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Le nouveau militantisme des intermittents
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Le nouveau militantisme des intermittents
Qui sont ces militants qui, dès le début du mouvement des intermittents, se sont organisés, en dehors des syndicats, en coordinations ? Culture en danger à Montpellier, collectif du 25-février à Avignon, collectif des intermittents, précaires d?Ile-de-France à Paris, interluttants... Veulent-ils simplement défendre leur statut ou s?inscrivent-ils dans une démarche politique plus large ? De quelle culture politique se revendiquent-ils ? Quels sont pour eux les enjeux du mouvement actuel ?
Les membres des collectifs sont jeunes, en géné-ral ? entre 25 et 40 ans. Ce sont les plus concernés par la précarité, et donc les plus touchés par la réforme. Qu?ils n?appartiennent pas à la génération qui a fait Mai 68 et vécu les militantes ? et prospères ? années 1970 n?est pas anodin. Ils font partie, comme le dit très bien Bruno, 31 ans, comédien et metteur en scène, membre de la ?commission de coordination des commissions? du collectif parisien, de la génération ?qui a traversé le vide politique?. Cette place particulière dans l?histoire leur donne à la fois un regard très acéré sur les erreurs de leurs aînés et un désir, diffus mais intense, de retrouver l?utopie libertaire de 1968. D?où viennent-ils ? Du spectacle vivant (théâtre, danse, spectacle de rue...), où ils sont artistes ou techniciens, plus que de l?audiovisuel, traditionnellement moins engagé et plus tributaire de la logique du marché ? et où les pressions qui s?exercent sur les contestataires sont plus fortes. La plupart d?entre eux vivent et créent, depuis des années, grâce au système des intermittents. Pour beaucoup, rejoindre une coordination constitue une première expérience d?ordre politique.
?Je me considère comme apolitique, et je n?ai pas l?âme révolutionnaire, explique Virginie, 37 ans, auteur-metteur en scène de spectacles à Reims, porte-parole de la commission ?actions? de la coordination parisienne. Le seul combat que j?aie toujours mené, c?est d?essayer de mettre l?art à la portée de tout le monde. Quand j?ai compris que ma compagnie, Tavékaet?la, allait disparaître avec cette réforme, j?ai rejoint la coordination. Et je découvre une expérience démocratique passionnante...? Mais un nombre non négligeable d?entre eux ont déjà eu des expériences d??engagement? ? terme qu?ils préfèrent à ?politique?. Dans la coordination des intermittents et précaires d?Ile-de-France se côtoient des gens venus d?horizons divers. Ceux venus de la CGT, par exemple, ne renient pas leur affiliation à la centrale syndicale, mais trouvent que la coordination permet d?agir de manière plus directe et rapide, ?sans passer par des processus bureaucratiques et technocratiques?, précise Julien, 34 ans, technicien dans l?audiovisuel. Une quinzaine de personnes sont issues de la Confédération nationale du travail, (CNT) anarcho-syndicaliste. Comme Elise, 26 ans, qui s?occupe des ateliers d?une compagnie de théâtre en milieu amateur et scolaire, et qui s?est syndiquée à la CNT à l?issue du mouvement social de 1995 : ?La CNT étant pour l?organisation des travailleurs par eux-mêmes, il était logique que l?on soit là, souligne la jeune femme. Il était aussi très important que le mouvement social ne s?arrête pas pendant l?été, que le rapport de forces se maintienne jusqu?à la rentrée.?
La coordination parisienne s?est aussi constituée autour du noyau des PAP, le collectif des Précaires associés de Paris, et d?AC ! (Agir contre le chômage), réunis autour du thème de la précarité. Nathalie, 38 ans, comédienne est emblématique d?une nouvelle forme d?engagement radicale qui échappe aux structures classiques. ?Ce qui m?intéresse, dit-elle, c?est le lien entre la culture et l?engagement. Il ne suffit pas de mettre sur scène des textes de Pasolini ou de Toni Negri...? Le groupe des PAP travaille justement avec des proches de Toni Negri, philosophe de l?extrême gauche italienne des années 1970.
