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Le mythe brisé de la Grande Muraille

3 avril 2004, 20:00

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Une gloire peut en faire chuter une autre. Quand Yang Liwei, le premier cosmonaute chinois de l?histoire, a été propulsé dans l?espace, la Chine a exulté de fierté nationale. Mais l?épopée spatiale fit une victime collatérale, non prévue au menu patriotique : la Grande Muraille. à son retour, le héros fut évidemment pressé de questions sur le spectacle offert par la posture orbitale. « Vue de l?espace, la Terre est belle », a dit Yang Liwei à la télévision. Puis il ajouta cette effroyable vérité : « Mais je n?ai pas vu notre Grande Muraille. »

<B>Psychodrame national</B>

Le coup porté au mythe fut rude. Car la légende était tenace : le célèbre dragon de pierre serpentant le long des cols et des déserts de la Chine du Nord, symbole de l?empire deux fois millénaire, serait, avec les polders hollandais, le seul ouvrage humain visible de l?espace. La plupart des experts doutaient de la valeur scientifique de l?affirmation. Ils objectaient que seuls des objets de 500 mètres de long et 500 mètres de large étaient visibles à l??il nu de l?espace. Or la largeur de la Grande Muraille ne dépasse pas les 10 mètres.

C?est dire le psychodrame national causé par les propos honnêtes de Yang Liwei, fossoyeur de mythe. Depuis son expédition, la polémique fait rage. Que faut-il faire des livres qui colportent la fadaise ? Un délégué à la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), Wang Xiang, vient de demander que les manuels scolaires évoquant la contre-vérité soient « corrigés »: Presses de l?éducation du peuple, est particulièrement visé.

L?opinion est divisée entre partisans et adversaires de la correction, entre les « scientifiques » et les « patriotes ». Ces derniers viennent de trouver un renfort inespéré : l?astronaute américain Gene Cernan, ancien commandant d?Apollo 17, affirme, lui, avoir vu le dragon de pierre de l?espace. Du coup, les « patriotes » s?interrogent : Yang Liwei s?est peut-être trompé. Il a dû mal voir.

<B>2 004 Le Monde ? Frédéric Bodin</B>

Distribué par The New York Times Syndicate

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