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Le Pacte Mondial expliqué

7 août 2008, 00:00

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Une si jeune personne ? Daniela Zampini n?a 32 ans ? discourant d?un sujet aussi sérieux que le Pacte Mondial des Nations unies et plus particulièrement sur la RSE, pourrait apparaître comme un cocktail détonant. Or, on est moins surpris lorsqu?on apprend que la thèse de doctorat de cette Véronaise, soutenue auprès de la prestigieuse école de management de l?université de Bocconi à Milan, Italie, portait justement sur la RSE.

Daniela Zampini vient d?une famille très modeste. Son père qui est un ouvrier dans le secteur de la construction et sa mère, technicienne de surface dans un orphelinat mais qui possède une conscience revendicatrice aiguisée, ne font pas de grandes études. Il n?empêche qu?ils poussent leur fille à étudier et à aller là où ils n?ont pu le faire académiquement. Chose qu?elle fait avec ardeur et obtient d?excellents résultats lui permettant de postuler pour des bourses d?études supérieures.

Rêvant de mobilité sociale et du fait que le marché est en quête d?économistes qualifiés, c?est vers cette filière qu?elle veut se diriger. Elle est acceptée par l?école de management de l?université de Bocconi qui lui offre une bourse. Elle étudie et décroche une maîtrise en économie et business. Elle entame un mastère en déontologie de l?économie.

Voulant changer d?air, elle obtient un stage auprès du consulat italien et de l?Institut de la Culture Italienne à Edimbourg en Ecosse. A la fin de son stage, l?institut lui propose un emploi qui est celui d?aider à faire la promotion de la culture italienne. Au bout de six mois, Daniela réussit à se faire embaucher par le département de Philosophie et d?éthique de l?UNESCO à Paris et part pour la France.

De l?UNESCO, elle passe au Programme des Nations unies pour le Développement et se rend en Palestine pour le compte de cet organisme. Là, elle travaille non seulement avec les femmes entrepreneurs mais aussi sur l?économie du processus de paix. Le deuxième Intifada la ramène à Milan où elle soumet sa thèse sur la déontologie de l?économie.

Voulant acquérir d?autres connaissances, elle retourne en Ecosse et se fait admettre à l?université de Glasgow où elle fait un mastère en économie du développement, basé sur son expérience en Palestine. «L?économie du développement, c?est l?étude des compromis qu?un pays doit accepter de faire quand il s?embarque sur la route du développement. J?avais besoin d?outils pour comprendre pourquoi la recette fonctionne dans un pays et pourquoi elle vire au poison dans un autre».

Les idéaux des Nations unies cadrant avec les siens, Daniela demeure avec le PNUD. Elle est envoyée en Ethiopie où pendant trois ans, elle renforce non seulement la communauté des entrepreneurs mais établit aussi le dialogue entre le ministre du Com­merce, Tadessa Haile et le secteur privé. «La culture du dialogue entre le gouvernement et le secteur privé n?existait pas. Nous l?avons établie».

La ligne de démarcation entre le conseil et l?ingérence est fine. Daniela le reconnaît. «C?est vrai mais les Nations unies sont des courtiers impartiaux entre les secteurs public et privé ». Lorsqu?elle quitte l?Ethiopie trois ans plus tard, elle laisse derrière elle les bases d?un Integrated Frame­work for Private Sector and Trade.

Le Bureau International du Travail décide de louer ses services pour siéger sur le comité du Pacte Mondial des Nations unies et aider à asseoir les dix principes qui le régissent. Deux de ces principes ont trait aux droits humains, quatre aux droits du travail, trois à l?environnement et un à l?anti-corruption. Lesdits principes sont dérivés des conventions internationales du travail et d?autres conventions des Nations unies. «C?est un effort commun des Nations unies pour inspirer les actions du secteur privé».

Si Daniela accepte le poste, c?est en raison du fait que dans la Constitution du BIT, il est dit que «la pauvreté où qu?elle soit, constitue une menace pour la prospérité globale». Elle y croit fermement. Ensuite, elle apprécie le fait que le BIT soit la seule agence des Nations unies où le gouvernement, les syndicats et les em­ployeurs ont les mêmes droits et la même va­leur. Cette responsabilité l?amène à voyager beaucoup en Europe mais aussi en Afrique pour parler du Pacte Global et de la RSE.

Son mentor est le Hollandais Hans Hofmeiyer qui dirige le Mul­tinational Enterprises Pro­gramme au BIT. «C?est la personne qui m?a le plus influencée aux NU car Hans Hofmeiyer est à la fois idéaliste et pragmatique». En février dernier, elle est nommée point focal du comité pour toute l?Afrique et est basée au bureau sous-régional pour le sud de l?Afrique à Harare au Zim­babwe. A écouter Daniela, la RSE est un concept aussi ancien que le capitalisme et c?est un acte qui doit être volontaire. «D?un côté, le secteur privé a une certaine responsabilité sociale qu?elle assume volontairement. De l?autre, il y a des attentes tout à fait normales de la société à l?égard du secteur privé. Ce sont les deux facettes d?une même pièce». Sa mission est de demander aux compagnies du secteur privé d?adhérer au Pacte Mondial et à expliquer la RSE. Elle estime qu?il ne faut pas con­fon­dre RSE et philanthropie ou charité. De ce qu?elle a vu à Mau­­­­rice, quel­ques entreprises ont tendance à le faire. «Le BIT a mis des années pour trouver une définition acceptable de la RSE par toutes les parties concernées. La RSE est une façon pour une compagnie de transférer ses principes et valeurs dans ses opérations internes et dans ses interactions avec la société et les autres parties prenantes. En langage plus clair, cela signifie que la compagnie doit magnifier ses impacts positifs et minimiser ceux négatifs. Par exemple, si une compagnie est engagée dans la sidérurgie, com­me action de la RSE, elle peut faire ses employés plus âgés animer des cours de formation pour les jeunes. Il ne sera pas dit qu?elle embauchera tous les stagiaires mais elle aura donné une formation directement liée à son secteur d?activité». Le rôle du BIT est d??uvrer en partenariat avec le gouvernement et le secteur privé afin que le travail se poursuive une fois que cette agence des Nations unies se retire.

Bien que la RSE soit volontaire, Daniela soutient que ce concept va durer et que les entreprises ont tout à y gagner de l?appliquer. «Les entreprises doivent l?appliquer parce qu?elles auront la pression de le faire. Si elles veulent pénétrer les systèmes globaux de production et jouer le jeu, elles doivent l?appliquer». Elle prévient toutefois qu?une RSE mal ciblée est dangereuse dans la mesure où elle équivaut à un gaspillage de ressources sans avoir d?impact.

Qu?est-ce que les entreprises ont à y gagner ? «Elles se font une image. L?image est importante car elle retient les employés déjà en poste et en attirent de nouveaux. Elle motive les employés et leur fait s?impliquer dans les projets et cela renforce un sentiment d?appartenance à l?entreprise. La compagnie a alors de meilleures relations avec les syndicalistes et cela amène un meilleur dialogue entre la direction et les employés. La RSE améliore la dynamique interne de l?entreprise et ce faisant, ses opérations, et donne une meilleure perception de l?entreprise par la société. Les entreprises ont tout à gagner l?appliquer? »

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