer les travaillistes. Craignez-vous d?être utilisé ?

C?est un risque. L?électorat créole intéresse tous les partis. Ils me considèrent comme une menace car je rassemble. Ce qui m?inquiète, c?est que l?on pense que mon âme est à vendre. Elle ne l?est pas.

Capter les électeurs du bras d?honneur au MMM, quitte à puiser dans les humeurs ethniques, n?est-ce pas un jeu dangereux ?

Vous m?avez mal compris : mon uni-que but, c?est l?avancement des créoles.

Mais affaiblir le MMM, manifestement, ne vous empêche pas de dormir.

Pas le moins du monde !

C?est peut-être pour cela que Bérenger vous compare à un « cheval de Troie »... v

Ce genre de déclaration ne me fait ni chaud ni froid.

Pensez-vous que « la cause du peuple créole » peut se passer d?un chef ?

Non, je ne pense pas.

êtes-vous ce chef ?

Non plus.

Qui alors ?

Je suis en période d?observation et j?ai deux ou trois noms en tête. Quelqu?un me remplacera certainement en 2010, à la fin de mon mandat. Je ne veux surtout pas devenir un emblème, ça ne rendrait pas service à la cause que je défends.

Qu?est-ce qui vous fait peur ?

Si on tue l?emblème tout s?écroule, ce n?est pas le but.

Alors à quoi Jocelyn Grégoire peut-il servir ?

À incarner un signe d?espérance.

Et comment définiriez-vous le « Grégoirisme » ?

La foi chrétienne, l?esprit missionnaire et l?engagement en faveur des plus pauvres.

Une chose que Martin Luther King vous a apprise ?

On peut incarner sa foi au creux de la vie quotidienne des gens.

Une chose que vous a apprise Gaëtan Duval ?

Que l?on peut rassembler autour de soi des politiciens de tous horizons.

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