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Le Pakistan en danger
Le Pakistan est plongé dans une crise d’une gravité dont il est nécessaire de prendre toute la mesure. Car on aurait bien tort de réduire les scènes d’affrontements sanglants (41 morts) dont la capitale économique du pays, Karachi, a été le théâtre ce week-end à un simple “folklore” politique d’une région rituellement secouée de troubles ethniques ou religieux.
Ces violences marquent un tournant inquiétant. Elles signent la fin d’une époque, celle où le général Musharraf, arrivé au pouvoir en 1999 par un putsch, avait pu diriger le Pakistan sans trop de heurts. Le chef de l’Etat doit désormais faire face à un mouvement de contestation d’une ampleur sans précédent. Ce défi est lourd de périls pour la cohésion du pays autant que pour la stabilité régionale.
La crise trouve son origine dans le limogeage, en mars, du président de la Cour suprême, Iftikar Mohammed Chaudhry. Le prétexte invoqué par le pouvoir – “inconduite et abus d’autorité”– n’a trompé personne. La vraie raison de l’éviction du juge Chaudhry est que ses objections juridiques embarrassaient la politique du pouvoir et les ambitions de Musharraf. Le juge Chaudhry est devenu un héros, n’hésitant plus à jouer un rôle clairement politique. C’est l’une de ses apparitions prévue à Karachi, samedi 12 mai, qui a dégénéré en violences, les partisans du président Musharraf ayant bloqué la ville pour empêcher que le juge ne s’exprime.
Le danger de cette crise est double. En premier lieu, elle risque de rouvrir des fractures ethniques au sein d’une nation hétérogène dont le seul dénominateur commun – la foi partagée en l’islam - n’a jamais suffi à cimenter la cohésion. En activant ses soutiens de Karachi issus du groupe mohajir (musulmans ayant migré d’Inde lors de la sanglante partition de 1947), le président Musharraf a joué une carte communautaire dont les effets sont imprévisibles dans un pays où les particularismes pachtounes, baloutches, sindhis et pendjabis ont déjà alimenté bien des forces centrifuges.
Le second danger touche à l’islamisme. Le raidissement autoritaire de M. Musharraf risque de torpiller le scénario d’un rapprochement avec l’ex-premier ministre Benazir Bhutto et donc de le condamner à aller chercher sa survie dans une alliance avec les islamistes. Une telle évolution aurait immanquablement de lourdes conséquences régionales : coup d’arrêt au processus de paix avec l’Inde, encouragement aux talibans en Afghanistan, et donc turbulences dans les relations entre Islamabad et Washington. Autant de raisons de prendre très au sérieux les troubles de Karachi.
Par ailleurs, à Peshawar, un kamikaze qui a fait exploser sa charge et tué 24 autres personnes avant-hier en laissant laissé un sinistre avertissement inscrit sur l’une de ses jambes : “Ceux qui espionnent pour les Américains subiront le même sort”.
“Le message, en pachtou, semble avoir été écrit au marqueur noir”, a déclaré le ministre de la Justice de la province de la Frontière du Nord-Ouest, Malik Zafar Azam.
Azam dit être le premier responsable gouvernemental à s’être rendu à l’hôtel Marhaba, dans le centre de Peshawar, après l’explosion de mardi, qui a fait en outre 32 blessés. Il a vu de ses propres yeux les jambes sectionnées du kamikaze. “J’ai vu les jambes ensanglantées, qui ont été recueillies par la police pour un test ADN”, a dit Azam. L’hôtel appartenait à des Afghans et était fréquenté par des Afghans.
Plusieurs centaines de milliers d’Afghans vivent à Peshawar et dans la région environnante, et la ville est traditionnellement un lieu de rassemblement pour les djhadistes partisans d’Al Qaïda.
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