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Le métal qui remet l?Histoire des sciences d?aplomb

18 janvier 2004, 20:00

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?IL a du plomb dans l?aile? compatit la bonne âme au sujet d?un ami terrassé par le sort. Il n?a pas de plomb dans la tête se plaint au contraire le prof parlant du dernier de la classe. Pourquoi ce métal est-il bénéfique dans la tête mais pas dans l?aile ? C?est là un des mystères de la logique des expressions populaires.

On est toutefois d?accord pour dire que le plomb est lourd. Le pêcheur l?ajoute au bas de ligne afin que l?appât plonge bien. Le plongeur allant à la rencontre du poisson se garnit aussi la taille d?une ceinture de métal lourd pour bien s?immerger. La pêche aux compliments s?aidait naguère du même plomb : le professeur d?élégance en lestait les basques de son habit pour les empêcher de se relever.

Ce gris bien lourd pesait plus sur la vie aux temps lointains que sur la nôtre. C?est un des sept métaux connus de l?Antiquité et les Phéniciens d?il y a 4 000 ans en battaient monnaie. Le plomb faisait aussi des tuyaux conduisant l?eau à l?époque romaine. Hélas le liquide dissolvait le métal et patriciens autant que plébéiens en absorbaient des doses qui pouvaient se révéler fatales.

Bien que nos tuyaux d?eau ne soient plus en plomb, l?artisan qui les installe est toujours un plombier. Maintenant que l?on féminise les noms devrait-on dire plombière pour les femmes exerçant le métier ? Gare alors à la méprise car plombières est un dessert dont l?accueil est de glace.

Ce métal si mou qu?il se coupe au couteau est quelque peu méprisé. Mais sa faiblesse se révèle utile quand il garnit les mâchoires d?un étau. Le serrage efficace risque alors moins d?abîmer la pièce travaillée.

Faiblesse veut aussi dire souplesse. Elle permet ainsi à des lamelles de plomb d?étreindre des pièces de verre colorés. L?assemblage se livre alors à des jeux splendides avec la lumière quand il est monté en vitrail.

Toujours mou mais bien tassé au marteau le plomb peut sceller dans un trou du mur la chaîne d?un prisonnier. Il peut autrement garder en geôle. Sous des toitures par exemple. La plus célèbre, celle du palais Saint Marc à Venise, tenait de nombreux citoyens à l?abri des intempéries et du reste de la société. Le palais était une prison connue sous le nom de Plombs de Venise. Casanova, on s?en souvient, réussit à s?en échapper. Le plomb de ce toit ainsi que celui d?autres plus récents était riche d?argent . Ce qui n?enrichissait aucunement les pensionnaires qu?il protégeait. Autre prison est la doublure de certains cercueils. Là les occupants dorment d?un sommeil plus lourd que celui dit de plomb.

L?emprisonnement se révèle tutélaire quand le métal tapisse des chambres où se fabrique le vitriol. Il garde alors en captivité des vapeurs qui, laissées en liberté, se montreraient nocives. Mieux encore il refuse aussi la liberté à des radiations émanant de métaux radioactifs.

Le plomb ne se contente pas de défendre contre l?invisible mais se charge aussi d?ennemis bien visibles. Des assiégés le fondaient jadis pour arroser des soldats montant à l?assaut de leurs fortifications. L?accueil, bien trop chaleureux, diminuait leur ardeur: ils n?étaient pas soldats de plomb.

Le poids de la parole

Avec des alliés, le plomb est redoutable. Avec l?arsenic il fait balles ou grenaille pour armes à feu. Le calibre des balles est exprimé par leur diamètre. Par exemple la balle du fameux Colt 45 est d?un diamètre de 45 centièmes de pouce. Celui des grains de plomb suit une très vieille tradition : les chiffres 12, 16 ou 20 indiquent le nombre de grains à la livre anglaise. Au lieu de la vie, le plomb combat l?ignorance et renforce le poids de la parole en faisant des caractères d?imprimerie grâce à un mariage avec l?antimoine.

Une triple alliance comprenant plomb carbone et oxygène était favorite pour la peinture : celle qui garnissait la palette de quelques artiste comme celle qui remplissait le seau de l?artisan. L?alliance est blanche mais pas innocente comme l?oie de même couleur puisqu?elle est nocive. Elle se dit céruse, mais malgré le son n?est pas cerise sur le gâteau. Cette peinture couvre bien les surfaces, mais les sulfures de l?atmosphère ont autant de mauvaises intentions que de mauvaises odeurs. Ils transforment en gris sale la belle façade blanchie au sel de plomb.

Uni à l?oxygène le métal se mue en poudre jaunâtre qui fait un bon lut. Le poète ne peut le prendre pour recevoir un baiser. Il est trop collant. Avec encore plus d?oxygène c?est une riche couleur rouge, le minimum, qui se développe. Il protège le fer de la rouille et servait antan aux enluminures, d?où le nom donné aux miniatures. Grâce à cet apport de poids les artistes du Moyen Age ne manquaient pas de moyens.

?C?est un des sept métaux connus de l?Antiquité et les Phéniciens d?il y a 4 000 ans en battaient monnaie. Le plomb faisait aussi des tuyaux à l?époque romaine. Hélas le liquide dissolvait le métal et patriciens autant que plébéiens en absorbaient des doses qui pouvaient se révéler fatales.?

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