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?Le nouveau ?Protection Order? ouvre la voie aux abus?

23 novembre 2004, 20:00

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● Estimez-vous que le ?Protection from Domestic Violence Act? protège suffisamment la femme ?

Je le crois. Je suis toutefois opposée à l?amendement, apporté cette année, car je le trouve dangereux. il stipule qu?une personne peut demander un Protection Order quand ?any person who has been victim of an act of domestic violence by a person other than his spouse, living under the same roof?. Autant l?idée derrière cet amendement est bonne, autant il ouvre la porte aux abus. Une belle-mère dont le fils est violent peut se présenter en cour et dire qu?elle est battue par sa belle-fille. La violence domestique signifie violence entre partenaires. Il ne fallait pas étendre cette loi aux autres personnes vivant sous le même toit. En revanche, on aurait pu punir l?agresseur autre que le conjoint sous la loi générale de coups et blessures figurant dans le Code pénal. Mis tel quel, cet amendement peut générer des abus.

● Depuis 1991, SOS Femmes célèbre les 16 jours d?actions contre la violence domestique. Qu?avez-vous prévu cette année ?

Il y aura trois activités. La première, prévue le 25 novembre au City Club et organisée avec le Programme des Nations unies pour le développement, est une table ronde sur la question du HIV/Sida et la violence domestique qui sont intimement liées. En Afrique du Sud, beaucoup de femmes séropositives qui dévoilent leur état sont battues et renvoyées du toit conjugal. De plus, la majorité des femmes séropositives d?Afrique ont été infectées par leurs conjoints, hésitant à demander le port du préservatif par peur d?être battues. A l?issue de cette table ronde, les participants devraient avoir un document de lobbying qui sera présenté aux décideurs. Le samedi 27, nous serons en conférence à Indira Gandhi Cultural Centre de Phoenix où deux Africaines d?Action Aid parleront de l?étendue de la violence domestique dans la région de la Southern African Development Community, du lien HIV/Sida-violence conjugale. Le Dr Renaud Ng Man Sun, du Aids Secretariat, abordera la question de la transmission du HIV/Sida de la mère à l?enfant. Nicolas Ritter, président de Prévention, information et lutte contre le sida, fera un état des lieux du HIV/Sida à Maurice alors que Clara Bégué, Aids Coordinator en Grande Bretagne, parlera des cas rencontrés. Le 1er décembre, SOS Femmes sera en carrefour pour voir comment être plus sensible à la question de HIV/Sida et de violence domestique.

● Qu?espérez-vous de ces activités ?

Puisque des recteurs de collèges, des étudiants, des policiers et des nurses assisteront à la table ronde, j?espère qu?ils auront une meilleure connaissance de ces questions et qu?ils vont éduquer leurs pairs et briser les mythes. SOS Femmes imprimera un document qu?elle présentera aux politiciens et futurs politiques.

● Peut-on parler d?escalade dans la violence domestique cette année avec des hommes allant jusqu?à tuer leur compagne ?

En l?absence d?études comparatives sur plusieurs années, on ne peut dire qu?il y a eu augmentation du nombre de cas de violence domestique. Ce qui a changé aujourd?hui, c?est que les femmes osent en parler. C?est vrai qu?il y a eu beaucoup de femmes tuées par leur conjoint cette année. Cela montre leur vulnérabilité dans et hors du mariage. Aux Etats-Unis, après le meurtre de Nicole Simpson par son mari, O.J. Simpson, les académiques ont, après des recherches, constaté que le pourcentage de femmes tuées après être sorties d?une relation violente est plus élevé que celui des tuées alors qu?elles étaient encore dans la relation violente. Cela prouve que l?homme accepte difficilement que la femme le quitte.

● Une multitude d?organisations vous ont emboîté le pas cette année avec les 16 jours d?action contre la violence domestique ? Qu?en pensez-vous ?

C?est tant mieux que les forces vives découvrent l?existence de la violence conjugale et essaient de faire quelque chose. Même si elle est super active, une seule organisation ne suffit pas car le problème est aussi vaste que complexe. Par contre, j?ai l?impression en regardant le programme des uns et des autres qu?ils ont réinventé la roue. Beaucoup a déjà été dit sur la violence conjugale et les 16 jours d?actions. Chacun aurait pu prendre un aspect de la violence domestique par rapport à sa spécificité. Par exemple, une Organisation non gouvernementale s?occupant de la pauvreté aurait pu analyser la violence domestique sous cet angle-là. Ainsi, on aurait débouché sur un réseau contre la violence faite aux femmes avec chaque groupe l?analysant selon sa spécificité. Je félicite toutefois le ministère de la Femme pour l?organisation d?une session de formation à l?intention des magistrats et les juges. Il était grand temps qu?on le fasse pour des raisons évidentes.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

?C?est tant mieux que les forces vives découvrent l?existence de la violence conjugale et essaient de faire quelque chose car une seule organisation ne suffit pas.?

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