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Le nouveau pape aurait-il commis son premier faux pas ?

21 septembre 2006, 00:00

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Devant la déferlante de réactions qu’a soulevée dans le monde musulman son discours de Ratisbonne, mardi 12 septembre, lors de son voyage en Allemagne, on se demande encore pourquoi il est allé puiser dans l’histoire de l’islam des exemples de contradiction entre la foi et la raison, comme s’il n’en existait pas dans la longue série des querelles théologiques internes, et souvent cruelle, au christianisme.

Que n’a-t-il balayé devant sa propre porte plutôt que d’aller chercher des arguments dans la littérature des controverses : celle d’un Manuel Paléologue, empereur byzantin du XIVe siècle, polémiquant contre l’islam alors que la menace turque est aux portes de Constantinople ? Ou celle d’Ibn Hazm, cet auteur espagnol du XIe siècle qui condamnait toute spéculation théologique, mais n’a jamais fait école dans la pensée islamique ? Les musulmans s’indignent, à juste titre, que le pape soit allé trouver son argumentaire contre la violence religieuse dans des contextes historiques ainsi datés ou dans des courants marginaux de l’islam. On peine à comprendre pareille bévue dans un contexte de relations si orageuses entre l’Islam et l’Occident.

Benoît XVI, né Joseph Ratzinger, issu de la grande tradition théologique allemande (catholique et protestante), fut un universitaire accompli et brillant et, sous Jean Paul II, un gardien très orthodoxe de la doctrine romaine. Mais pouvait-on imaginer que son inexpérience politique soit si vite si éclatante après son élection d’avril 2005 sur le trône de Pierre ? Quelques semaines après son arrivée au sommet de l’Eglise, il avait énuméré les noms des Etats victimes du terrorisme, sans citer celui d’Israël, s’attirant de vifs reproches de Jérusalem. Le 28 mai, au cours de sa première visite de pape allemand à Auschwitz, il avait aussi mis la Shoah sur le compte d’un “groupe de criminels” nazis, sans évoquer la responsabilité du peuple allemand. Et il avait fait mémoire des six millions de victimes polonaises de la guerre, sans préciser que la moitié étaient des juifs. Devant l’émoi de la communauté juive, il avait rectifié ses propos.

Plus que d’inexpérience, c’est de méfiance qu’il faut parler à propos de ce pape. Son secrétaire d’Etat, numéro deux de la Curie, chargé de la diplomatie vaticane, a été volontairement recruté, contrairement à tous les usages de la maison, en dehors du sérail des diplomates de métier. Benoît XVI a préféré se rassurer en choisissant un autre proche théologien, le cardinal Tarcisio Bertone, qui fut son complice à la congrégation de la doctrine de la foi. Benoît XVI a exprimé sa “tristesse”, mais il n’a pas présenté d’excuses. Pour lui, il s’agit d’un regrettable malentendu. Mais – cycle infernal de la polémique –, les pays musulmans attendent qu’il se rétracte et se repente. Jean Paul II avait bien manifesté sa “repentance” pour les crimes commis dans le passé par l’Eglise : l’antijudaïsme des origines chrétiennes, les Croisades, l’Inquisition, la guerre contre les protestants. Mais de telles excuses “à chaud” présentées à l’islam seraient sans précédent dans l’histoire de l’Eglise. On imagine le profit que des extrémistes de tout rang tireraient de ce mea culpa du pape à l’égard des musulmans. Et les risques d’incompréhension radicale chez les catholiques.

Erreur sur la forme, sans doute. Mais y a-t-il erreur sur le fond ? Du point de vue du pape Ratzinger, certainement pas. Le discours de Ratisbonne n’est pas le fait du hasard. Il est le fruit d’un cheminement qui lui est propre quant au dialogue interreligieux et qui ne ressemble pas aux voies ouvertes par Jean Paul II. Benoît XVI ne renie pas les options prises dès le concile Vatican II (1962-1965) en faveur de la reconnaissance des autres religions non chrétiennes et de l’ouverture d’un dialogue avec elles. Qu’a donc voulu dire exactement le pape à Ratisbonne ? Que le dialogue devait être franc. Non plus le dialogue des bons sentiments, des accolades, des appels incantatoires, aussi répétitifs qu’inefficaces, à la paix des religions comme anticipatrice de la paix du monde. Ce que le nouveau pape réclame, c’est un dialogue fondé sur la “raison” : y a-t-il, oui ou non, des germes de violence dans les textes sacrés ? Y a-t-il, oui ou non, dans l’islam comme dans les autres confessions, des instances critiques permettant une herméneutique libre – un droit d’interprétation - des textes ? Y a-t-il, oui ou non, des autorités magistérielles capables et libres d’énoncer le droit, de dénoncer le débordement, de traquer le fondamentalisme ?

Sous prétexte d’islamophobie ambiante, ou de risque d’instrumentalisation par des groupes radicaux, faut-il se taire sur ces questions ? Bien des musulmans modérés, intellectuels ou non, se les posent chaque jour, de manière ouverte ou clandestine, par peur de représailles. Aussi faut-il que l’islam se sente bien fragile pour qu’à chaque interpellation extérieure, d’où qu’elle vienne – un écrivain comme Salman Rushdie, des caricaturistes danois, aujourd’hui le pape, il n’ait d’autres ressources que celle de l’émotion transmise par l’ “islam satellitaire” (les chaînes Al-Jazira ou Al-Arabiya), le plus influent aujourd’hui, d’autre riposte que de crier à l’insulte contre le prophète.

<B>© Le Monde 2006.

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

<B>Ali Agça conseille à Benoît XVI de ne pas se rendre en Turquie</B>

L’homme qui avait tenté d’assassiner Jean Paul II en mai 1981, le Turc Ali Agça, a conseillé à son successeur, Benoît XVI, de ne pas se rendre en visite en Turquie comme cela est prévu en novembre, car sa vie serait alors en danger, a déclaré hier son avocat. . “Comme tous ceux qui connaissent bien ces sujets, je dis que votre vie est en danger. Ne venez pas en Turquie”, a recommandé Agça, dont les propos sont rapportés par son avocat Mustafa Demirbag. “De même, je ne serai pas en mesure de vous rencontrer, dans la mesure où je suis en prison”, a ajouté Agça. Ce dernier purge une peine pour la mort d’un journaliste dans les années 1970 ainsi que pour un cambriolage et doit être libéré de prison en janvier 2010. Agça, ancien militant d’extrême droite, a purgé 19 ans dans une prison italienne pour la tentative d’assassinat contre Jean Paul II avant d’être gracié par celui-ci en 2000 et extradé vers la Turquie.

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