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Le pacte de Genève relance le débat sur la paix

1 décembre 2003, 20:00

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Un bien curieux document a été célébré hier à Genève. Il s?agit d?un plan de paix minutieux, prétendant régler un conflit vieux de plus d?un demi-siècle, fourmillant de détails et étayé par des cartes précises. Ce plan, cependant, n?a aucun statut officiel et ses auteurs ne peuvent se prévaloir d?aucune légitimité particulière.

Anciens négociateurs présents lors des dernières discussions officielles entre Israéliens et Palestiniens tenues à Taba, en janvier 2001, Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo sont considérés dans leurs camps respectifs comme des personnalités brillantes, mais marginales. Le premier n?a pas réussi à se faire élire à la Knesset lors des élections de janvier, malgré son passage du Parti travailliste à une formation de gauche laïque, le Meretz. Le second n?est plus ministre depuis deux semaines.

Leur plan est vivement attaqué par le gouvernement israélien, qui recouvre du même opprobre ses rédacteurs et les institutions ou Etats qui leur ont apporté leur aide.

De son côté, l?Autorité palestinienne l?a salué avec prudence, insistant précisément sur ce caractère non officiel. L?Union européenne, suivie par les Etats-Unis, a rendu hommage à la détermination de ses auteurs, tout en précisant leur attachement à la ?feuille de route?, un plan de paix international rédigé par le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies), qui n?est jamais véritablement entré en application.

<B>Une trêve de fait

Si le ?pacte de Genève? était mis aux voix à la Knesset, il ne recueillerait certainement qu?une partie des voix de l?opposition de gauche, qui ne représente, par ailleurs, qu?un peu moins du quart des députés.

Le document, pourtant, n?en finit pas de produire ses effets en Israël, puisqu?il est en passe d?ébranler la chape de plomb qui s?était abattue sur le pays depuis l?Intifada, il y a plus de trois ans.

Ce n?est d?ailleurs pas un hasard si la renaissance d?un débat politique, confisqué jusqu?à présent avec talent par le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, coïncide avec une trêve de fait des attentats en Israël constatée depuis bientôt deux mois. Cette trêve, qui ne dit pas encore son nom, pourrait d?ailleurs être relancée à la faveur des négociations interpalestiniennes prévues au Caire à partir d?aujourd?hui.

La publication du ?pacte de Genève?, bouclé en Jordanie le 12 octobre et qui relayait un appel à la paix plus général lancé quelques mois auparavant par un ancien chef du service de sécurité intérieure israélien, Ami Ayalon, et l?universitaire palestinien Sari Nousseibeh, a contraint les principales formations politiques israéliennes à sortir du silence. Depuis, les plans foisonnent.

Le parti ultralaïque Shinouï, allié à M. Sharon, prône désormais le démantèlement des colonies israéliennes de la bande de Gaza. Les travaillistes ont également arrêté un plan, qui prévoit l?évacuation des colonies de Gaza et de Cisjordanie, en échange d?un renoncement par les Palestiniens au retour en Israël des réfugiés de 1948. Le mouvement des colons, lui aussi, y est allé de ses propositions détaillées, articulées autour du refus de l?Etat palestinien.

Cette effervescence n?a pas épargné le Likoud, le premier parti israélien. Placé sur la défensive et critiqué pour son absence de politique vis-à-vis des Palestiniens, à la fois par le chef d?état-major, Moshé Yaalon, sur un mode plus feutré par le ministère des Affaires étrangères et par quatre anciens chefs du service de sécurité intérieure israélien, M. Sharon a été contraint de sortir de sa réserve.

<B>La colonisation se poursuit</B>

Depuis plus d?une semaine, il multiplie les déclarations, parfois contradictoires. Ses formules alambiquées sur d?éventuels retraits et évacuations de colonies, accompagnés de nouvelles annexions, ont déjà suscité l?ire de l?aile droitière de son parti, particulièrement bien représentée parmi les députés.

Le débat n?a cependant pas encore pris corps dans l?opinion publique. Le ?camp de la paix? israélien, laminé par l?Intifada, reste marginal. M. Sharon, qui se fait fort de rafistoler sa coalition grâce à l?appoint de travaillistes en cas de crise avec l?extrême droite, dispose en théorie de quatre ans de pouvoir jusqu?aux nouvelles élections, prévues pour novembre 2007. Une éternité.

D?autant que, sur le terrain, la politique des ?faits accomplis? dénoncée régulièrement par les Palestiniens ne cesse de produire ses effets. Les travaux de construction en Cisjordanie de la ?clôture de sécurité?, prévue pour empêcher les infiltrations en Israël d?activistes palestiniens, se poursuivent et avec eux la modification durable des territoires, particulièrement à Jérusalem.

Ajoutés à la poursuite incessante de la colonisation, en dépit des remontrances américaines, ces travaux contribuent à rendre de plus en plus impossible l?Etat palestinien, tel qu?il est envisagé par les auteurs du plan de paix de Genève.

Gilles Paris

© le Monde 2003 distribué par The New York Times Syndicate

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