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Le métier de l?homme-loup

17 novembre 2007, 00:00

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Le métier de l?homme-loup

Il a les yeux un peu rougis. Mais il sourit quand même. «Ki pou fer, bizin gagn lavi non ?». Il n?a pas dormi depuis la veille. Il a «doublé son shift». Sur papier, de 18 heures à 6 heures du matin. Dans la pratique : « dir ou pena relev. Dir ou ou pou gagn enn zour konze apre, dir ou pena gard ». Comme il faut bien nourrir le petit dernier, le benjamin de ses quatre enfants, Bibi reste au poste. Il reprend son service sans l?avoir quitté.

A garder un bureau dans les parages de l?Hôtel du gouvernement. «Se kouma dir esklavaz modern sa travay la», raconte-t-il, quand on insiste un peu. Après quelques réticences, il finit par dire : «si ou pa solid, ou kite ou ale.» Lui, cela fait douze ans déjà qu?il vit au rythme des shifts. Plus d?une décennie qu?il fait des rondes, qu?il s?assure que tout est bien verrouillé. Et surtout, qu?aucun intrus ne s?est invité sur place.

Et sa propre sécurité dans tout cela ? Un coup d??il à l?uniforme bleu et blanc de Bibi et l?on remarque l?absence de matraque. Il n?est pas question d?un pistolet. Ni même d?un sifflet. Le bolom, avec la résignation de ses 62 ans, explique : «Li pa donn ou nanyien. Et li empess ou amenn enn zafer pou defann. Li dir tansyon ou bat dimoun ar sa».

Bien sûr qu?aux heures les plus sombres de la nuit, Bibi a peur. Bien sûr qu?il rentre s?enfermer lui-même à double tour dans le petit cagibi qui lui sert de quartier-général. Bien sûr que par les froides nuits d?hiver, il marche moins longtemps «dan freser». Après tout, il n?est qu?un homme seul. A la mine loin d?être patibulaire.

<B>A l?affut des pickpockets</B>

A l?écouter raconter ses misères au quotidien, on sent bien qu?il ne ferait pas de mal à une mouche. Il le dit lui-même, d?ailleurs. «Si ariv kitsoz, pli vomie ou twit». Jean Lamotte non plus n?a pas fait long feu dans la société de sécurité où il était employé. Deux ans et il a dit au revoir parce que «pena ogmantasyon, pena local, pena sick. Kan ou absent, li koup ou kass».

A l?époque, Jean est posté au marché central. Il a pour mission de surveiller les marchands ambulants qui fraudent pour entrer vendre leurs produits à l?intérieur du bazar. Il est aussi à l?affût des pickpockets, des «dimoun ki mont bisiklet dan bazar».

A 50 ans, difficile de trouver du travail. Difficile aussi de se recycler. Car son «vrai» métier à Jean, c?est la sculpture sur bois, l?embellissement des meu-bles notamment. Oui mais voilà. Un jour, il est tombé malade. «Lapendisit eklate» ra-conte-t-il. «Dokter dir moi poze ar travay diboi».

Et puis, de toute façon, les meubles importés lui faisaient une rude concurrence. Et quand il se décidera à re-prendre son métier, «travay finn tombe». Comme Jean ne peut se permettre le luxe de «rest asize», il écoutera les conseils de son frère, également employé dans une compagnie de vigiles.

Depuis, il est assis devant l?entrée du parking du Harbour Front Building de 6 h à 18 h, notant dans un grand cahier, les allées et venues des luxueuses berlines.

Est-ce qu?il se voit convoyeur de grosses coupures ? Jean sourit derrière sa moustache : «Pou moi li pareil mem». Il nous ex-plique alors que pour ce type de travail, la société qui l?emploie demande au minimum le School Certificate. «Zot al suiv kour kouma dir dan lekol». Notamment en ce qui concerne le maniement d?une arme, car il s?agit de «bless dimoun» et pas de tuer.

A l?heure où le flot d?employés de bureau de la capitale s?empresse de rentrer, Roberto lui, son sac sur l?épaule, ses grosses chaussures aux pieds, prend son service, au siège d?une institution bancaire. Il nous parle à travers la vitre d?un habitacle, son abri pour la nuit.

Pour Roberto, il n?y a pas photo. Ses conditions actuelles sont à mille lieues de celles de son précédent emploi de vigile. A l?époque, il était chargé de faire des rondes dans un collège. Il quittait son domicile à 16 heures pour ne rentrer que le lendemain, à 8 heures. Pour passer la nuit, ni radio, ni télévision. Ni même de la lumière.

La compagnie l?équipait seulement d?une torche. «Ou bizin dine avan sizer kan ankor fer kler, sinon dan noir kouma ou pou manze ?». Il était censé faire des quarts avec un collègue. «Me kan somey pins ou, ou oblize dormi lor pipit dan lekol».

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