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Le paradis vert

3 mai 2004, 20:00

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Chemin Cent-Gaulettes, à Sébastopol, vient s?échouer au pied de la montagne où se trouve la Ferme de Ravinales. Pour accéder à celle-ci, deux cents mètres plus loin, il faut se rendre à pied ou en 4 x 4, car la voie n?est pas asphaltée. Le visiteur traverse à peine la grille qu?il est immédiatement subjugué par le vaste paysage vert qu?il découvre.

Des ravenalas géants de 25 mètres de haut et d?autres grands arbres se dressent dans la végétation luxuriante. Des cascades et des rivières complètent le décor pour en faire un véritable paradis vert.

La Ferme de Ravinales abrite officiellement une chasse s?étendant sur 200 des 335 arpents de la montagne. Le campement de chasse a été construit en bois et tôle pour ne pas nuire au paysage forestier.

Une partie de l?espace vert se transforme aussi, peu à peu, en réserve de plantes indigènes et endémiques. L?initiative de la peupler d?une flore rare revient à un groupe de vingt chasseurs, amoureux de la nature, dont Rex Gérard Cangy, le directeur de la ferme, et le botaniste Ashok Khadun de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF).

Initiative de vingt chasseurs

?Nous n?avons pas encore fait des études sur la faune et la flore que recèle cet endroit. Mais nous y introduisons graduellement des plantes indigènes et endémiques. Déjà, nous avons fait planter le bois de reinette, le bois de rat, le bois de b?uf, le bois clou, le bois d?olive et le bois Mapou, entre autres?, explique Ashok Khadun.

Le botaniste, féru de chasse aux cerfs, passe le plus clair de son temps à entreprendre des recherches sur la flore mauricienne. Il est un des responsables de l?île-aux-Aigrettes où il procède déjà au remplacement des plantes exotiques envahissantes par des plantes indigènes et endémiques. De 1984 à 1997, il a aussi été affecté au parc national de Rivière-Noire.

?Aujourd?hui Maurice ne compte qu?un pour cent de la forêt qu?elle disposait au passage des Hollandais. Il faut absolument y faire quelque chose pour sauver notre flore?, fait-il remarquer.

Parmi les plantes exotiques envahissantes à la Ferme de Ravinales, il y a les ravenalas, les goyaviers et les privets. ?Nous procédons au défrichage de ces plantes, mais sous la supervision des forestiers?, dit-il.

Le projet de la Ferme de Ravinales est le rêve de deux amis Scouts, Rex Gérard Cangy et Thommy Allegaree, qui ont obtenu un bail du gouvernement. Il y a quinze ans. ?Au départ, nous y avons introduit 150 cerfs et des poules en provenance de Tunisie. Il y avait déjà des sangliers, des lièvres, des chauves-souris et d?autres oiseaux?, précise Rex Gérard Cangy.

Le directeur de la ferme envisage de créer un parcours de tourisme vert et de santé avec l?installation des structures minimales, qui ne dérangent pas le décor.

?Nous n?allons utiliser que des énergies renouvelables. Nous envisageons d?installer une éolienne pour produire de l?électricité au lieu de notre générateur. L?eau provenant des cascades est pure et peut être pompée pour assurer une fourniture régulière à la Ferme de Ravinales?, ajoute Ashok Khadun.

Rex Gérard Cangy dit avoir fait une demande pour un Environment Impact Assessment (EIA) depuis quatre ans, mais jusqu?à présent les choses ne bougent pas. ?Dès que le ministère de l?Environnement me donne ce permis, j?irai de l?avant avec le projet de parcours de santé?, assure-t-il.

Une certaine résistance

Le directeur et les autres membres de la ferme s?engagent aussi dans le travail social. ?Les revenus obtenus de la chasse vont aux gens démunis du village. Nous employons directement huit habitans pour l?entretien et le gardiennage. Au moins une vingtaine d?autres personnes y obtiennent aussi des emplois indirects?, souligne Rex Gérard Cangy.

Les enfants défavorisés sont régulièrement invités à la Ferme de Ravinales. ?Nous organisons à leur intention des visites guidées d?une demi-journée. Nous leur offrons aussi le déjeuner?, souligne-t-il.

Rex Cangy reconnaît qu?il y a eu au départ une certaine résistance de la part des habitants pour l?ouverture de cette chasse. ?Mais maintenant, ils ont compris que ce projet vise à leur venir en aide. Aussi nous n?avons pas clôturé toute la superficie de la montagne. Dix arpents de ravenalas, qui sont utilisés dans les mariages hindous, leur sont réservés?, explique-t-il.

PORTRAIT

?Papa?, le jardinier de service

Serpe en main, Idriss Soopun (photo), 72 ans, se débarrasse des plantes envahissantes. Il est le jardinier de service. Aimé de tous, il est affectueusement surnommé ?Papa? par les chasseurs. ?Je m?occupe de cette chasse depuis trois ans. Je commence à six heures du matin pour terminer à quatre heures dans l?après-midi. Avant j?étais laboureur.?

Dans cette forêt, Papa joue aussi un rôle de paysagiste. Ainsi, sur une bonne superficie à proximité de l?entrée, il a réussi un véritable projet d?embellissement après avoir enlevé les mauvaises herbes et d?autres plantes envahissantes.

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