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Le mystère reste entier

8 novembre 2003, 20:00

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Personne ne comprend. Le DPP, seul dans son bureau, a statué : Cehl Meeah est un homme libre. Pourtant il a passé trois ans derrière les barreaux de la prison de haute sécurité de Ph?nix, La Bastille. Toutes les accusations qui pesaient sur le leader du Hizbullah ont été rayées sans la moindre explication. Mais l?annulation de ces accusations ne signifie pas que l?affaire de la rue Gorah-Issac soit terminée. Bien au contraire...Hateem Oozeer et Liyyakat Polin, deux membres avoués de l?escadron de la mort, proches de Cehl Meeah, qui ont tué trois personnes à la rue Gorah-Issac le 26 octobre 1996, attendent toujours d?être jugés et l?identité du cerveau reste toujours à être déterminée...

Qui est donc celui qui a commandité ce terrible attentat de même que les autres braquages ? Existe-t-il un chef derrière tous ces crimes bien orchestrés, ou était-ce le plan des membres de l?escadron de la mort eux-mêmes ? « C?est Bahim Coco le chef de cette bande de malfaiteurs », clame l?avocat de Cehl Meeah, Me Raouf Gulbul, qui dit bien connaître les méandres de l?affaire. « La tête pensante de la bande ne peut être que Bahim Coco. C?était un dur à cuire. Les témoignages du couple de Malaisiens à qui la bande avait volé le 4x4 rouge auraient dû être pris en compte. Il terrorisait ses hommes », assure Me Rama Valayden, avocat de Liyyakat Polin, un des membres repentis du commando, qui contrairement à Hateem Oozeer, n?a pas impliqué Cehl Meeah.

« J?ai toujours dit que Meeah ne devait pas être arrêté. D?autres suspects avant lui ont été libres de partir. Pourquoi lui ? Il n?y avait aucune preuve au dossier à charge », souligne Me Elias Oozeerally, l?homme de loi de Khadafi Oozeer. C?est grâce à son client que l?affaire de la rue Gorah-Issac a de nouveau rebondi lorsque des armes ayant servi dans l?attentat sont découvertes chez lui, lors d?une banale perquisition en novembre 2000. « It?s a million dollar question to ask who?s the real master mind behind this scheme », déclare pour sa part un juriste spécialiste des procès criminels. « Il se peut que la bande se servait du Hizbullah comme couverture pour maquiller leurs activités et que Cehl Meeah n?en savait rien. Mais tout n?est que supposition », estime un membre du barreau.

Si l?escadron de la mort était motivé par l?appât du gain facile, comment expliquer alors le suicide de certains de ses membres et du chef présumé, Bahim Coco ? Du jamais vu à Maurice. Qu?une bande de malfaiteurs se donne la mort plutôt que d?affronter la justice. Ce suicide collectif n?est-il pas l?expression de la volonté de protéger un chef mafieux ? Raouf Gulbul ne sait quoi penser. « Dans la vie de tous les jours, ils portaient un masque. Ils disaient lutter contre la toxicomanie, mais en fait, c?étaient des mercenaires à la solde des gens proches du pouvoir. Il y a des éléments qui vont dans cette direction, sur les détails avant l?assassinat de Babal Joomun, Yousouf Mourade et Zulfikar Beekhy », avance Rama Valayden.

Croupir en taule...

Cehl Meeah est resté en prison à cause d?une justice tellement lente qu?elle a pris trente-six mois pour se rendre compte qu?il n?y avait pas suffisamment de preuves pour le présenter devant un jury ? « Le dossier est très volumineux dans le cas présent. Une affaire de gandia peut rester six mois dans les tiroirs du DPP. En attendant, le prévenu croupit en taule », déplore Elias Oozeerally.

Qu?est-ce qui a pu motiver le DPP dans sa décision ? « Les gens doivent comprendre une chose : les palabres ne tiennent pas devant une cour. Il faut des preuves solides pour soutenir l?accusation », lance Raouf Gulbul. Autrement dit, le dossier à charge contre Cehl Meeah ne tiendrait pas la route.

« Ce dénouement devrait nous servir de leçon. Plus que jamais, il nous faut avoir recours à des juges d?instruction pour épauler les enquêteurs dans leur tâche », estime Me Valayden. « Pour des délits graves comme les crimes où il y a mort d?homme, il faut un juge d?instruction surtout à cause du fait qu?à Maurice, le public perçoit certaines décisions comme étant teintées d?une dose de communalisme », ajoute un de ses collègues du barreau. « Sur les 108 témoins assignés par la poursuite, un seul, en l?occurrence Hateem Oozeer, semblait avoir des choses à dire. Et encore, ses allégations ont été démolies lors du contre-interrogatoire », fait ressortir Jacques Panglose, qui fut le Leading Counsel de Cehl Meeah lors de l?enquête préliminaire.

