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Le monde comme il va?

27 juillet 2003, 20:00

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S?il existe une identité mauricienne, outre celle qui relève de l?Etat civil, elle ne peut être que la série totale de nos apparences qui dévoile notre manière d?être au monde. La prise de conscience de cette identité est la connaissance que nous pouvons avoir de nous-même.

Certains parmi nous diront qu?ils se connaissent suffisamment pour ne pas chercher à savoir davantage sur eux-mêmes. Ces gens-là ont la berlue.

Ils croient que le beau est essentiellement dans tout ce qui relève de l?artifice et qu?il faut donc embellir l?extérieur. Ils ont tout décoré à outrance: maison, voiture, vêtement et femme. Ils sont convaincus que l?éloquence est signe d?intelligence. Devant leur verre, sans arrêt et sans réfléchir, croyant être seuls détenteurs de la vérité, ils discourent sur tout : la politique, l?histoire, l?avenir et Dieu.

On leur a fait croire qu?exister, c?est monopoliser la parole et être au premier rang en toutes circonstances. Friands de la notoriété d?un jour, à la première occasion, ils sont à la télé, à la radio et dans la presse. Croyant être aussi populaires que leur idole,

ils marchent en guettant les gestes de leurs fans imaginaires, attendant patiemment que ces derniers leur réclament des autographes.

On a oublié de leur dire que tout changement qui ne vient pas de l?intérieur est forcément superficiel. En attendant, ils ont soigné leur image aux yeux d?autrui, mais en étouffant leur véritable nature. La sobriété leur est apparue d?une simplicité insupportable et ils ont perdu le goût de la modestie. Cogiter est devenu pour eux une pratique inhabituelle, et le silence les dérange.

Résultat : ils n?ont pas échappé au retour du refoulé. Aujourd?hui, nous voyons resurgir par-delà leurs apparences triomphantes leur vraie identité vainement déniée.

Leur identité apparente, ce sont les autres qui l?ont faite pour eux. Si ces gens-là sont charmants c?est parce qu?un jour ils ont bien voulu mettre de côté leurs vieilles habitudes pour mieux recevoir ces étrangers de passage le temps d?un repas. Ils ont accueilli, ils sont devenus accueillants pour l?éternité, même lorsqu?ils repoussent. Et ils y croient !

Ils chantent la beauté de leur île et répètent que Dieu s?en est inspiré dans sa création du Paradis céleste : ils ont pris l?ironie pour un compliment. Certains n?ont jamais traversé les mers, mais savent déjà que tout Mauricien, où qu?il se trouve, en Europe ou en Amérique, en Chine ou en Inde, en Afrique ou en Australie, arrive toujours à tirer son épingle du jeu, parce qu?ils appartiennent à la race la plus rusée au monde.

Mais ce ne sont là que d?infimes bavardages.

Demandez-leur : vous voulez savoir à quoi ressemble votre progrès ? Et dites-leur : regardez bien autour de vous et vous finirez par voir l?enfer là où vous croyez voir le paradis : drogue, prostitution, corruption, crime et viol.

Dites-leur encore : regardez plus près de vous. Là. Ici. Regardez devant vous, au coin de vos rues où sont éparpillés cartons, bouteilles, papiers, seringues, fruits et légumes pourris. Regardez sur vos terrains abandonnés où jonchent métaux, bois et cadavres d?animaux en décomposition.

Mieux. Osez vous regarder vous-mêmes. Dans vos gestes et dans vos hésitations. Dans vos propres regards. Vous finirez alors par voir dans certains de vos actes de bravoure des intentions malveillantes bien dissimulées, dans les raisons de votre fierté celles mêmes d?une honte déguisée.

Ces gens-là, ils appréhendent leur pure réalité parce qu?ils ont peur qu?elle leur dévoile leur vraie identité. Alors, ils ferment les yeux sur elle et maquillent leurs désirs égoïstes d?une couche superficielle de bonne volonté. Ils se sentent rassurés et ils avancent.

Et ainsi va leur monde...

V. PUTCHAY

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