Ni permanents ni leaders
Expérimentés ou non, les membres des coordinations tentent de réinventer une forme de démocratie directe. Le collectif parisien, installé dans le 11e arrondissement, convoque une assemblée générale tous les jours et a institué le principe des commissions (?action?, ?interprofessionnelle?, ?Europe?, ?presse?...) auxquelles peuvent participer tous ceux qui le désirent. Pas de représentants permanents, pas de leaders. N?allez pas demander à un membre du collectif de parler au nom des autres ou de prendre la parole dans les médias : il vous répondra qu?il n?est que le modeste porteur d?une parole collective.
Les collectifs, constitués de gens de spectacle, cultivent aussi un certain goût pour l?action spectaculaire et impressionnante : les membres du collectif de Haute-Normandie ont ainsi cloué un porc (un vrai, pas un accessoire de théâtre) sur la façade de la CFDT de Rouen...
Dans les assemblées générales s?expriment aussi des enseignants ? les collectifs de professeurs sont très présents dans le mouvement ?, des archéologues, des architectes, des chercheurs... autant de professions qui se sentent menacées par le désengagement de l?Etat.
Tous parlent des retraites, de la Sécurité sociale, de l?éducation nationale, de la société ?néolibérale? qui est, selon eux, en train de s?installer et dont ils ne veulent pas. Un terme qui revient très souvent dans leurs propos est celui de ?marchandisation?.
Marchandisation de la culture, de la santé, de l?éducation, marchandisation des esprits et des âmes. Beaucoup parlent des émissions de télé-réalité comme d?un horizon à fuir : ?Si l?avenir de notre société, c?est Nice People, très peu pour moi?, résume Frédéric, 41 ans, ouvrier peintre dans le cinéma et membre de la commission ?inter-régions? de la coordination parisienne. Les différents mouvement tentent de s?organiser en coordination nationale pour se faire entendre au plus haut niveau. Les militants affirment qu?ils seront toujours dans la rue à la rentrée, quelle que soit l?issue du dossier des intermittents.
Fabienne Darge et Diane Ducamp © Le Monde
Désarroi
- L?été des festivals a perdu jeudi deux de ses plus grands rendez-vous : Avignon et Aix-en-Provence ont été annulés en raison de la mobilisation des intermittents du spectacle. Après trois jours de grève générale dans la cité des Papes, le directeur du festival d?Avignon, Bernard Faivre d?Arcier, a annoncé à la mi-journée que l?édition 2003 n?aurait pas lieu. C?est la première fois en 57 ans que le festival de théâtre est annulé. Malgré de fortes perturbations, en 1968, les représentations avaient finalement pu avoir lieu après les événements de mai.
La direction a commencé à rembourser les 74 000 billets qui avaient été vendus cette année. Mercredi, la mairie d?Avignon avait chiffré à 23 millions d?euros les retombées du festival sur l?économie locale en temps normal.
En début de matinée, le rideau était tombé sur le Festival d?art lyrique d?Aix-en-Provence, au lendemain d?une représentation de la ?Traviata de Verdi? au théâtre de l?Archevêché, perturbée par une manifestation d?intermittents. Selon Stéphane Lissner, directeur artistique, le festival est potentiellement en ?cessation de paiement?, et les pertes prévisibles s?élèveraient à 7 millions d?euros. Un conseil d?administration doit se tenir cette semaine pour décider de l?avenir du festival d?art lyrique, qui accueille d?ordinaire 50 000 à 60 000 spectateurs.
Pour Lissner, la crise actuelle et le ?désarroi des intermittents? sont la conséquence de l?inaction des hommes politiques. ?A gauche comme à droite, on a fermé les yeux. Tout le monde a été complice d?un système, dont on connaissait les abus et les dérives?, a-t-il estimé sur France 2.
Si ?tout le monde a été un petit peu jusqu?auboutiste?, le gouvernement porte la lourde responsabilité d?avoir refusé de retirer l?accord signé fin juin entre le patronat et trois syndicats, a renchéri pour sa part Bernard Faivre d?Arcier.
?Il aurait fallu ne pas sortir le texte de cet accord fin juin, juste avant les festivals d?été (...) Je pense qu?il aurait été beaucoup plus utile que le gouvernement retire cet accord qui n?a pas été expliqué ni aux intermittents ni aux citoyens et qu?on fasse une négociation à froid. Il y a eu une erreur majeure dans le calendrier?, a-t-il dit.
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