« Dans le cas présent, les témoignages de Hateem Oozeer pouvaient être démolis en cour, car c?est un criminel doublé d?un toxicomane repenti dont la famille a bénéficié de la récompense offerte par la police lorsqu?il s?est rendu. La poursuite n?avait aucune chance de mener le procès jusqu?au bout. Il y a eu des négociations avec les enquêteurs afin que sa peine de huit ans de prison soit commuée. Puis il y a eu des cafouillages, une guerre entre les enquêteurs qui n?ont pas arrangé les choses. Le mystère ne sera jamais résolu », lance l?avocat Oozeerally.

Rejoignant Rama Valayden, il est en faveur d?un amendement de la loi concernant les allégations. « C?est inconcevable d?être mis en détention à cause de quelques allégations qui ne tiennent pas la route en fin de compte. En cour, il fallait que Hateem Oozeer passe le test de crédibilité », indique Me Valayden. « Puis il y a eu deux versions dans cette affaire, en tenant compte de ce que dit Toorab Bissessur comparé à ce que racontent Liyyakat Polin et Hateem Oozeer. Toorab avait de la haine contre Meeah alors qu?Oozeer est un repenti », souligne un enquêteur qui a travaillé sur ce dossier.

Malgré le fait d?avoir annulé les accusations contre Cehl Meeah, le DPP peut toujours revenir à la charge, même si cela semble improbable dans le cas présent. « On a fait notre boulot, c?était au DPP de décider s?il veut rayer l?affaire ou pas. Parfois, on travaille quatre à six mois sur une affaire et le DPP statue qu?il y a eu un abus de procédure. L?enquête a été quelque peu bâclée au début. Il y avait l?alibi fourni par Meeah pour les membres de l?escadron de la mort. Il a seulement dit qu?ils dormaient chez lui. Or, dans sa déposition, on ne lui a pas demandé s?il les avait vus ce soir-là. L?enquêteur a manqué de rigueur et de précision », commente un enquêteur. Au parquet, plus d?un renvoient la décision au DPP. Certains d?ailleurs, devant les interrogations du public, ne cachent pas leur « embarras » d?être au parquet actuellement. Un embarras provoqué surtout par le fait que le dossier a mis beaucoup de temps pour aboutir à une annulation des charges. Un autre avocat blâme la police : « Il y a encore des non-dits dans cette affaire. Il y a certainement eu des cafouillages au niveau des enquêteurs car plusieurs équipes ont travaillé dessus.»

En réalité, l?évidence est la suivante : s?il y avait eu une meilleure coordination, on n?en serait pas arrivé là. Et aujourd?hui, on se serait posé moins de questions.


Questions restées sans réponse ...

Malgré le non-lieu prononcé par le DPP en faveur de Cehl Meeah, diverses interrogations perdurent :

  • Selon le témoignage d?un dénommé Mustapha Emamboccus, responsable de la cellule Hizbullah de Curepipe, Cehl Meeah lui a donné des instructions pour remettre à Bahim Coco une somme de Rs 300 000. Cehl Meeah savait pertinemment bien que Bahim Coco était alors recherché par la police.

  • Le témoignage de Me Yousouf Mohamed en cour où il déclare que Cehl Meeah est venu en personne chez lui à Quatre-Bornes pour qu?il assure la défense des suspects Toorab Bissessur et Liyyakat Polin dans l?affaire de la rue Gorah-Issac.

  • L?alibi de 1996. Cehl Meeah a confirmé en cour que Bahim Coco, Hatim Oozeer, Liyyakat Polin et Toorab Bissessur dormaient chez lui la nuit de la fusillade. Plus tard, Cehl Meeah expliquera que ce sont ces quatre-là qui le lui avaient dit et qu?il n?avait aucune raison de douter de leurs paroles.

-Le véhicule utilisé par l?équipe de l?escadron de la mort dans la nuit du 25 octobre 1996 durant le trajet Port-Louis et Rose-Hill, avant de se rendre à Flic-en-Flac où un 4x4 a été volé, appartient à Cehl Meeah. Cela a été confirmé par un officier de la National Transport Authority.

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